Qui a dit que ces Jeux étaient canadiens? Il suffit de jeter un coup d’œil au tableau des médailles pour se rendre à l’évidence. La bannière étoilée a été plus souvent hissée que la feuille d’érable. Le pays hôte, qui a investi 100 millions de dollars dans le but de rapporter le plus gros butin assiste, impuissant au spectacle. Le rouleau compresseur US – 216 athlètes – rafle tout, sur la neige comme sur la glace. Avec 24 médailles au bout de 9 jours, – 13 de plus que la Norvège qui pointe en deuxième place –, les Etats-Unis pourraient faire mieux qu’à Salt Lake City où ils en avaient amassé 34. Ils pourraient surtout, pour la première fois depuis Lake Placid en 1932, terminer en haut de l’affiche de Jeux d’hiver.

Une moisson du ski

Rien qu’en alpin, l’«US ski team» a déjà mis la main sur sept breloques. Presque la moitié des parts de gâteau distribuées jusqu’à maintenant. De quoi donner des haut-le-cœur aux Canadiens et aux Autrichiens. «C’est presque les championnats américains», ironise Ted Ligety. Bode Miller, qui après avoir été quasi retraité l’été dernier a déjà glané trois médailles (l’or en super combiné, le bronze en descente et l’argent en super-G), a une explication. Qui porte un nom: la contagion. «Nous avons la flamme en tant qu’équipe, surtout aux Jeux olympiques. La Coupe du monde nous tire vers le bas, c’est plus difficile d’y trouver cet élan. Pour avoir cette impulsion au bon moment, il faut être un groupe soudé. Nous sommes allés à la cérémonie d’ouverture ensemble. Ensuite, le fait de voir un «teammate» ressentir la joie et l’excitation de la performance rend celle-ci réelle et accessible pour les autres athlètes. On voit quelqu’un qu’on connaît bien vivre ça, on partage son euphorie, la connexion est directe et l’idée que l’exploit est à portée de main devient concrète.» Miller ajoute qu’une fois l’impulsion donnée, les Américains skient de manière agressive, avec leurs tripes et leur cœur.

«J’ai clairement été inspiré par Julia (Mancuso), Lindsey (Vonn) et Bode», confirme Andrew Weibrecht. «Je crois que c’est juste la manière de fonctionner des Américains. Nous avons toujours été des athlètes de grands événements», souligne le médaillé de bronze du super-G qui court encore après son premier podium en Coupe du monde. Et de citer le cas de Bill Johnson (champion olympique de descente en 1984 un mois après sa première victoire en Coupe du monde) et Tommy Moe (champion olympique de descente à Lillehammer sans victoire en préambule). «Je crois aussi que cela s’explique par le fait que nous sommes sur sol nord-américain, ajoute Weibrecht. Nous avons tendance à avoir de meilleurs résultats lorsque nous sommes à la maison ou près de la maison. L’environnement y est plus familier que ce soit en termes de nourriture ou de logement.»

Rien de tel qu’un bon hamburger pour doper son homme… Lindsey Vonn, elle, crédite ce succès à une forme de liberté que n’ont pas forcément certains athlètes européens formatés par une fédération. Celle qui colle à l’image du rêve américain associe ce «fighting spirit» au fait que les athlètes de la bannière étoilée se font eux-mêmes. Une forme d’indépendance de l’esprit qui, le jour J, favorise le déclic.

Les favoris en leaders

En voisins fair-play, les Canadiens font le poing dans leur poche et applaudissent: «Chapeau aux Américains, lâchait vendredi Chris Rudge, secrétaire général et chef exécutif du comité olympique canadien. Ils s’envolent pour l’instant. Je l’ai dit à mes collègues américains: vous faites du super boulot.» Lindsey Vonn a évoqué le coup de pouce du ciel après son titre olympique en descente. Aide divine ou pas, toujours est-il que tout se déroule selon les plans pour la «winning» machine américaine. Pour l’instant, les Etats-Unis ont gagné partout où l’un des leurs était favori – on pense notamment à Shaun White, Lindsey Vonn, ou Shani Davis. Ils se sont offert quelques agréables surprises (Julia Mancuso, Andrew Weibrecht) et ceux qui étaient l’objet d’interrogations – comme Bode Miller ou Chad Hedrick – ont levé le doute. «Nos athlètes savent saisir l’instant», s’est réjoui Mike English, le responsable des sports du Comité olympique américain. Qui a dit que ces Jeux étaient canadiens?