Football

Euro 2020: l’équipe de Suisse au défi de Bakou

Au premier tour de l’Euro 2020, la Nati jouera deux de ses trois matchs en Azerbaïdjan, dans un groupe qu’elle partage avec l’Italie, le Pays de Galles et la Turquie. Cela lui promet de sacrées aventures

Tout est toujours question de perspectives. Les habitants des régions montagneuses de l’est de la Turquie n’auraient pas pu rêver mieux que de voir leur équipe nationale disputer deux de ses trois matchs du premier tour de l’Euro 2020 à Bakou. Ce n’est qu’à quelque 1000 kilomètres et une dizaine d’heures de route de la frontière. Pour eux, les 11 autres villes hôtes du tournoi sont beaucoup plus éloignées, dans le «far west» du continent.

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Toutes les autres sélections en lice espéraient par contre éviter ce groupe A disputé entre Rome et la capitale de l’Azerbaïdjan. Avant le tirage au sort qui s’est déroulé samedi soir à Bucarest (Roumanie), Vladimir Petkovic avait reconnu qu’il redoutait l'«immense défi logistique» impliqué. Il a désormais six mois pour le préparer. En juin, son équipe de Suisse jouera deux matchs à Bakou, le samedi 13 contre le Pays de Galles puis le dimanche 21 contre la Turquie, entre lesquels elle ira défier l’Italie dans son Stadio Olimpico le mercredi 17.

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Sportivement, il suffit de jeter un œil aux trois têtes de série du groupe F (Allemagne, France, Portugal) pour se convaincre que la Nati ne s’en sort pas si mal. La Squadra Azzurra, brillamment reconstruite sur les ruines de sa qualification manquée pour le Mondial 2018, sera favorite mais derrière, tout paraît ouvert. Les allers-retours vers Bakou promettent par contre une organisation ardue tant pour l’équipe nationale que pour les supporters qui désirent la suivre.

Finale controversée

Il ne faut toutefois pas surévaluer les trajets qui attendent la Nati. Si l’Association suisse de football (ASF) s’en tient à ce qu’elle prévoyait avant le tirage au sort, elle établira son camp de base pour le premier tour en Azerbaïdjan. Après ses trois rencontres, elle aura ainsi pris l’avion à trois reprises (Zurich-Bakou, Bakou-Rome, Rome-Bakou) pour parcourir environ 10 000 kilomètres. C’est quasiment la même distance que lors de la phase initiale de la Coupe du monde en Russie, qui l’avait vue entreprendre deux fois plus de vols. Rien d’insurmontable donc, même si contrairement à ce que veut bien dire son sélectionneur, Roberto Mancini, l’Italie bénéficiera d’un sacré avantage en disputant ses trois matchs à la maison.

Les fans qui prévoient de suivre l’équipe de Suisse sur les rives de la mer Caspienne doivent eux se préparer à un périple long et relativement onéreux. En attendant les offres du voyagiste officiel de l’ASF, il faut prévoir au minimum une dizaine d’heures, une escale et 700 francs pour rallier Bakou depuis Genève ou Zurich.

En mai dernier, le caractère excentré (par rapport au cœur de l’Europe de l’Ouest) de la capitale de l’Azerbaïdjan avait fait couler beaucoup d’encre, alors qu’Arsenal et Chelsea avaient dû s’y rendre pour disputer la finale de l’Europa League, au grand dam des fans des deux clubs londoniens. Et ce n’était pas la moindre des controverses entourant l’attribution de cette rencontre. Le milieu de terrain Henrikh Mkhitaryan (Arsenal) avait renoncé au déplacement en raison des tensions existant entre l’Arménie, son pays, et l’Azerbaïdjan. Amnesty International en avait profité pour regretter que cette petite nation du Caucase, 10 millions d’habitants et d’immenses réserves de pétrole, profite de la lumière du football pour «purger son bilan effroyable en matière de droits de l’homme».

Quart de finale à Bakou?

Voilà quelques années que l’Azerbaïdjan s’est immiscé sur le terrain de la diplomatie sportive. Depuis 2013 et l’apparition de son nom sur le maillot de l’Atlético Madrid, il a financé des clubs et accueilli des événements internationaux, dont la première édition des Jeux européens en 2015, un Grand Prix de Formule 1 depuis 2017 et le Festival olympique de la jeunesse européenne en juillet dernier. Il a aussi cherché à accueillir les Jeux olympiques mais a dû s’avouer vaincu face à Rio (2016) puis Tokyo (2020).

Le pays avait par ailleurs fait acte de candidature avec la Géorgie pour accueillir l’Euro 2020, face à la Turquie et à un trio Irlande-Ecosse-Pays de Galles. Mais fin 2012, l’UEFA, alors présidée par Michel Platini, avait décidé d’opter pour un tournoi réparti entre 12 villes de 12 pays différents. Bakou a été retenue parmi les 32 villes à avoir déclaré leur intention d’accueillir des rencontres. En plus de trois parties au premier tour, son gigantesque Stade olympique (68 000 places) sera le théâtre d’un quart de finale, le 4 juillet. Il pourrait d’ailleurs concerner l’équipe de Suisse si elle termine deuxième du groupe A, puis qu’elle remporte son huitième de finale (à Amsterdam).

A ce jour, la Nati n’a joué qu’une seule fois à Bakou, avec au bout du long voyage et de 90 minutes de souffrance l’une des plus cuisantes défaites de son histoire (1-0 contre l’Azerbaïdjan lors des qualifications pour la Coupe du monde 1998). L’Euro 2020 lui offre une occasion d’écrire, aux confins du continent, une page de son histoire plus réjouissante.


Le tirage au sort complet

Groupe A: Turquie, Italie, Pays de Galles, Suisse.

Groupe B: Danemark, Finlande, Belgique, Russie.

Groupe C: Pays-Bas, Ukraine, Autriche, vainqueur barrages Ligue D ou Roumanie (Ligue A)*.

Groupe D: Angleterre, Croatie, Ecosse, Norvège, Serbie ou Israël*, République tchèque.

Groupe E: Espagne, Suède, Pologne, Bosnie-Herzégovine, Slovaquie, Irlande ou Irlande du Nord*.

Groupe F: Islande, Bulgarie, Hongrie (Ligue A) ou vainqueur du barrage Ligue D*, Portugal, France, Allemagne.

* Sous réserve des résultats des quatre ligues de la Ligue des nations.

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