Avec ses matchs répartis dans 12 villes de 12 pays différents, le Championnat d’Europe des nations 2020 devait être une édition exceptionnelle pour célébrer les 60 ans d’existence de la compétition. La pandémie de Covid-19 a transformé le projet de jubilé en un casse-tête organisationnel, et à trois mois du début des réjouissances, l’UEFA a pris la décision de reporter la fête d’une année. Elle aura finalement lieu du 11 juin au 11 juillet 2021.

Ce bouleversement du calendrier doit permettre aux compétitions européennes (Ligue des champions, Ligue Europa) mais aussi aux championnats nationaux, actuellement à l’arrêt, d’avoir du temps pour se terminer cet été alors que tout aurait dû être réglé dès le 25 mai pour que l’Euro puisse se dérouler comme prévu. L’équipe de Suisse devait affronter le Pays de Galles, l’Italie et la Turquie entre Bakou, en Azerbaïdjan, et Rome. Elle patientera, comme tout le monde.

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Le scénario a été arrêté après une journée marathon de réunions téléphoniques entre les responsables de l’instance qui orchestre le football européen et les représentants des fédérations nationales, mais aussi ceux des ligues, des clubs et des syndicats de joueurs. Dans la galaxie des événements sportifs, l’Euro est – avec la Coupe du monde et les Jeux olympiques – un de ces rares soleils autour desquels gravite tout le reste. Le déplacer revient nécessairement à bidouiller l’alignement des planètes.

Différents scenarii

Mais son bon déroulement tel qu’initialement prévu était devenu en quelques jours inconsidérable. En raison de la propagation du coronavirus, pratiquement tous les championnats européens se sont arrêtés et ne savent objectivement pas quand ils pourront reprendre. De plus en plus de joueurs professionnels sont eux-mêmes touchés par le virus. Dans certains pays, comme en Suisse depuis ce mardi, les équipes professionnelles n’ont plus le droit de s’entraîner. La discipline dans son ensemble est sur pause. Or, quatre formations doivent encore se qualifier pour l’Euro via des barrages jusque-là prévus à la fin du mois de mars…

Pour ces seules raisons sportives, organiser le tournoi à compter du 12 juin 2020 paraissait impossible. L’entremêlement des situations sanitaires et politiques des 12 pays hôtes ajoutait encore à la complexité du défi.

Depuis 1960 et une première édition qui a réuni quatre équipes en France, l’Euro n’avait jamais été annulé, ni même reporté. Faute de marche à suivre ou de plan B tout ficelé, plusieurs scenarii ont été évoqués ces derniers jours pour faire face à la situation extraordinaire. Lundi, plusieurs officiels du gouvernement et de la fédération de football russes ont par exemple fait savoir que leur pays serait prêt à reprendre l’organisation de la compétition au pied levé, deux ans après avoir accueilli la Coupe du monde. Problème: les ligues européennes et l’UEFA comptaient sur l’été pour boucler, respectivement, les championnats nationaux et les compétitions internationales. Déplacer géographiquement l’événement ne suffisait donc pas.

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L’annuler n’était pas une solution non plus compte tenu des montants financiers en jeu: la précédente édition, en 2016 en France, avait rapporté près de 2 milliards d’euros à l’UEFA entre les droits TV, les revenus commerciaux et la billetterie. Il fallait donc décaler le tournoi.

Décision saluée

Une première option était de jouer au mois de décembre. Mais cela présentait l’inconvénient de pousser les ligues nationales à chambouler leurs programmes, ce qu’elles ont déjà accepté de faire dans deux ans à cause de la Coupe du monde au Qatar. Restait la possibilité de repousser l’Euro d’une année, à l’été 2021. C’est celle qui a été retenue, à l’unanimité.

Avant même le verdict officiel de l’UEFA, les réactions ont commencé à pleuvoir. «Cette décision sage et pragmatique permet de s’inscrire pleinement dans l’urgence et la priorité de l’action collective pour lutter contre le coronavirus tout en permettant d’envisager de terminer les championnats nationaux professionnels et amateurs qui pourraient se prolonger jusqu’en juin», a souligné le président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, dans un communiqué.

En Suisse, le sélectionneur Vladimir Petkovic souligne que «la lutte contre le virus est une priorité absolue» et qu'«une préparation sportive professionnelle n’aurait pas été possible dans ces circonstances». Directeur de la Swiss Football League, Claudius Schäfer se réjouit d’une décision qui «donnera au football suisse une plus grande marge de manœuvre dans la programmation des journées de championnat et des tours de Coupe de Suisse reportés en raison de la propagation du coronavirus». Son organisation va désormais pouvoir «élaborer des scenarii» pour terminer la saison lorsque la crise sera résorbée.

La Coupe du monde des clubs de la FIFA repoussée

Le report de l’Euro 2020 ne va toutefois pas rester sans conséquence. L’UEFA devra d’abord gérer un certain nombre de collisions au sein de son propre calendrier. Que faire de l’Euro féminin, qui doit débuter le 11 juillet 2021 en Angleterre, le même jour et dans le même pays que la finale de l’Euro masculin? Et quid de l’Euro des moins de 21 ans, qui doit se dérouler tout au long du mois de juin entre la Hongrie et la Slovénie? A leur tour, ces compétitions pourraient être repoussées.

C'est aussi le cas de la première édition d'une toute nouvelle Coupe du monde des clubs imaginée par la FIFA, et tout particulièrement par son président Gianni Infantino, qui devait se dérouler du 17 juin au 4 juillet 2021 en Chine. Mardi après-midi, le dirigeant haut-valaisan s'est exprimé par voie de communiqué pour souligner qu'il était impératif de «trouver des réponses appropriées et équitables à un niveau global» et qu'en conséquence, la FIFA acceptait le report d'une année de l'Euro, comme celui de la Copa America d'ailleurs. La Coupe du monde des clubs verra le jour plus tard, à une date que l'instance définira en temps voulu.


Cet article a été mis à jour mardi 17 mars suite à la communication de la FIFA relative au report de sa Coupe du monde des clubs.