Dans une tribune libre publiée par la NZZ am Sonntag, Sepp Blatter exhorte le Conseil fédéral à une «reprise en main urgente et ferme» du dossier Euro 2008, «sous peine d'un fiasco retentissant». Le président de la Fédération internationale de football (FIFA) critique sévèrement l'apathie des pouvoirs politiques: «L'Euro est le troisième événement au monde. Lors de son attribution, on oublie parfois que l'organiser n'est pas seulement un honneur, mais une lourde responsabilité. Cette échéance impose tout un train de mesures préventives (douane, visas, finance, transport, tourisme) que l'Etat doit prendre en charge immédiatement, en leader du dossier.»

Sepp Blatter attend implicitement du Conseil fédéral qu'il soustraie l'organisation de l'Euro aux aléas de la démocratie directe: «Qu'un référendum puisse empêcher la réalisation d'un stade prévu par le cahier des charges, les citoyens suisses ont du mal à le comprendre. Mais à l'étranger, personne ne le comprend. […] En termes d'image, les querelles autour du stade de Zurich ont un impact extrêmement négatif. C'est un autogoal classique de la Suisse, que nous devons réparer de toute urgence.»

L'exemple allemand

Si la solution de repli vers le Letzigrund devait échouer, Sepp Blatter prédit un «no man's land footballistique entre Bâle et Innsbruck». Le compte à rebours avance, rappelle-t-il, et «les signaux sont au rouge vif». En guise d'argument massue, le Haut-Valaisan ose une comparaison historiquement délicate avec le grand voisin allemand: «Gerhard Schröder et son cabinet ont mené les travaux de la Coupe du monde 2006 avec la même intensité que les réformes. En Allemagne, les milieux politiques, économiques et touristiques se sont mobilisés depuis longtemps pour anticiper les retombées promotionnelles d'un tel événement.» Tout en insinuant l'importance cruciale des accords de Schengen/Dublin, Sepp Blatter stigmatise les atermoiements de la Suisse: «Les enjeux de l'Euro 2008 dépassent très largement le cadre du football. Où est le signal clair du gouvernement? Où est le feu sacré des politiciens qui, dans trois ans, voudront se montrer dans les stades?»