Portrait

«Faire le choix de tout quitter pour ma passion était une décision difficile»

La dynamique Lucernoise de 34 ans est la meilleure surfeuse de Suisse. Elle a fait le pari – osé et difficile – de vivre entièrement de sa passion

En matière de sport, la Suisse excelle en tennis, en ski et parfois en football. Plus étonnant, notre pays possède sa championne de surf. Alena Ehrenbold, Lucernoise de 34 ans, a découvert l’art de prendre la vague à Lacanau, en Gironde, au début de ses études universitaires en économie. Mais la rencontre tourne d’abord au cauchemar. Son ex-ami la laisse seule face aux vagues pendant qu’il file profiter de son côté des conditions excellentes de ce jour-là. «Il m’a dit que je n’avais qu’à ramer et me lever, et que tout irait bien. Mais c’était atroce, je ne savais pas comment m’y prendre et j’ai failli me noyer.» Traumatisme.

Convaincue que le surf peut lui plaire, elle attend un an et demi avant de remettre les pieds sur une planche. Direction le Portugal, seule cette fois. Le courant passe. La voici, quelques années plus tard, championne suisse de surf. Car oui, la Suisse, pays de montagnes et de lacs, a ses championnats de planche organisés chaque année en France ou en Espagne par la Swiss Surfing Association.

D’enseignante à surfeuse

Reste à Alena Ehrenbold à jongler entre ses études, ses escapades de glisse et ses petits boulots. Elle s’accroche. «Quand j’ai obtenu mon poste d’enseignante en économie au lycée, les choses sont devenues plus simples. J’avais plus de moyens, j’avais la liberté de partir et les progrès sont venus rapidement.» Le surf la passionne. L’appel de l’océan devient si fort qu’en 2015, elle décide de quitter son poste confortable pour se consacrer entièrement à son sport. «Je me disais que c’était le moment ou jamais. Je ne voulais pas regretter de ne pas avoir essayé de vivre du surf, même si mon entourage restait plutôt sceptique», se souvient-elle.

Alena Ehrenbold quitte la Suisse et s’installe là où le swell – cette zone de surf où se trouvent les vagues – l’appelle. Elle se rend en Indonésie, au Portugal, à Hawaii, en France… Sans résidence fixe, elle ne reste jamais plus de deux ou trois semaines au même endroit. Ses yeux brillent lorsqu’elle évoque la mer, la force des vagues et la beauté de l’eau. «Le surf est vraiment un mélange d’adrénaline et de relaxation. On se retrouve souvent face à soi-même, en communion avec la nature, les autres surfeurs étant souvent trop loin pour pouvoir se parler. Les conditions changent tout le temps, chaque jour est différent. Il y a toujours de nouveaux objectifs, de nouvelles choses à apprendre, rien n’est jamais figé. C’est ça qui est stimulant.»

Nouvelle vague

Devenir surfeuse professionnelle, le pari était osé. Pour financer sa carrière et son choix de vie, elle navigue avec force entre surf, coaching pour surfeurs avancés, journalisme free-lance, shootings photo pour des agences de publicité, sponsoring et production de films. Son premier documentaire sur le surf en Suisse, elle l’échafaude pendant longtemps, jusqu’à ce que son chemin croise un peu par hasard celui d’un réalisateur animé de la même envie… I Wanna Surf sort en 2013 et raconte le quotidien surprenant des surfeurs en Suisse.

Réaliser des films, une façon pour la Lucernoise «d’apporter des vagues en Suisse» et de mieux faire connaître son sport. «Il y a quelques années, quand je racontais que je surfais, tout le monde pensait que je faisais en réalité de la planche à voile… Le surf était peu connu. Aujourd’hui, de plus en plus de Suisses s’y mettent.» Inspirée par ses voyages et ses expériences, Alena Ehrenbold s’attelle pendant trois ans à l’écriture du script de son deuxième film. Son fil rouge est tout trouvé. «Faire le choix de tout quitter pour laisser le surf jouer le rôle principal dans ma vie était une décision difficile. Quelle place doit-on laisser à nos passions? J’avais envie de raconter quelque chose autour de ce thème, avec des parcours de vie différents», explique-t-elle. Blue Road, qui vient de sortir, retrace ainsi sa propre trajectoire et celles de la Bretonne Annabel et de l’Australienne Rachel.

Au jour le jour

La promotion de son film l’occupera pendant plusieurs semaines. Et après? La suite de sa carrière, elle l’envisage sereinement, mettant ainsi en pratique les conseils du poète Horace. «Je m’adapte aux vagues, aux saisons. Mon mode de vie est très spontané, j’avance pas à pas, un jour après l’autre. Je ne sais pas de quoi mon lendemain sera fait! Et quand je n’ai rien de prévu, je prends le temps d’écrire ou de penser à de nouveaux projets de films», indique-t-elle. Carpe diem.


En dates

1983. Naissance à Lucerne.

2009. Premier voyage de surf pendant trois mois en Australie.

2010. Victoire aux Championnats suisses de surf.

2013. Sortie de son premier documentaire sur le surf suisse, I Wanna Surf.

2016. Plus belle vague de sa carrière en Indonésie.

 

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