Le Temps: Avez-vous des regrets concernant cette 34e Coupe de l’America?

Ernesto Bertarelli: J’avais deux choix. Je pouvais me dire que, puisqu’on ne me laissait pas organiser une Coupe moderne, ouverte et abordable pour toutes les équipes, j’abandonnais. Ou je pouvais me battre pour donner un exemple de détermination et de vérité. Mais le choix de se battre implique le risque de mourir au champ de bataille. Je ne regrette pas mon choix, au contraire. Si l’aventure d’Alinghi s’arrête aujourd’hui, j’espère qu’elle laisse un bilan positif pour la voile suisse. Oracle a fait un travail extraordinaire, avait des ressources colossales et a mieux navigué. J’aurais du mal à ne pas accepter une défaite sur l’eau. C’est ce qui s’est passé avant qui me gêne.

– Quel est le meilleur souvenir de ces dix ans de campagne?

– C’est difficile d’en choisir un sur une aventure aussi extraordinaire. Un des meilleurs, c’était hier [lundi], quand j’ai quitté Valence et remercié mon équipe pour tout ce qu’on a partagé. Un moment de grande émotion, empli de fierté et de chaleur humaine.

– Quel est le pire?

– C’est quand la réalité n’est pas représentée. J’essaie toujours d’être intègre, de tenir ma ligne de conduite et c’est difficile quand on est le seul à se rendre compte que d’autres gens ne le font pas. Oracle a fait croire à la ville de Valence qu’il la choisirait pour la 34e Coupe et dès qu’il a gagné, il a annoncé qu’elle aurait lieu aux Etats-Unis. Et quand Mascalzone Latino signe l’accord du Challenger of record en portant la veste d’Oracle, je m’interroge sur sa neutralité.

– Qui aviez-vous choisi comme Challenger of record?

– Je préfère ne pas le dire. Mais c’était un challenger méritant.

– Quel avenir pour Alinghi?

– Si les règles de la 34e Coupe sont équitables et que les Challengers ont une chance, nous irons. Je réfléchis aussi à lancer une nouvelle compétition mais, comme la Coupe, c’est un projet ambitieux. Nous tournons la page mais nous ne fermons pas le livre.

– Que va devenir votre catamaran?

– Nous allons le ranger dans un cocon. Je pourrai peut-être le ressortir un jour sur le lac ou la mer. Il est également possible de l’exposer, mais je préfère l’imaginer en train de naviguer que de le voir décorer un carrefour.

– Où en êtes-vous avec Ras al-Khaimah?

– Nous avons encore une base là-bas que nous devons ranger. En ce qui concerne le cheikh, il a bien entendu été déçu de nous voir perdre mais je ne lui avais rien promis. Je ne promets que ce que je peux donner et mes comptes sont clairs avec tout le monde.