Football

Fabio Celestini, déjà promu dans l’élite des entraîneurs

Le Lausanne-Sport devra attendre encore un peu pour accéder à la Super League, mais son coach fait l’unanimité, dans le vestiaire et au-delà

Les footballeurs du Lausanne-Sport espéraient deux choses pour leur dimanche après-midi: une Pontaise à guichets fermés (ou presque) pour leur match contre Chiasso, et une victoire qui devait leur permettre, à cinq journées de la fin du championnat, de valider leur promotion en Super League. Ils n’ont eu ni l’un ni l’autre, mais une affluence tout de même record cette saison (5860 personnes) et un résultat nul au bout d’une partie assez terne (0-0).

Devant une meute de journalistes pressés de conter le retour dans l’élite du LS, les joueurs ont presque dû se justifier de n’avoir pas concrétisé cette première occasion de conclure. «Certains peuvent parfois faire la différence sur un geste, mais ne l’ont pas fait ce soir. Nous avons eu de la peine à desserrer le frein à main», remarquait le latéral Arnaud Bühler. «Peut-être y a-t-il eu de la crispation, ou de la fatigue. Ce qui est sûr, c’est que nous voulions faire un grand match et que nous n’avons pas réussi à l’emballer», analysait Xavier Margairaz.

Inattendue évidence

Ce match nul contre Chiasso ne change pourtant rien à l’affaire; il retarde juste l’échéance. «Il reste quinze points en jeu, nous en avons quatorze d’avance, rappelait l’entraîneur Fabio Celestini devant la presse. Je préfère aujourd’hui être à ma place qu’à celle de l’entraîneur de Wil…» Il y a de quoi: son Lausanne-Sport pratique le plus beau football de Challenge League. Il mène la danse au classement depuis longtemps, pointait en tête à Noël déjà. Qu’il aille au bout est devenu depuis quelque temps une évidence.

C’était néanmoins inattendu. Quand Fabio Celestini est nommé entraîneur en mars 2015, il prévient le peuple vaudois, qui considère que la place du LS n’est nulle part ailleurs qu’en Super League: il faudra faire preuve de patience. «Il faut être prêt à reculer, quitte à connaître quelques saisons difficiles en Challenge League», glissait-il au Temps. Les perspectives ont bien changé: pour monter, il faudra désormais attendre une semaine (au moins), et cela paraît déjà une éternité.

L’artisan numéro 1

Que s’est-il passé alors? Fabio Celestini est arrivé au LS avec une vision des choses claire pour mener l’équipe en Super League à moyen terme. Le fait est que son fameux «projet» (développer une identité de jeu basée sur la possession, en faisant confiance aux jeunes et aux produits de la formation locale) était le bon, au bon moment, avec les bonnes personnes; il a fédéré tout le monde et fonctionné mieux que prévu. «Fabio Celestini a réussi à métamorphoser tout un club», a déclaré le président Alain Joseph au repas de gala du club vendredi dernier. «Le coach est clairement l’artisan numéro 1 du succès du Lausanne-Sport cette saison», renchérit le défenseur central Jérémy Manière.

Là aussi, il y a comme une évidence à la réussite de Fabio Celestini à la tête du LS. Lui, l’ancien joueur de l’équipe (127 matches entre 1995 et 2000), qui revient à la Pontaise au bout d’une des plus belles carrières du football suisse pour mettre son expérience au service de «son» club. Il a à la fois la légitimité du gamin qui a grandi dans le coin et celle du professionnel qui a réussi bien au-delà. «En Suisse romande, on suit beaucoup le foot français. Quand tu as l’ancien capitaine de l’Olympique de Marseille qui parle, tu te dis qu’il faut l’écouter», illustre Jérémy Manière.

Faux départ

Le premier «retour à la maison» de Fabio Celestini avait pourtant été loin de se dérouler comme prévu. Lors de la saison 2010-2011, l’ancien international est engagé comme joueur pour terminer sa carrière, avec un avenir tout tracé comme directeur sportif du club. Un projet sur le long terme, déjà. Mais après six mois, l’idylle vole en éclat sur fond de désaccord avec les dirigeants. Dans la presse, les mots sont durs de part et d’autre, et la rupture semble définitive.

Mais le temps est parfois le meilleur des remèdes. Lorsqu’il revient avec la casquette de coach en 2015, la philosophie de Fabio Celestini est toujours la même, mais tout est cette fois réuni pour mener à bien son «projet vaudois». Formés localement, il y a de très jeunes joueurs prometteurs (Zeqiri, Lotomba), d’autres pas beaucoup plus vieux mais déjà affirmés (Pasche, Gétaz, Yang Yang) et, enfin, quelques hommes d’expérience disponibles pour un nouveau défi après des moments difficiles (Bühler, Margairaz). Et tous ces footballeurs ont les qualités pour développer un jeu où l’idée est d’avoir le ballon plutôt que de courir après.

Un vestiaire sain

«Ce qui m’a marqué en arrivant, c’est la solidarité du vestiaire, explique Jérémy Manière, transféré durant la trêve hivernale. Après chaque entraînement, à midi, nous sommes dix pour manger ensemble. On ne voit vraiment pas ça partout.» Tous les joueurs – remplaçants compris - dépeignent un vestiaire sain, que le jeune entraîneur Celestini (40 ans) maîtrise avec beaucoup de finesse: proche de ses joueurs, toujours disponible pour échanger, il n’est pas le dernier à chambrer lorsqu’il prend part à un exercice à l’entraînement, mais il sait néanmoins faire observer la distance nécessaire.

Après le match contre Chiasso, Fabio Celestini est apparu serein, maniant critiques («il nous a manqué un bout dans tous les domaines») et encouragements («je ne suis jamais déçu de mes joueurs, ils donnent toujours tout») avec un sens de la nuance très affirmé, qui lui vaut aussi d’être un interlocuteur apprécié des médias sur tous les sujets liés au foot, bien au-delà de ses prérogatives de coach du LS. Son équipe devra attendre (un succès ou un faux pas de Wil) pour officialiser sa promotion en Super League, mais lui a d’ores et déjà acquis la sienne dans l’élite des entraîneurs du pays.

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