Marc Roger restera en prison jusqu'au 30 avril prochain. Au moins. Tel est le verdict qu'ont rendu, jeudi en début d'après-midi au Palais de justice de Genève, les trois juges de la Chambre d'accusation. Ces derniers ont estimé que les indices de banqueroute frauduleuse et de gestion fautive dans le cadre de la récente faillite du Servette FC étaient suffisants pour prolonger la détention du Français. Le président de la Chambre a expliqué que les besoins de l'instruction et la complexité du dossier nécessitaient d'éviter tout risque de collusion ou de fuite du prévenu – Marc Roger a toutes ses attaches en France, pays qui n'extrade pas ses ressortissants.

Atmosphère électrique

Attendue, la décision n'a, semble-t-il, pas été simple à prendre. Suite aux plaidoiries respectives de Mes François Canonica – avocat d'une vingtaine d'anciens joueurs – et Alain Marti – représentant de Marc Roger –, les juges ont délibéré durant plus d'une heure et demie. Pesante, l'atmosphère est devenue carrément électrique à l'heure des au revoir. Les poignets marqués par la trace des menottes, le visage par tout le reste, l'ancien président du Servette FC a dégainé son regard le plus noir et tendu son doigt en direction de Philippe Cravero et Oscar Londono, les deux joueurs présents à l'audience: «Je n'ai rien fait de mal et vous ne m'avez pas aidé. Vous me le paierez», a-t-il menacé avant d'être emmené. Son épouse Nathalie, qui a quitté la salle en larmes, n'a pas manqué d'exprimer sa rage auprès de François Canonica et de certains journalistes à l'issue des débats.

Une indignation qui fait écho à la thèse du complot avancée par Alain Marti. Très en verve, l'homme de loi a placé son client dans le costume du parfait bouc émissaire dans le cadre de la faillite du Servette FC, évoquant un «métèque livré en pâture aux chiens et aux vautours» de la république. «La catastrophe était déjà consommée courant 2004, a-t-il clamé. Dans le dossier du Stade de Genève, tout le monde a plané: architectes, avocats, dirigeants et politiciens… Marc Roger est arrivé à point nommé. Il fallait trouver un coupable. Et son arrestation, d'une brutalité soudaine, a mis sa vie en danger (ndlr: il aurait été victime d'une «petite crise cardiaque» la semaine dernière).» Me Marti a par ailleurs dénoncé la «campagne de dénigrement» du quotidien Le Temps. Un article aurait, selon lui, rompu les contacts que Marc Roger entretenait fin 2004 avec des investisseurs potentiels.

Aucun article n'a, c'est certain, poussé l'ex-agent de joueurs à puiser dans les 3,25 millions d'euros que Lorenzo Sanz a versés à Avenir Football Investissements SA, la société genevoise de Marc Roger. Cette somme, destinée à financer le Servette FC, a en partie terminé sa course dans les poches du Français.

Enrichi à des fins privées

«Monsieur Roger, qui possède une aptitude au mensonge quasiment respiratoire, a retiré en liquide 500 000 euros et 165 000 francs à des fins privées, a déclaré Me Canonica. Cet argent a notamment servi à payer son loyer, l'écolage de ses enfants dans un institut privé et ses visites au casino. A la manière des ados mal décrassés, Marc Roger reporte systématiquement la responsabilité sur les autres. Le fait est qu'il s'est enrichi grâce aux fonds qu'il a soustraits à la maîtrise de Lorenzo Sanz.»

L'ancien président du Real Madrid a rappelé, par la voix de son représentant Benoît Charbonnet, qu'il comptait «déposer ces prochains jours une plainte pénale contre Marc Roger pour escroquerie et/ou abus de confiance». On notera encore que Patrick Müller, joueur des Grenat jusqu'à fin 1998, s'est constitué partie civile. Le club genevois lui doit quelque 300 000 francs dans le cadre de son transfert à la Juventus.