cyclisme

Fabian Cancellara, le doute s’épaissit

Au cœur des rumeurs sur le dopage technologique, le Bernois nourrit des suspicions sur ses changements de vélos aux Flandres et à Roubaix. Enquête

Si la rumeur autour de la présence de moteurs invisibles parmi le peloton professionnel s’est focalisée ces derniers jours sur Fabian Cancellara, c’est que le champion du monde de contre-la-montre l’a alimentée après son doublé sur le Tour des Flandres et Paris – Roubaix, remportés en solitaire avec une aisance superlative, après des accélérations assis sur sa selle. Mais la rumeur s’est surtout enroulée autour de ses changements de vélo opérés au préalable, sur les deux épreuves.

Ces changements interviennent à moins de 80 km de l’arrivée. D’après le live report de Cyclingnews, 1h18 avant de franchir la ligne d’arrivée au Tour des Flandres, et 1h57 sur Paris-Roubaix. Respectivement à 57 km et à 75 km du but. Le changement de Roubaix, Cancellara l’a justifié en conférence de presse par un problème de rayon. «Dans ce genre de cas, on change de roue», confie un coureur en toute discrétion. «On ne change de monture qu’en cas d’extrême nécessité, hormis à 20 km de l’arrivée.» Mais ce qui a surpris plus d’un observateur, c’est la sérénité avec laquelle Fabian Cancellara a vécu ce qui, normalement, aurait dû constituer un fâcheux contretemps. Son commentaire dans le numéro de mai de «Vélo Magazine» a aujourd’hui une saveur particulière: «Au moment de changer de vélo, je suis tranquille, ça se voit sur mon visage. […] Nous avons parfaitement maîtrisé ces péripéties. Il le fallait, sinon, c’était perdu.» Un scénario écrit d’avance, calculé au millimètre, pour disposer d’une nouvelle batterie chargée?

L’intéressé a nié en bloc toutes les suspicions. Pourtant, le scénario de Roubaix semble huilé. Et voir une telle malchance se répéter une semaine après la mésaventure des Flandres paraît peu vraisemblable. Les sites spécialisés ne se sont pas privés d’en faire mention le jour même. Des coureurs s’interrogeaient: Cancellara avait-il un moteur dans son pédalier (LT du 12 avril)? Au Tour des Flandres, le script est plus difficile à lire, mais source de questionnements aussi. A Bruges, Fabian Cancellara part avec un vélo muni de la plaque 171, plaque que l’on revoit à l’arrivée, et cela malgré un changement de bicyclette. A Roubaix, dans le même processus, le Bernois franchit la ligne sans plaque, ce qui semble logique, le vélo de départ ayant eu un problème, et les organisateurs de course distribuant par équipe un jeu de dossards et de plaques.

Au Tour des Flandres, Fabian Cancellara n’a vraisemblablement pas changé de vélo à une, mais à deux reprises. Lors du changement retransmis par la télévision, il se laisse glisser à l’arrière du peloton en toute décontraction et jette son vélo marqué du 171 sur le bord de la route. Les images figent le mécanicien du Team Saxo Bank, Roger Theel, sortant de la voiture de l’équipe. Nous sommes à 57 km de la ligne. Au km 53, son coéquipier Matti Breschel connaît un problème mécanique lui aussi. Paniqué, un homme s’extirpe du véhicule et cherche tant bien que mal le vélo du Danois. Furax sur la ligne d’arrivée, ce dernier tonne: «Ma voiture m’a donné le mauvais vélo! Ils m’ont donné celui de Stuart O’Grady. C’est une grosse grosse erreur. Ça ne devrait jamais arriver!» Qui était l’homme à la chemise bleue qui saisit le vélo inadéquat sur la galerie? Sur un parcours comme le Tour des Flandres, les équipes ont droit à une seule voiture, qui comprend un mécanicien, le directeur sportif et souvent un invité.

Pourquoi le mécanicien qui intervient sur le changement de vélo de Cancellara n’est-il plus dans le véhicule? Une vidéo amateur le montre à un autre moment de la course, posté au bord de la route, sur la droite, à un endroit où des barrières de sécurité contiennent la foule. Un point que Fabian Cancellara connaît. Placé à droite du peloton, le Bernois lui échange très rapidement et très calmement son vélo, laissant celui sans plaque. Une scène que l’on ne verra pas à l’antenne.

Des changements de monture, le cyclisme en a toujours connus. Des mécaniciens placés le long du parcours, aussi – entre le km 57 et 53, il est envisageable de prendre des chemins de traverse pour relier un autre endroit du parcours, le tracé étant fait de nombreuses sinuosités. Dans la mesure où les problèmes mécaniques relèvent normalement de la péripétie, et qu’ils devraient rehausser encore la portée d’une victoire, pour quelles raisons le Team Saxo Bank et Fabian Cancellara ont-ils tu ce deuxième changement?

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