Elle est haute comme trois pommes. A ses côtés, son caddie, un garçon bien charpenté il est vrai, ressemble à un garde du corps. Ai Miyazato n'aura pas besoin de protection sur les greens du parcours d'Evian où elle vient pour la première fois participer à l'Evian Masters qui commence aujourd'hui. A 20 ans, la Japonaise est inconnue hors de son île natale. Là-bas, la jeune golfeuse est une célébrité. A Evian, sa présence a doublé le nombre de journalistes accrédités: une petite armada de suiveurs s'est précipitée sur les bords du Léman. En novembre dernier, deux chaînes japonaises concurrentes diffusaient l'une un tournoi masculin international remporté par Sa Majesté Tiger Woods, l'autre une joute dont Ai Miyazato sortira vainqueur. A l'audimat, la gamine écrase l'Américain.

Sur le parcours d'Evian, c'est à un autre monstre que la jeune fille devra se mesurer. A vrai dire, c'est toute une cour de récré que l'on a lancé à la poursuite d'Annika Sorenstam, reine du golf féminin dont la couronne est encore moins contestée que ne l'est celle de son camarade occasionnel d'entraînement, Tiger Woods. Le golf traverse ce que le tennis a connu avec Martina Hingis ou les sœurs Williams: l'éclosion d'une génération de joueuses qui habitent toujours chez papa et maman mais dont la chambre n'est plus tapissée des posters de leurs héroïnes tant elles sont elles-mêmes remplies d'ambition.

Outre la Japonaise de poche, la Suédoise sentira sur ses mollets les canines de plusieurs adolescentes: Paula Creamer, 18 ans, Californienne surnommée Pink Panther pour son obsession du rose; Christina Kim, 21 ans et un drive qui claque comme un lasso; et bien sûr Michelle Wie. L'Hawaïenne de 15 ans est encore amateur mais l'on sait déjà tout d'elle. Une chose, au moins, est claire avec elle: ce n'est pas Sorenstam qu'elle vise mais Tiger Woods. La suprématie du golf tout court. Voire au-delà.

La Française Karine Icher parmi les favorites

Il serait étonnant de retrouver l'une de ces gamines, samedi, en position de gagner le tournoi. Rester régulier sur quatre parcours de golf (il n'y a pas d'élimination après deux tours à Evian, contrairement aux autres tournois) est une prouesse qui demande de l'expérience. Vingt-quatre ans semble un bon âge pour s'imposer à Evian. C'est celui de Lorena Ochoa, prodige mexicain qui a remporté son troisième tournoi sur le circuit américain cette année (huit places dans les dix premiers en 2005). Elle n'en est qu'à sa troisième saison professionnelle mais déjà elle croule sous les records: nombre de birdies (un en dessous du par) par saison (442), nombre de tours sous le par (75) et dans les 60 coups (51).

A 26 ans, on piaffe de s'imposer à Evian. Surtout lorsque l'on est Française comme Karine Icher. Née à Châteauroux mais résidente de Crans-Montana (elle est touring pro du golf club de Crans). La jeune femme a quitté l'Europe, trois victoires en poche, pour participer au LPGA, le tour américain. Evian compte pour les deux circuits.

En golf, l'Amérique, c'est l'épreuve de vérité, le seul endroit où les golfeuses peuvent bien vivre de leur sport. Les tournois sont bien mieux dotés qu'ailleurs. Le décorum est très loin de celui des débuts de Karine Icher. Au golf du val de l'Indre, le club-house est une simple caravane et le parcours se résume à trois trous, décrit L'Equipe magazine, qui est parti récemment sur les traces de la jeune championne qui y tape ses premières balles à 10 ans.

Les choses iront vite pour la Française. En 2000, la Fédération française met au point un système de détection des talents qui met Karine Icher en évidence. Elle entre en équipe de France et devient championne du monde. Deux ans plus tard, passée pro, elle fait partie de l'équipe européenne de la Solheim Cup, équivalent féminin de la Ryder Cup. C'est l'année où elle se domicilie à Crans-Montana, happée par Gaston Barras, président du golf club. «J'ai aussi été président de commune», glisse-t-il en guise d'explication sur la venue de la golfeuse.

Début 2005, Karine Icher s'installe en Floride et retravaille son swing avec un disciple de David Leadbetter, la référence dans l'enseignement du golf moderne. Trois places dans les dix premières plus tard, la voilà 30e au classement de la LPGA. Ne lui manque qu'une victoire pour la lancer aux Etats-Unis. Paradoxalement, elle pourrait intervenir sur le sol français.