Avez-vous relevé ce paradoxe? Plus le football est présenté comme un spectacle, et moins il produit d’artistes. Le dernier en date croupit actuellement dans une prison paraguayenne. Lorsqu’il n’était qu’un jeu, un sport de pouilleux pratiqué sur des terrains râpés pour le seul plaisir des classes laborieuses, le football regorgeait de joueurs extraordinaires. Certains étaient en plus des personnages extravagants, puisque l’époque permettait encore un peu de ne pas choisir entre l’ambition et la fantaisie.

Un détail distingue infailliblement ces joueurs: ils survivent à travers des anecdotes et non des records ou des statistiques. Les émotions qu’ils ont suscitées infusent bien après leur mort. C’est le cas avec Ezio Vendrame, décédé le 4 avril des suites d’un cancer à l’âge de 72 ans, que l’Italie, qui ne compte plus ses morts, pleure aujourd’hui. Le Calcio le considérait comme son George Best, plus pour sa barbe en broussaille, son sourire canaille et son succès auprès des femmes que pour ses talents footballistiques. Best fut Ballon d'or, vainqueur de la Coupe d’Europe, titulaire dix ans à Manchester United; Vendrame, milieu offensif ou attaquant, passa l’essentiel de son temps en Série B ou C, ne joua que trois matchs pour Naples et n’a marqué qu’un but en Serie A.