«Quoi? Il existe donc une équipe nationale suisse de rugby?» A la lecture de l'affiche annonçant le match qui opposera ce samedi à 16 heures, à Monthey (Valais), l'équipe suisse de rugby à celle d'Israël pour le compte de la poule régionale D du championnat seniors de la Fédération internationale de rugby (FIRA), plus d'une personne marque son étonnement. Il est vrai que le XV suisse ne fait guère parler de lui au sein du grand public. Manager de la formation, le Valaisan Renzo Scesa nous dit comment la situer au sein de la hiérarchie européenne du ballon ovale: «Disons que les équipes qui participent au Tournoi des Cinq Nations ou les grosses cavaleries de l'hémisphère Sud (n.d.l.r.: All Blacks, Wallabies et Springboks) sont la terre, alors que nous sommes la lune.»

Renzo Scesa est trop modeste car si elle s'impose samedi face à Israël (lire ci-dessous), la Suisse terminera probablement première de son groupe. Ce qui lui vaudra alors de devenir l'une des 21 meilleures équipes d'Europe et lui permettra d'évoluer dans le championnat continental de 4e division. «Certes, mais on est encore bien loin d'équipes telles la France ou l'Angleterre», risqueront encore les grincheux. Pas tant que cela. Le chiffre 21 comprend en effet les formations (Angleterre, Ecosse, France, Irlande et Pays de Galles) évoluant dans l'actuel Tournoi des Cinq Nations ainsi que l'Italie qui les rejoindra dès l'an prochain pour former la composition du futur Tournoi des Six Nations. C'est dire…

Dans le groupe D du championnat régional FIRA, la Suisse a obtenu deux victoires cette saison: face à Andorre (15-14) et la Bulgarie (48-8). Mieux, lors d'une rencontre disputée l'an dernier à Tel-Aviv, elle a battu Israël, son adversaire de ce samedi, sur le score de 38 à 3. «Leur équipe a été considérablement remaniée depuis, explique Renzo Scesa, il ne faudra donc pas la prendre à la légère en se remémorant le score de 1998.»

Au rang des objectifs à venir, la manager du XV suisse fixe évidemment la promotion en quatrième division. «Nous aimerions également passer le cap du futur premier tour de qualification pour la Coupe du monde 2003 (52 équipes seront en lice). Il nous faudra pour cela remporter quatre victoires. Enfin, nous visons une meilleure stabilité financière. Pour cette saison, j'ai demandé à la Fédération suisse de rugby (FSR) un budget de 180 000 francs pour l'équipe nationale. Elle ne m'en a donné que 40 000. Heureusement, avec divers partenariats, j'ai pu améliorer notre ordinaire qui pourrait ascender finalement à 60 000 ou 80 000 francs.» Renzo Scesa ajoute: «Avec plus d'argent, nous pourrions organiser plus de stages, de rencontres de préparation et défrayer les joueurs qui sont tous bénévoles et prennent sur leurs vacances le temps consacré à l'équipe suisse.»

A ce sujet, les internationaux helvétiques consacrent actuellement un bon mois par an à l'équipe suisse. «Ils se réunissent seize fois en tout pour des stages auxquels s'ajoutent quatre matches. C'est beaucoup pour eux qui ne sont que des amateurs purs, estime le patron. Heureusement, nous entretenons d'excellentes relations avec les clubs (n.d.l.r.: il y a en a 22 en tout en Suisse répartis entre LNA, LNB et 1re ligue). Nous avons le soutien des entraîneurs et des présidents et pouvons nous appuyer sur les quatre régions qui forment la FSR.»

Si le rugby suisse a connu sa période la plus faste entre 1976 et 1984, il est en passe de renouer avec un passé qui inspire le respect. Depuis 1991, ce sport fait partie du Mouvement Jeunesse +Sport qui met sur pied quatre à six rassemblements par an, lesquels peuvent compter jusqu'à 400 participants. «C'est énorme, considère Renzo Scesa. Surtout si l'on considère que, toutes catégories confondues, la Suisse recense 2000 licenciés maximum contre 450 000 en France. C'est dire que nous pouvons avoir bon espoir pour l'avenir.»