Estelle Balet était brillante, lumineuse, solaire, disent ceux qui l’ont côtoyée de près. A 21 ans, elle était surtout trop jeune pour mourir. Mais elle avait néanmoins trouvé le temps de marquer l’histoire du freeride. Dix-sept jours avant le drame, elle remportait l’Xtreme de Verbier et devenait championne du monde de snowboard pour la deuxième fois consécutive. Elle semblait avoir la vie devant elle pour s’adjuger de nouveaux titres. «Estelle avait tout pour devenir une icône du freeride», estime le Français Xavier de le Rue, triple champion du monde entre 2008 et 2010.

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Fille de la montagne et d’Eric Balet, directeur de la société de remontées mécaniques Téléverbier, elle a littéralement grandi sur les pistes de Vercorin, où elle a commencé le ski alors qu’elle n’avait que 3 ans et a fait un peu de compétition avant de se tourner vers le snowboard à l’âge de 11 ans. Surdouée de la glisse, plus à l’aise sur la poudreuse que nulle part ailleurs, elle aura connu une trajectoire fulgurante, mais sans brûler les étapes, jusqu’à devenir championne du monde. Avec, de ses débuts à ses plus grands succès, un leitmotiv sans cesse répété: «L’essentiel est de se faire plaisir.»

Un rayon de soleil

«Lorsque j’ai quitté la compétition, je trouvais que le sport n’évoluait plus, mais avec la venue d’Estelle, j’ai le sentiment que les choses ont changé. Sa façon de rider a secoué les anciennes», expliquait au Temps Géraldine Fasnacht avant l’Xtreme de Verbier, une compétition qu’elle a elle-même remporté à trois reprises. Ces dernières années, elle coachait Estelle Balet. «Cette fille était un rayon de soleil, glisse le snowboardeur Emilien Badoux, un ami proche. Pleine d’énergie, pleine de motivation. Elle avait beaucoup de volonté, une grande envie de réussir.» Mais pas n’importe comment: il n’était pas question pour elle d’écraser les autres. Tout le monde souligne son humilité, son ouverture d’esprit; quand certains crient la supériorité du snowboard sur le ski, elle préférait regarder les skieurs et s’inspirer de ce qu’ils faisaient.

Dans un milieu «où les gens sont proches, car ils passent beaucoup du temps ensemble dans les avions, sur les pistes ou sur les télésièges», glisse Nicolas Hale-Woods, patron du Freeride World Tour, Estelle Balet faisait l’unanimité. «Elle était naturellement intéressante, charmante et à l’aise avec tout le monde, décrit-il. Elle comprenait l’ensemble de son environnement de manière étonnante vu son jeune âge et, de ses relations publiques à sa préparation sportive, elle maîtrisait tout dans la bonne humeur, avec une certaine légèreté. Elle avait vraiment quelque chose de spécial.»

Mardi, l’onde de choc s’est propagée du monde du freeride au canton du Valais en passant par les réseaux sociaux, chacun peinant à accepter que la montagne ait pu reprendre si tôt, en une si belle journée, une fille qui l’aimait tant. «La montagne avait aujourd’hui mis son plus bel habit, sa robe de mariée, mais derrière ses voiles, elle cachait une faux», conclut son ami Emilien Badoux.