Le plan était clair et précis. L’équipe de Suisse féminine de football devait débuter le premier Euro de son histoire par deux victoires contre l’Autriche et l’Islande pour assurer sa qualification pour le tour suivant et aborder son dernier match contre la France, favorite du groupe C, sans pression. A la veille de son entrée en lice, mardi à Deventer, la capitaine Caroline Abbé assurait que ses coéquipières possédaient les armes nécessaires pour réussir un bon départ. «La tension est la même qu’avant notre première Coupe du monde (en 2015 au Canada), et elle augmente. Mais notre expérience fait que nous savons désormais que nous n’aurons pas une demi-heure pour trouver nos repères lors du premier match.»

Mais le trac – naturel et nécessaire – ne s’est pas évaporé comme prévu en pénétrant sur la pelouse du stade De Adelaarshorst, petite et charmante enceinte de 10 000 places à moitié garnie pour l’occasion. Deux cents secondes ne s’étaient pas écoulées qu’une main d’Ana-Maria Crnogorcevic dans sa surface de réparation aurait pu coûter un penalty à la Nati. Deux minutes plus tard, une mauvaise passe de Caroline Abbé offrait une occasion en or à Nicole Billa mais l’Autrichienne se précipitait et manquait le cadre. Au quart d’heure, c’était au tour de Nina Burger, un vrai poison de centre avant, de se présenter seule face à la gardienne Gaëlle Thalmann. Qui cette fois ne pouvait rien faire. 1-0.

Charnière centrale décimée

A la mi-temps, les statistiques révélaient une possession de la balle largement en faveur de la Suisse. Mais elle avait aussi à son actif la plupart des mauvaises passes et des imprécisions. Les occasions, elles, étaient autrichiennes. Au noir tableau de cette première mi-temps s’ajoutait encore la blessure de Caroline Abbé, maillon essentiel de la défense. Soignée quelques minutes au bord du terrain, elle a dû céder sa place peu après la pause. Le cauchemar se poursuivait quelques instants plus tard avec l’expulsion de Rahel Kiwic, seconde titulaire de l’axe central.

L’équipe de Suisse n’a pas perdu qu’un match ce mardi, mais aussi son joker dans le tournoi. Samedi, contre l’Islande, elle n’aura pas le droit à l’erreur. Elle devra aborder l’échéance sans pouvoir se reposer sur sa charnière centrale habituelle. Et son rêve de défier la France dans une semaine avec la décontraction de savoir que l’aventure ne s’arrêtera pas au coup de sifflet final s’est envolé.

Du caractère en fin de match

Pour autant, la Suisse n’a pas tout perdu face à l’Autriche. Si rien n’a fonctionné comme prévu, la puissance de feu des protégées de Martina Voss-Tecklenburg reste impressionnante. En pointe, Ramona Bachmann demeure une joueuse exceptionnelle, au coup d’œil remarquable et aux dribbles redoutables. Enfin, dans les dernières minutes de la partie, à dix contre onze, les Suissesses ont fait preuve de caractère, montré leur véritable potentiel en termes de volume de jeu, fait planer le danger sur la défense adverse. Elles ont séduit, même si cela n’a pas payé.

Et puis il y a l’expérience, celle dont parlait Caroline Abbé avant la partie. A la Coupe du monde 2015, l’équipe de Suisse s’était inclinée contre le Japon, sur le même score de 1-0 que contre l’Autriche, mais elle avait su réagir en infligeant un cinglant 10-1 à l’Equateur, avec en fin de compte une qualification pour les huitièmes de finale à la clé. Mardi, Deventer fut un enfer. Mais c’est un enfer dont la Nati peut revenir.