La guerre est déclarée entre la commission européenne et l'autorité sportive de la Fédération internationale de l'automobile (FIA). Depuis quelques semaines, Max Mosley, le président de la FIA, est à son tour passé à l'offensive pour contrer les attaques du département de la concurrence de l'organisme européen. Dans cet épais dossier instruit par Karel Van Miert, qui n'a pas manqué de le transmettre à son successeur, Mario Monti, le principal grief de la commission européenne vise le manque de transparence et même la position dominante de la FIA sur le contrôle des droits télévisés de la Formule 1.

Max Mosley, qui avait fait le déplacement à Imola, a été particulièrement virulent et a même menacé de priver l'espace européen de l'essentiel de ses Grand Prix de Formule 1 (1) si la commission continue à faire des misères à la Fédération qu'il préside. Mais après la polémique, place au plaisir. Max Mosley a prévu de se rendre à Silverstone, uniquement pour cela. Cette escapade est à chaque fois une sorte de pèlerinage. C'est sur ce tracé historique qu'il a découvert, à 21 ans, le sport automobile. «Jusqu'à ce jour de 1961 où je suis allé voir une épreuve de monoplace à Silverstone, grâce à des billets que l'on avait offert à ma femme, j'ignorais tout de la course automobile. C'est un concours de circonstances qui a bouleversé ma vie.»

Carrière de pilote

Pour le jeune Mosley, qui entame alors des études de droit après avoir obtenu un diplôme de physique à l'Université d'Oxford, c'est un choc. «Le bruit, la vitesse, la beauté des voitures. J'ai été pris. Dès lors, j'ai économisé pour pouvoir courir à mon tour.» L'attente durera quatre ans. «J'avais compris que je ne serais jamais un deuxième Einstein. Et je ne pensais pas pouvoir m'épanouir dans la profession d'avocat.» Avec la course, c'est tout le contraire. Max Mosley y fait le plein de sensations. Il fréquente Graham Hill, Jackie Stewart et autre Chris Amon. Il apparaît même comme un honnête pilote. Le jour de sa première course de Formule 2, à Hockenheim, en avril 1968, Jim Clark se tue. De quoi faire réfléchir. «D'autant que j'avais juré à ma femme que cette activité n'était pas dangereuse.»

Un an plus tard, il raccroche déjà son casque. Il a d'autres projets. «Sur les circuits j'avais revu Robin Herd, un ami d'Oxford. Après avoir travaillé sur le Concorde, il avait été engagé par Bruce McLaren pour développer des prototypes. On a décidé de créer notre propre écurie en 1969: March Engineering. Lui s'occupait de la partie technique et moi de l'aspect commercial.» Son père Sir Oswald Mosley, fondateur du Parti fasciste britannique en 1930, lui avait promis la faillite. Son rejeton a pourtant revendu son affaire en réalisant une bonne plus-value. Aussitôt réinvestie dans l'immobilier et d'autres affaires. A la demande de Bernie Ecclestone, aujourd'hui vice-président de la FIA en charge des affaires commerciales, Mosley s'intéresse pendant quelque temps à l'organisation des Grand Prix.

Le passé de son père

A cette époque, la Formule 1 profite d'une audience sans cesse croissante. Puis, de profonds conflits d'intérêts opposent les instances sportives (la FISA) et l'association des constructeurs (la FOCA) dirigée par Bernie Ecclestone. Max Mosley décide de prendre ses distances. Il songe à la politique, mais, dans ce domaine, le passé de son père est un obstacle insurmontable. «Je me considère plutôt comme un conservateur. Mes idées étaient différentes de celles de mon père, avec qui j'ai souvent parlé de son engagement. Mais je sais qu'on lui a mené une vie difficile. Il a été interdit de radio et de télévision. Tout le monde était contre lui, ça nous a rapprochés.» Sir Oswald Mosley s'éloigne de son pays. Ce qui a valu à Max Mosley de passer l'essentiel de son adolescence en France et en Allemagne.

Aujourd'hui, malgré les menaces qu'il profère à l'encontre des courses européennes, il se dit être un européen convaincu. D'une certaine façon, Max Mosley est devenu un homme politique, peut-être plus influent que certains ministres. A la tête de la FIA, il représente plus de cent pays. A la surprise générale, il a été élu à ce poste en 1991 face au Français Jean-Marie Balestre que l'on pensait indétronable et qui l'avait nommé vice-président de la FISA. Max Mosley n'a plus quitté son confortable fauteuil depuis son intronisation en 1993. Il a été réélu en 1998. Il vient de fêter ses 60 ans et affirme que la Formule 1 n'occupe qu'une infime partie de son temps. A la tête du sport automobile mondial, il a parfois fait preuve d'autoritarisme. Il possède cette force de savoir mettre de côté l'amitié à l'heure de prendre une décision déplaisante, mais à laquelle il croit.

(1) Soit un Grand Prix d'Europe, un autre à Monaco et un troisième en Hongrie.