La Conférence mondiale sur le dopage a commencé hier à Lausanne ses travaux suivis par 600 délégués des Etats, organisations internationales et sportives, ainsi que 450 journalistes. Au menu de la première journée: quelque 50 (ouf!) exposés que les participants n'auront pas trop d'une nuit pour digérer avant d'attaquer ce matin 4 ateliers (prévention, éthique et éducation; aspects juridico-politiques; protection des athlètes; considérations financières) qui devraient déboucher jeudi sur des décisions que nombre d'orateurs veulent «concrètes». «Le monde nous regarde», a résumé Primo Nebiolo, président des fédérations pour les JO d'été.

Le monde… et les gouvernements, peut-on ajouter. Car les interventions de leurs délégués ont marqué cette journée d'un tonus qu'on n'imaginait guère à l'ouverture de la session.

En introduction, le président de la commission médicale du CIO, Alexandre de Merode, a bien tenté de défendre son bilan «constructif» de trente ans d'activités. Au début, on ne décelait que 4% des produits prohibés, a-t-il rappelé, contre 95% aujourd'hui. Il a aussi souligné le travail des vingt-sept laboratoires accrédités par le CIO dans le monde, critiquant au passage «la paresse des pouvoirs publics à appliquer les textes existants, notamment la Convention du Conseil de l'Europe».

A l'évidence, le bilan et la pique d'Alexandre de Merode n'ont pas suffi à convaincre. Est-ce dû à son recul très critiqué de ces derniers jours sur la sanction proposée (deux ans de suspension) pour punir les athlètes contrôlés positifs? Est-ce dû à la maladresse du CIO qui s'attribuait déjà les deux postes clés de la future agence mondiale de lutte antidopage? Toujours est-il qu'on a assisté hier à une sorte de putsch au Palais de Beaulieu: les gouvernements, particulièrement européens et américain, ont clairement fait savoir au mouvement olympique qu'ils lui refusaient la direction de cette agence.

Plutôt l'OMS que le CIO

«La structure proposée ne répond pas à nos attentes en matière d'autorité et d'honnêteté», a sèchement lâché la ministre suédoise Ulrica Messing. «L'agence mondiale antidopage doit être véritablement indépendante et complètement transparente», a ajouté sa collègue italienne Giovanna Melandri, faisant écho au représentant de l'Union européenne Niels Thorgensen. Mais c'est le ministre anglais du Sport Tony Banks qui a enfoncé le clou le plus profond: «Il n'y a pas de place ici pour une opération cosmétique. Nous n'accepterons que les standards les plus élevés. La future agence ne devrait pas être placée sous le contrôle du CIO mais du système onusien, si possible de l'Organisation mondiale de la santé.»

Tony Banks ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Revenant sur le «régime spécial» pour les organisations sportives que Juan Antonio Samaranch réclamait récemment à Tony Blair, le ministre a dit que cela supposait que le CIO devienne d'abord plus démocratique, plus honnête et rende des comptes clairs. «Il est temps qu'il prenne ses responsabilités et fasse le ménage», a-t-il conclu. Le représentant américain Barry R. McCaffrey s'est également offert une digression pour réclamer au CIO «des élections et des comptes ouverts».

Si les femmes étaient très minoritaires dans l'assistance, elles ont imprégné les débats de leur détermination. Ainsi la ministre française Marie-George Buffet, qui s'est attaquée notamment à la «pression aveugle des intérêts financiers» surchargeant le calendrier des sportifs; sa collègue danoise Elsbeth Gerner («le CIO doit défendre l'importance de ses valeurs, pas de ses chefs»); ou encore la Hollandaise Margo Vliegenthart qui n'hésite pas à couper les subventions aux associations sportives luttant trop mollement contre le dopage.

Pour le reste, un assez large consensus se dessine pour réclamer une quadruple harmonisation: procédures de contrôle, définition du dopage, liste des produits prohibés et surtout sanctions. Concernant ces dernières, l'intervention du triple médaillé olympique de patinage de vitesse, le Norvégien Johann Olav Koss, fut très remarquée. Au nom de la commission des athlètes, il a plaidé pour une punition de deux ans minimum et réclamé plus de contrôles hors compétition, «car c'est là que la triche intervient le plus souvent».

Plusieurs intervenants, dont le Suisse Marc Hodler, ont demandé d'aggraver les sanctions pour l'entourage du sportif le poussant au dopage. «La pénalité financière est beaucoup trop faible par rapport au profit que réalisent ces gens-là», ajoute Margo Vliegenthart.

Enfin, la France et la Chine ont suggéré une aide particulière pour les pays en développement qui n'ont pas les moyens d'entretenir les laboratoires sophistiqués que suppose une lutte antidopage moderne.