Football

Ce FC Bâle est fort avec les faibles, faible avec les forts

Toujours plus dominateurs en Super League, les Bâlois ont paradoxalement de plus en plus de peine à exister au niveau européen. Un problème technique, mais aussi mental

Depuis qu’il dispute la Ligue des Champions, le FC Bâle y met en vitrine ses meilleurs éléments, qu’il revend ensuite au prix fort en Bundesliga ou en Premier League. Cette saison, le président Bernhard Heusler ne pourra guère miser que sur Tomas Vaclik pour équilibrer les comptes. Sans l’application de son gardien tchèque, Bâle serait sans doute rentré de Londres avec une déculottée proche de celle de Munich en 2012 (7-0 contre le Bayern).

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Le score de cet Arsenal-Bâle (2-0), doublé de Theo Walcott en première mi-temps) est un moindre mal pour le visiteur. Bâle, qui n’avait perdu qu’une seule (en 2002 à Manchester) de ses dix rencontres de Ligue des Champions face à une équipe anglaise (4 victoires, 5 nuls) n’a pas existé face à la vitesse, à la précision et à la justesse technique des enchaînements offensifs d’Arsenal. «C’était du très, très haut niveau», lâchait après le match l’ancien buteur Marco Streller, très impressionné par le trio Cazorla-Sanchez-Walcott. Arsène Wenger lui-même avouait, chose rare, sa satisfaction. «Comme contre Chelsea, notre première mi-temps a été de superbe qualité. Nous sommes confiants, nous jouons maintenant à plein régime.»

Comparer Bâle à Arsenal n’a pas de sens

Qu’un grand club anglais en pleine bourre surclasse un club suisse, il n’y a là rien que de très normal. Comparer Bâle à Arsenal n’a pas de sens. Ce qui en a davantage, c’est de comparer ce FC Bâle actuel à ses devanciers. Et là, un paradoxe saute aux yeux: l’équipe a de plus en plus de marge en championnat de Suisse mais aussi de plus en plus de peine en compétitions européennes. Après deux journées dans le groupe A, Bâle n’a qu’un point, sauvé à domicile contre Ludogorets au terme d’un match poussif.

Les Rhénans n’ont remporté aucun de leurs six derniers matchs de Ligue des Champions (dernière victoire en novembre 2014, 4-0 contre Ludogorets) et n’y ont inscrit que deux buts. L’an dernier, ils avaient échoué à se qualifier pour la phase de poule, tombant en barrage face au modeste Maccabi Tel Aviv.

Parallèlement, Bâle ne cesse de resserrer son étreinte sur le football suisse. Le FCB, sacré lors de la dernière journée en 2010, qui n’avait qu’un point d’avance sur Zurich en 2011 et 3 sur GC en 2013, prend depuis ses aises: + 7 points sur GC en 2014, + 12 sur YB en 2015 et déjà + 14 après seulement neuf journées (9 victoires) cette saison.

Une équipe qui manque de talent

Notre avis est qu’une génération comme celle des Shaqiri-Xhaka-Sommer-Frei-Stocker ne se remplace pas comme ça, que l’équipe actuelle manque de talent et que ses qualités essentiellement physiques (taille, force, engagement) font la différence au niveau national mais sont notoirement insuffisantes en Ligue des Champions. «Arsenal, c’est Lausanne à la puissance 3!», prévenait avant la rencontre Bernard Challandes, présent à l’Emirates Stadium mercredi pour la RTS.

En Suisse, tu joues 20 minutes et tu as plié le match.

L’hypothèse d’une équipe plus taillée pour la Super League que pour l’Europe ne convainc pas totalement l’entraîneur du dernier club champion avant Bâle (le FC Zurich en 2010), qui pointe surtout la faiblesse du championnat de Suisse. «C’est vraiment dramatique! Il y a encore quelques années, Bâle pouvait perdre contre YB, GC ou Sion; aujourd’hui, cela semble illusoire.» «C’est un problème, souligne Marco Streller. En Suisse, tu joues 20 minutes et tu as plié le match.»

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Vingt minutes, c’est aussi le temps durant lequel Urs Fischer a aimé son équipe contre Arsenal. «On devait presser haut, défendre offensivement. C’était notre seule chance et cela a plutôt bien fonctionné jusqu’au second but. Ensuite, nous avons perdu ce courage d’aller les chercher.»

«Il nous a manqué cette envie, cette conviction»

L’entraîneur bâlois reproche également à ses joueurs de ne pas y avoir assez cru. «On peut en prendre trois ou quatre mais tant qu’il y a 2-0, il suffit de marquer un but pour revenir dans le match. Il nous a manqué cette envie, cette conviction.»

Il manque des personnalités, des forts caractères, des mauvais perdants; ceux qui transforment un vestiaire en machine de guerre.

Les équipes habituées à tout gagner regorgent habituellement de confiance en elles. Que Bâle se replace dans la peau du «petit» devant un «gros», qu’il passe d’un complexe de supériorité contre Ludogorets à un complexe d’infériorité face à Arsenal, en dit long sur les limites d’un effectif, et peut-être surtout d’un groupe. «Il y a quand même du talent dans cette équipe, note Bernard Challandes. Par contre, il manque des personnalités, des forts caractères, des mauvais perdants; ceux qui vous font gagner dans l’adversité, qui transforment un vestiaire en machine de guerre.» «C’est possible, soupire Marco Streller, mais face à un adversaire aussi fort et aussi à l’aise avec la balle, le pouvoir de la volonté est assez limité…»

Avant le match, Bernard Challandes évoquait la possibilité que ce choc contre Arsenal puisse agir comme un révélateur. Les mots d’Urs Fischer (manque de «courage» et de «conviction») reportent cette opportunité au mieux au 19 octobre, date du prochain match contre le PSG au Parc des Princes. Le manque de personnalité du FC Bâle est peut-être lié à son évolution ethnologique: alors que le club a construit une partie de ses succès sur les enfants du cru, prodigues (les frères Yakin, Alex Frei, Marco Streller) ou prodiges (Granit Xhaka, Shaqiri, Embolo), il n’y a actuellement quasiment plus de Bâlois au FC Bâle. Mercredi soir à l’Emirates Stadium, on en recensait autant dans chaque équipe: les frères Xhaka.

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