Si elle est confirmée, la candidature de Sion 2026 sera opposée à un étonnant nombre de concurrents. Nous en faisons le tour en quatre articles.

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Qui pense tourisme en Turquie imagine les plages d’Antalya ou les ruelles chargées d’histoire d’Istanbul. Certainement pas les hôtels de montagne et les plaisirs de la glisse. Erzurum, sur les hauts plateaux de l’est du pays, s’est pourtant invitée dans la liste des villes intéressées à organiser les Jeux olympiques 2026. Elle détonne parmi toutes les concurrentes de Sion, qui ont pour elles une forte tradition des sports d’hiver ou l’expérience des JO. Elle ne manque pourtant pas d’arguments, une fois les a priori levés.

Erzurum, cité de plus de 550 000 habitants bien plus proche de l’Arménie que du détroit du Bosphore, est nichée à 1945 mètres d’altitude. Dans la station attenante de Palandöken, les pistes de ski culminent à 3200 mètres. La région est rompue aux hivers froids – avec des températures négatives de novembre à mars en moyenne – et généreux en neige. Elle offre des possibilités intéressantes en matière de ski classique et illimitées pour les adeptes de freeride, qui restent largement méconnues sur la scène internationale.

C’est l’enjeu du projet olympique turc. Crier au monde «ici aussi on skie», comme l’a fait en février dernier le district de Pyeongchang en Corée du Sud, comme veut le faire la Chine avec Pékin 2022, et comme aurait aimé le faire le Kazakhstan avec la candidature d’Almaty. La ville d’Erzurum a déjà accueilli l’Universiade d’hiver en 2011 et le Festival olympique de la jeunesse européenne en 2017. Elle veut désormais passer au niveau supérieur.

Le bon message?

Son rêve olympique s’épaissit depuis une bonne dizaine d’années. Il est entré en phase de concrétisation en 2014 avec l’annonce par les autorités turques d’un vaste plan de développement des infrastructures touristiques hivernales, avec des investissements nationaux à hauteur de 48,5 milliards d’euros, échelonnés jusqu’en 2026. Objectif: moderniser les stations de ski, truffer les régions montagneuses de structures d’accueil (5000 hôtels prévus) et trouver une place sur le marché entre une Europe aux traditions bien établies et une Asie pleine d’ambition.

En mars 2017, les autorités locales affirment leurs ambitions pour 2026. Un mois plus tard, elles reçoivent la visite et le soutien appuyé du président Recep Tayyip Erdogan qui annonce son intention de «tout faire» pour obtenir les JO d’hiver après les cinq échecs d’Istanbul pour ceux d’été: «Ici, avec les Jeux olympiques, nous souhaitons adresser un message au monde.»

Un retour à un territoire plus traditionnel

Est-ce seulement le bon message au bon moment? Après Pyeongchang 2018 et Pékin 2022, deux éditions qui auront transformé des territoires pour se hisser à un niveau olympique, la tendance indique plutôt un retour à un territoire plus traditionnel, et à des Jeux plus compatibles avec le bâti existant. Erzurum a ses forces, avec des conditions climatiques appropriées et des tremplins de saut à skis fonctionnels, alors qu’ils menacent partout où ils doivent être érigés de se muter en «éléphants blancs» une fois les JO terminés. Mais la ville a aussi de terribles faiblesses, comme l’absence d’un aéroport international et une proximité potentiellement peu rassurante avec la Syrie et l’Irak. Cela n’empêche pas la Turquie d’être convaincue qu’elle a une carte à jouer pour réinventer son image.