La facture des Jeux olympiques de Londres s'envole. Seize mois seulement après avoir décroché les JO 2012, les organisateurs avouent avoir nettement sous-estimé les coûts de la manifestation. De 5,6 milliards de francs, la facture vient de passer officiellement à 7,8 milliards: c'est un dépassement de 40%. Mais ce chiffre devrait encore augmenter, certains analystes parlant même de 20 milliards.

La TVA «oubliée»

Face à un comité parlementaire, Tessa Jowell, ministre de la Culture et des sports, a été forcée de reconnaître que le budget initial allait largement être dépassé. Pour s'expliquer, elle met en avant le doublement des cours de l'acier, une hausse des prix du bâtiment plus importante que prévu, et surtout, l'étrange création d'un nouvel organisme chargé de s'assurer qu'aucun dépassement de coûts n'aura lieu. Ce «partenaire pour la livraison des travaux» devra superviser chacun des milliers de contrats signés pour les JO de 2012, pour qu'ils soient réalisés dans les temps et le budget impartis. Mais cet organisme coûtera près d'un milliard de francs. Le paradoxe est évident: le budget dérape afin de mieux maîtriser le budget...

Mais surtout, cette première envolée des coûts n'est qu'un début. Selon l'aveu même du président du conseil d'administration de l'Autorité olympique de 2012 (Olympic Delivery Authority), sir Roy McNulty, le prix total pourrait atteindre près de 12 milliards de francs. Voire 20 milliards à en croire une étude du magazine professionnel New Civil Engineer.

Le gouvernement britannique rétorque que ces estimations comprennent notamment le coût de la «régénération» de l'est de Londres, alors que ces travaux auraient eu lieu avec ou sans les Jeux olympiques. D'immenses projets de transports en commun et la construction de nouveaux logements sont en effet prévus depuis plusieurs années. Leurs coûts sont donc exclus de l'enveloppe calculée par le gouvernement.

«Mais nous reconnaissons que d'autres problèmes restent à régler», euphémise le porte-parole du Ministère des sports. La liste des questions qu'il reste à résoudre est en effet longue. Il y a d'abord le problème de la TVA: celle-ci n'avait pas été comptabilisée dans le budget initial, en espérant que le Ministère des finances passe l'éponge dessus, comme cela avait été le cas pour Athènes. Mais les règles européennes d'une part, et les finances publiques britanniques serrées d'autre part, rendent cette perspective improbable. Les négociations entre le Ministère des finances et les organisateurs sont tendues.

Nouvelles hausses attendues

Il y a ensuite le prix de la sécurité. Le lendemain de la victoire de Londres face à Paris pour les Jeux olympiques, les attentats du 7 juillet 2005 ont fait 56 morts dans le métro et un bus. Les mesures de sécurité ne peuvent plus être les mêmes. «Il est probable que ce coût augmente», reconnaît le gouvernement.

Dernier élément laissé de côté: le prix de l'assurance qui va couvrir les JO 2012. Le maire de Londres cherche actuellement à la limiter, en contradiction avec les recommandations des experts en BTP.

Enfin, tout cela ne s'appuie pour l'instant que sur les paroles du gouvernement. Mais aucun budget précis et chiffré n'a pour l'instant été publié. Celui-ci est en cours de finalisation et devrait être disponible au début de l'année prochaine.

«Les annonces qui viennent d'être faites ne sont qu'un début, s'inquiète Hugh Robertson, député conservateur. Tant que les chiffres annoncés restent ambigus, nous ne pouvons que nous attendre à de nouvelles hausses.»

Au passage, il semble qu'un détail de 4,7 milliards de francs ait été oublié: c'est le prix que devrait coûter le fonctionnement des Jeux olympiques pendant les deux semaines que durera la fête. En principe, l'intégralité sera couverte par des financements privés: droits de télévision, billets, objets dérivés... Mais là aussi, une explosion des coûts est possible.

La taille de la facture commence à sérieusement inquiéter les Londoniens. Leur impôt local a déjà été augmenté de 50 francs par foyer par an. Mais à 2070 jours du début des festivités, une nouvelle hausse de leur fiscalité se fait un peu plus probable chaque jour.