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Peu connu hors d’Espagne, Ernesto Valverde a réussi à régénérer le Barça malgré le départ de Neymar. Les Blaugrana comptent 11 points d’avance sur le Real Madrid avant le Clasico de samedi.
© ALEJANDRO GARCIA/EPA

Football

Ernesto Valverde, «més que un coach»

Le Barça a donné la leçon au Real Madrid samedi lors du Clasico (0-3) et fonce vers le titre de champion d'Espagne. Grâce à un entraîneur touche-à-tout, autodidacte, discret et cultivé, qui s'est imposé tout en douceur

Du lundi au vendredi, une armada de voitures haut de gamme défile à la Ciutat Esportiva Joan Gamper, le centre d’entraînement du FC Barcelone, à une dizaine de kilomètres de la cité catalane. Il y a trois décennies, les Blaugrana s’entraînaient encore au pied du Camp Nou, loin de ce qui n’était alors qu’une friche agricole de plusieurs hectares. Et si la plupart d’entre eux s’affichait déjà au volant de précieux bolides, Ernesto Valverde s’y rendait en 2 CV, avec la simplicité qui le caractérise.

Né à Viandar de la Vera, un village d’environ 250 habitants de la communauté d’Estrémadure, à 200 km à l’ouest de Madrid, l’entraîneur du Barça grandit à Vitoria, près de Bilbao, où ses parents déménagent alors qu’il n’a que 6 mois. «Petit, habile et rapide», comme le décrivent son ami d’enfance Manolo Moreno et son mentor Javier Clemente, le Basque d’adoption (53 ans, 1,69 m) réalise une honnête carrière d’attaquant, qui le mène du club de la ville (le Deportivo Alavés) jusqu’à l’institution phare de la région (l’Athletic Bilbao), en passant par les deux clubs de Barcelone; d’abord l’Espanyol puis le Barça.

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La fourmi de Clemente

Si son passage chez les Blaugrana lui permet de garnir un peu son palmarès (la Coupe des coupes 1989 et la Coupe du roi 1990), il ne dispute qu’une vingtaine de matches sous les ordres du maître Johan Cruyff, avant de reprendre la route du Pays basque où il devient une idole à l’Athletic Bilbao, d’abord sur le pré, puis sur le banc. «C’était un joueur spontané et sympathique, qui respirait la joie de vivre, se souvient Javier Clemente, qui l’a dirigé pendant ses deux saisons à l’Espanyol (1986-1988), puis en 1990-1991 à Bilbao. Je l’ai repéré lorsqu’il évoluait à Sestao (D2 espagnole, aujourd’hui disparu). Nous cherchions un ailier qui aime déborder, Ernesto répondait à ces caractéristiques.» Clemente, qui possède alors un petit bateau baptisé Txingurri (la Fourmi, en basque), lui attribue également ce surnom «car il était petit et maigre.»

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«C’était quelqu’un d’agréable à vivre, tranquille, réfléchi et respectueux, qui s’entendait bien avec tout le monde, relève son ancien coéquipier Thomas N’Kono. Mais il était assez effacé. Très honnêtement, je ne soupçonnais pas qu’il deviendrait entraîneur.» Le légendaire portier camerounais ayant intégré le staff technique de l’Espanyol à l’issue de sa carrière, les deux hommes se retrouvent en 2006, lorsque Valverde prend en main les Pericos (les Perruches, le surnom des joueurs de l’Espanyol). «C’est très facile de travailler avec lui, il s’adapte à tous les caractères», note l’actuel entraîneur des gardiens du club barcelonais. Ensemble, ils conduisent l’Espanyol en finale de l’Europa League 2006-2007, perdue aux tirs au but contre Séville (2-2, 1-3 t.a.b).

Photographe, chroniqueur et guitariste

En 2008, Johan Cruyff glisse son nom à l’oreille des dirigeants blaugrana pour remplacer Frank Rijkaard. C’est finalement Pep Guardiola qui est choisi. Ernesto Valverde s’en va étoffer son palmarès d’entraîneur en Grèce, sur le banc de l’Olympiakos, remportant trois titres de champion (2009, 2011, 2012) et deux coupes nationales (2009, 2012), qui le consacrent comme une idole du peuple rouge et blanc. «Pour lui, la gagne passe par le beau jeu, témoigne l’ancien Bastiais François Modesto, sous ses ordres de 2010 à 2012. S’il a marqué l’histoire du club, c’est parce qu’il a engendré un changement de mentalité, notamment en Ligue des champions, où même lorsque l’on se déplaçait à Arsenal ou à Dortmund, on y allait pour s’imposer.»

Il laisse beaucoup de liberté aux joueurs pour exprimer leur talent. Sa plus grande vertu, c’est de savoir manager un groupe, de gérer les ego de chacun

Thomas N’Kono, ancien coéquipier d'Ernesto Valverde

La Grèce, son peuple et ses paysages le bouleversent profondément. A l’issue de son cycle hellène, il publie Medio Tiempo (Mi-Temps), un recueil de photographies en noir et blanc dont une partie a été prise dans ce «pays spécial pour quelqu’un attiré par la lumière», selon ses propres dires. Le quinquagénaire, marié à une biologiste et père de trois enfants, est un esthète et un autodidacte. A Alavés, il dépense son premier salaire dans un appareil photo. La légende raconte qu’il lui arrive de prendre des photos depuis le banc lorsqu’il est remplaçant. A son arrivée à l’Espanyol en 1986, il s’inscrit à l’Institut d’études photographiques de Catalogne.

Du rectangle vert à l’échiquier

Egalement amateur de cinéma et d’échecs, il n’hésite pas à établir des parallèles entre le rectangle vert et l’échiquier. «Les deux partagent des concepts communs tels le contrôle du milieu, des espaces, des côtés, mais aussi [l’exploitation] des faiblesses [adverses], la supériorité numérique, la mobilité, les combinaisons et l’initiative», plaide-t-il un jour devant les participants d’un tournoi à Bilbao.

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Ami des écrivains Bernardo Atxaga, David Trueba et Luis Alegre, il est invité au milieu des années 1990 à publier des chroniques dans El País, le plus prestigieux des quotidiens ibériques, où il expose sa vision du football et de la vie, lui qui parle quatre langues (espagnol, basque, anglais et allemand) et dont le frère Mikel est un illustrateur reconnu. «Ses photos sont à la fois délicates et dures, comme si elles étaient réalisées par deux mains: l’une japonaise, qui saisit les paysages, et l’autre allemande, qui se charge des portraits», décrit avec justesse Atxaga dans le prologue de Medio Tiempo.

Proche du chanteur basque Ruper Ordorika, il aime par ailleurs jouer de la guitare pour s’évader d’un monde qui peut l’obséder, comme le rapportait cet été Mundo Deportivo à travers une anecdote révélatrice. «Une fois, alors que j’emmenais mes enfants à l’école, je n’arrêtais pas de ressasser dans ma tête une action de notre latéral gauche, qui n’arrivait pas à assimiler l’une de nos mises en place. Quand je suis arrivé à l’école, je me suis rendu compte que j’avais laissé mes enfants à la maison…»

Un philanthrope adepte du beau jeu

Javier Clemente le décrit comme «un entraîneur sérieux, naturel et qui n’aime pas se compliquer la vie. Il a pris le bon chemin pour arriver jusqu’au Barça, avec calme et caractère.» La méthode Valverde fait la part belle à l’humain. «Il laisse beaucoup de liberté aux joueurs pour exprimer leur talent, explique ainsi Thomas N’Kono. Sa plus grande vertu, c’est de savoir manager un groupe, de gérer les ego de chacun.»

«Ses entraînements ne durent pas plus d’une heure vingt et sont toujours à base de ballon, précise François Modesto. Il ne parle pas énormément, mais il «sent» le foot. C’est un homme transparent et droit, qui aime ses joueurs et les traite tous de la même façon. C’est un Basque et comme les Corses il n’a qu’une parole. Lorsque je suis arrivé à l’Olympiakos, je ne jouais pas beaucoup, mais il faisait en sorte que je me sente partie intégrante de l’équipe. A 32 ans, il m’a demandé d’évoluer en milieu récupérateur, un poste auquel je n’avais jamais joué auparavant: je me suis régalé.»

En fait, seul son passage à Villarreal (2009-2010), où il peine à assurer la transition après cinq belles saisons sous la houlette de Manuel Pellegrini, est une tache sur son curriculum.

Sans Neymar, passage au 4-4-2

Jon Aspiazu, un ancien milieu de terrain dont il a fait la connaissance à Sestao, est son bras droit depuis ses débuts à l’Athletic Bilbao, en 2003. Formé à la Masia (le centre de formation du Barça) mais jamais passé pro, le préparateur physique José Antonio Pozanco, alias «Ros», complète l’inséparable trio. Les trois hommes ne laissent rien au hasard, comme lorsqu’ils décident de faire appel à un statisticien pour savoir de quel côté entamer les rencontres dans un San Mamés en pleine rénovation, au moment de leur retour sur le banc du club basque en 2013. «L’un des virages était en travaux, il y avait un mur derrière et nous allions jouer comme cela toute la saison, se remémorait Valverde dans les colonnes de la revue Panenka l’an dernier. Après avoir analysé l’exemple du Rayo Vallecano, Natxo [un ami professeur d’économétrie à la London school of economics] nous a dit que l’équipe mettait plus de buts du côté du mur. Nous avons parlé avec les joueurs et ils ont dit qu’ils préféraient commencer à attaquer de ce côté-ci pour tenter de marquer le premier, puis en seconde période, avec le soutien du public, aller chercher le deuxième. Cela nous a plutôt réussi, puisque nous nous sommes qualifiés pour la Ligue des champions à l’issue de la saison!»

En 2014, son ami Andoni Zubizarreta souhaite à son tour lui confier les clefs du Barça, mais c’est cette fois Luis Enrique qui lui grille la politesse. Ernesto Valverde lui succède cet été et débarque enfin chez les Blaugrana, où son attitude contraste avec celle de son prédécesseur, en guerre permanente avec les médias. S’appuyant sur une colonne vertébrale d’intouchables tout en apportant quelques retouches judicieuses (passage au 4-4-2, où des joueurs comme Paco Alcacer, Denis Suarez et Paulinho sont devenus des doublures performantes), il a déjà creusé un bel écart sur ses poursuivants en Liga.

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