Humidité

«Essayez de jouer au tennis dans un hammam»

Habitué aux fortes chaleurs, Roger Federer a eu plus de mal à faire face au fort taux d’humidité relative de l’air, un problème différent

Les quatre tournois qui composent le Grand Chelem se disputent sur trois continents et à quatre époques de l’année, mais toujours en extérieur et souvent dans des conditions estivales. Roland-Garros et Wimbledon connaissent régulièrement quelques jours de pluie et dépassent rarement les 30°C. L’Open d’Australie, fin janvier, et l’US Open, début septembre, sont plus habitués aux très fortes chaleurs, au point de disposer d’une «extreme heat policy» à l’usage des joueurs.

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La chaleur est généralement sèche à Melbourne. Elle peut être beaucoup plus humide à New York, comme ce fut le cas en première semaine puis dans la nuit de lundi à mardi pour le match Federer-Millman, avec un taux d’humidité relative mesuré à 77%. «Essayez de jouer au tennis dans un hammam et vous aurez un bon aperçu de ce que cela peut représenter», suggère Marc Rosset.

Les joueurs transpirent beaucoup plus, sont davantage sujets aux crampes et ressentent une oppressante sensation d’étouffement. Lors des premiers tours, trois ont abandonné et plusieurs autres n’ont pas été loin du malaise. Rafael Nadal lui-même réclama un ventilateur et ce n’était pas qu’une boutade.

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Stress cardiovasculaire

L’humidité pose un problème supplémentaire au corps généralement en surchauffe du sportif. «L’hyperthermie du corps soumis à un effort provoque un stress cardiovasculaire, explique le docteur Finn Mahler, directeur du centre de médecine du sport à l’Hôpital de la Tour à Meyrin. L’organisme doit décider d’envoyer plus de sang soit vers la peau pour rafraîchir le corps, soit vers les muscles pour nourrir la performance. L’humidité complique le refroidissement du corps parce que l’air ne peut pas jouer son rôle rafraîchissant. Si la chaleur corporelle est trop élevée, elle peut conduire à une altération du système nerveux central.»

Marc Rosset a connu ça. «En 1992, lors de la finale olympique à Barcelone, j’ai été victime d’une insolation qui m’a sans doute coûté la perte des troisième et quatrième sets. C’est comparable au «coup de fringale» dont parlent les cyclistes. Le corps ne répond plus. Tout ce que l’on peut faire dans ces cas-là, c’est essayer de limiter la casse, de gagner du temps en espérant trouver un second souffle.»

Un match en mode «survie»

La chaleur augmente la température du corps alors que l’humidité, en freinant l’évaporation de la sueur, l’empêche de se rafraîchir. Tous les organismes ne répondent pas de la même manière à ces deux situations distinctes. Roger Federer était pourtant venu plus tôt que d’habitude à New York pour bien s’y préparer. «Il a essayé d’anticiper et c’est la bonne manière de faire, le corps peut ainsi s’accoutumer à ces conditions particulières», confirme le docteur Finn Mahler.

Au contraire d’un Nadal ou d’un Zidane, Federer transpire peu. Il supporte généralement très bien la chaleur. L’humidité lui a posé un problème qu’il n’a pas su résoudre, ou moins bien que son adversaire John Millman. «L’explication de sa contre-performance doit être multifactorielle, estime Finn Mahler. La chaleur et l’humidité ne suffisent pas à justifier à elles seules une baisse aussi significative de son niveau de performance. Le tennis n’est pas un sport endurant, il ne nécessite pas de fréquence cardiaque élevée sur une longue période. Le match avait lieu très tard le soir [la balle de match s’est jouée vers 1h du matin, ndlr] et Federer a sans doute été surpris par les conditions. Dans ces circonstances, cela tient de la survie davantage que du tennis et John Millman y était peut-être plus habitué que Roger Federer.»

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