«Nous tirons tous à la même corde et, d'un point de vue opérationnel, nous sommes parfaitement dans les temps et dans la ligne de conduite. Nous avons même, selon les secteurs, un ou deux ans d'avance par rapport au Portugal il y a quatre ans.» Tel est le message d'apaisement qu'ont délivré hier, main dans la main, l'Association suisse de football (ASF) et l'UEFA concernant l'avancée des préparatifs à l'Euro 2008 organisé conjointement avec l'Autriche. Un mois après le signal d'alarme déclenché par l'instance faîtière du ballon rond en Europe, le ton imprimé aux débats se veut à nouveau amène et rassurant, cadrant on ne peut mieux avec l'atmosphère veloutée de l'hôtel Schweizerhof de Berne, où force petits fours ont été distribués histoire d'avaliser la communication du jour.

«Il ne s'agit pas de tout voir en rose, mais ne peignons pas non plus le diable sur la muraille, déclare Jürgen Müller, directeur du projet pour l'UEFA. Je comprends très bien l'inquiétude qui s'est emparée des Suisses ces dernières semaines mais, dans toute maison, il faut parfois rénover la cuisine ou changer la tapisserie de la chambre à coucher. Tout n'est pas réglé, mais l'optimisme est de mise.» En clair: le chantier avance, mais prenons garde à la solidité des échafaudages. «Il est naturel que l'organisation d'un tel événement génère quelques soucis, rappelle d'ailleurs Ralph Zloczower, président de l'ASF. Mais l'essentiel réside dans le fait que nous sommes capables de les résoudre.» Etat des lieux à 1307 jours du match d'ouverture.

Le spectre d'un Euro sans Zurich

L'éventuelle incapacité, tant redoutée, de la principale ville du pays à fournir un stade fonctionnel dans les délais est à l'origine du récent coup de gueule poussé par l'UEFA. Depuis, la situation s'est éclaircie. L'option du Hardturm définitivement enterrée, celle du Letzigrund a vu le jour. Et, comme la seconde enceinte zurichoise ne comprend aucun centre commercial et n'engendre pas de problèmes quotidiens au niveau de la circulation routière, les feux sont a priori au vert. «Nous sommes extrêmement rassurés par la solution qui se dessine, se réjouit Jürgen Müller, car Zurich doit avoir sa place dans cet événement.»

Face à cette évidence, l'UEFA a accordé à l'ASF un délai supplémentaire par rapport à ses exigences initiales – septembre 2006 – concernant la livraison du Letzigrund. «Même si on ne peut pas totalement exclure une quelconque opposition, nous partons du principe que tout ira bien, déclare Ralph Zloczower. Le projet est sérieux et les travaux seront terminés à l'été 2007. Je suis très confiant.»

Un hic fort inopportun subsiste toutefois: la rénovation du Letzigrund ne pourra être formellement assurée avant juin 2005, époque à laquelle aura lieu à Zurich une votation à propos du crédit indispensable (5,7 millions de francs) à la réussite de l'opération. Si le peuple oppose son veto, le point de non-retour sera atteint et l'Euro austro-suisse se fera sans la place forte helvétique. De là à voir le tournoi filer sous le nez des deux pays, il existe un pas que personne ne franchit pour l'instant.

La solution Christian Constantin

En cas de forfait zurichois, un architecte valaisan est prêt à saisir la balle au bond en fournissant à la Suisse le quatrième stade exigé par l'UEFA – Bâle, Berne et Genève sont les trois autres. Christian Constantin, président du FC Sion, projette depuis longtemps d'ériger une enceinte moderne afin d'héberger son club. «Les plans d'un stade à Martigny existent et nous sommes en contact avec M. Constantin pour, le cas échéant, faire le nécessaire afin qu'il puisse accueillir des matches de l'Euro», explique Peter Gilliéron, secrétaire général de l'ASF.

«Ma priorité est de doter le FC Sion d'un outil de travail de 22 000 places pour septembre 2007, affirme le Valaisan. Mais si nous pouvons faire d'une pierre deux coups, pourquoi pas? Faire passer la contenance du stade à 30 000 places n'est pas compliqué: il suffit de surélever les gradins de six mètres.»

Comme toujours, l'entrepreneur octodurien est partant. Mais il est, dans ce cas précis, dépendant de circonstances qu'il ne peut contrôler. Et se trouve contraint à accepter le rôle contre nature de roue de secours.

Le dossier de la sécurité

«Réputé comme Etat sûr, la Suisse ne peut se permettre de passer au travers dans le domaine de la sécurité, assène Heinz Keller, directeur de l'Office fédéral du sport. D'après nos calculs, une chose est claire: le budget prévu initialement (ndlr: 10,5 millions de francs) sera insuffisant.» Un autre élément relève de l'incertitude: l'ampleur de l'inéluctable rallonge. «Le Conseil fédéral doit, d'ici à fin décembre, déterminer un montant approximatif, poursuit Heinz Keller. Mais ledit montant sera susceptible d'être encore augmenté d'ici au début de la compétition. Car la sécurité n'a pas de prix.»

La Confédération et les cantons, qui se sont engagés à prendre en charge les coûts en question, ne devront donc pas lésiner sur les moyens. «Je ressens à cet égard un engagement très positif de la part du parlement», conclut Heinz Keller.