«Le fart? Disons que c'est le point sur le i.» S'il se refuse à dire quel pourcentage peut être attribué aux produits destinés à faciliter la glisse dans la victoire d'un skieur, Heinz Kolly, rattaché au service course de la firme spécialisée suisse Toko, n'en considère pas moins qu'«ils sont importants». «Moins que la structure des semelles d'un ski, dit-il, mais importants tout de même.»

Phénomène amusant, les farts utilisés au plus haut niveau sont les mêmes que l'on trouve dans le commerce. Sauf qu'ils apparaissent en compétition environ un an plus tôt. «La production serait trop compliquée si nous devions avoir deux assortiments différents, explique Heinz Kolly. Il est aussi important que nous retrouvions des farts identiques à tous les échelons de la compétition.»

Recherches permanentes

Cela n'empêche pas évidemment Toko et les trois autres marques présentes sur le circuit (Swix, Holmenkol et Briko) de procéder à d'incessants développements. «Nous avons un responsable pour cela à qui nous autres gens du terrain indiquons la direction où aller. Nous travaillons en étroite collaboration avec les techniciens des marques de ski. Eux ont des retours des skieurs dont ils s'occupent. Les équipementiers aussi nous réclament des évolutions», explique Heinz Kolly.

L'essentiel du travail se passe au printemps. A ce moment-là, les skieurs testent le matériel qu'ils utiliseront la saison suivante. Ils comparent leurs anciennes lattes aux nouvelles et en profitent pour tester les farts qui arrivent sur le marché. «Toutefois, nous n'améliorons pas toutes nos lignes en même temps. Une fois, nous travaillons sur le HF (ndlr: fart qui contient beaucoup de fluor), une fois sur le LF (moins de fluor), une fois sur le Système 3 (sans fluor)», continue Heinz Kolly. Il faut savoir que plus la neige est humide, plus l'usage d'un produit très fluoré est recommandé. «Le fluor libère le ski, explique le Valaisan Dany Vaquin, le technicien (on dit aussi serviceman) du descendeur suisse Didier Cuche. Il fait office d'accélérateur et amène rapidement le ski à sa vitesse maximale.»

Vouloir comprendre ce que contient la malle d'un Dany Vaquin tient de la prise de tête intégrale. Il y a là les HF, les LF, les Système 3 – les trois se déclinant dans les couleurs jaune (pour neige de 0 à – 4 degré), rouge (–4 à – 10) et bleu (–10 à – 30) –, le Molybdenum (un nouveau fart utilisé lorsque l'air est froid et sec), la poudre Jet Stream, qui évite que le film créé par l'eau présente en surface de la neige fasse un effet ventouse avec le ski. Il y a les farts pour neige artificielle ou transformée. Il y aura bientôt le Nanotech, un fluor liquide en phase de test qui pénétrera plus profondément dans la semelle du ski et dont l'effet se mesurera plus longtemps que les produits actuels tout en permettant une glisse améliorée. Sans compter les petites astuces développées au cours des saisons.

Casse-tête incessant

«Ma caisse contient environ 50 litres de farts différents qui me permettent d'œuvrer de manière assez précise par tranches de cinq degrés», assure Dany Vaquin. Un véritable casse-tête qui doit être résolu au matin de chaque course et qui justifie les fortunes dépensées par les marques de ski pour le fartage. Selon nos sources, un flacon de poudre Jet Stream permettant de traiter quatre paires de ski seulement vaut dans les 170 francs suisses dans le commerce (un peu moins en compétition). Or, explique Dany Vaquin, je dois bien traiter quelque chose comme un millier de paires de skis par an. Rien que pour Didier Cuche.»

Reste une question importante: jusqu'où va-t-on pouvoir aller dans le développement de nouveaux farts. «Il n'y a aucune limite, notamment en matière de fluor», estime Heinz Kolly. Pour notre part, nous voyons tout de même deux obstacles majeurs: l'écologie et la médecine du travail. L'écologie parce que les farts contiennent des substances nocives pour l'environnement. Et la médecine du travail pour les mêmes raisons. Les techniciens respirent en effet à journée faite les vapeurs des produits qu'ils appliquent à chaud.