C’est une intuition particulière. Un sentiment sublime de domination absolue. Et quand au petit matin, dans ce pré couvert de givre, en présence des incontournables témoins, il arrive à l’un des bretteurs de l’éprouver un rien, alors le supplément de puissance qu’il en conçoit est si grand que la chimère d’en perpétuer indéfiniment l’euphorie peut prendre la forme d’une quête mystique, démiurgique, éperdue. Mais, passé l’étincelle du moment, la plupart savent en rester là. Jaime Astarloa, non.

Le personnage hiératique et romantique que campe Arturo Pérez-Reverte dans son roman Le maître d’escrime n’est effectivement pas de ceux qui se contentent l’âme à la lueur d’une fugace perfection. Maître d’escrime de son état, cet élève émérite du célèbre Lucien de Montespan est un passionné. Marqué par la tragédie d’un impossible amour, il a mis toute sa vie sous l’empire de son art. A la recherche de ses ressorts les plus secrets: une botte parfaite ouvrant au sentiment sublime de domination absolue.