Incroyables Bâlois! Au terme d'un match fou, d'un final d'anthologie au cours duquel ils ont été poussés dans leurs derniers retranchements, ils ont partagé l'enjeu avec Liverpool (3-3) et se sont qualifiés pour la seconde phase de la Ligue des champions. Une première pour un club suisse. Résultat des courses: le leader de la Premier league anglaise, au bénéfice d'un budget de 240 millions de franc suisses, va poursuivre son périple européen en Coupe de l'UEFA. Le FC Bâle, lui, suivra avec la plus grande attention le tirage au sort de la 2e phase de la Ligue des champions qui sera effectué à Genève vendredi. Avec la perspective d'accueillir au Parc Saint-Jacques le Real Madrid, la Juventus ou Manchester United…

Qui aurait parié sur un tel épilogue au mois de septembre, avant que ne commence l'aventure bâloise dans la compétition reine de l'UEFA? Pas grand monde, assurément. La veille de la rencontre, l'exploit à portée de crampons, les avis étaient encore très partagés sur les chances du FCB. Liverpool n'avait-il pas dominé outrageusement le match aller (1-1), touchant trois fois les montants de Pascal Zuberbühler? Le constat n'effrayait pas Christian Gross: «Nous sommes une équipe offensive. Nous jouerons pour gagner.»

L'entraîneur bâlois a tenu parole. C'est une véritable tornade rouge et bleu qui s'est abattue sur la défense de Liverpool dès le début de la rencontre. Les hommes de Gérard Houllier n'ont pas résisté longtemps. Après 70 secondes (!) de jeu, Rossi inscrivait le premier but pour le FC Bâle suite à une splendide combinaison Gimenez-Esposito-Yakin. Cette réussite assommait les «Reds». Gimenez (22e) puis Atouba (29e) faisaient exploser Saint-Jacques et donnaient au score des allures irréelles à l'heure du thé. Fatigués, les Bâlois perdaient de leur superbe en seconde période. Murphy (60e) rallumait la flamme de l'espoir dans le kop anglais, avant que Smicer (64e) et Owen (84e) ne donnent des frissons dans le dos aux fantastiques fans bâlois.

S'il a peiné à maintenir son rythme, le FCB a confirmé ses bonnes dispositions offensives. Cette saison, il a toujours marqué lors des 27 matches qu'il a disputés. Hier soir, Rossi, Gimenez et Hakan Yakin (à l'origine des trois buts) ont une fois de plus combiné avec une rare maestria. Faisant oublier qu'en face évoluait un certain Michael Owen, peu en vue hier soir, mais inarrêtable ces dernières semaines (10 goals lors des 8 derniers matches de Liverpool). Rossi, auteur de son 5e but dans cette Ligue des champions, a à nouveau pleinement justifié les 3,6 millions déboursés en début de saison – plus gros transfert de l'histoire du club – pour s'attacher ses services.

Car au-delà de son aspect sportif, le duel de mardi était aussi important sur le plan financier. Avec cette qualification historique, le FC Bâle (32 millions de budget) va continuer à remplir un bas de laine garni de 12 millions après six matches. Comme les 16 autres élus de la 2e phase de la Ligue des champions, les champions de Suisse toucheront 500 000 francs pour chacun des six matches, soit un minimum de trois millions de francs. Et ce n'est pas tout. Le club rhénan remplira son stade à trois reprises, soit 1,8 million par match, selon une estimation de la Sonntags Zeitung. Soit une somme totale de 20 millions de francs environ, à laquelle s'ajouteront les primes liées aux résultats (500 000 francs par victoire, 250 000 par match nul).

Sur le front des recettes liées au pool marketing qui gère la compétition, la récolte s'annonce en revanche plus étriquée. Selon Thomas Giordano, membre du service de presse de l'UEFA, le FCB, comme seule équipe suisse en lice dans la compétition, ne recevra aucun bonus pour s'être qualifié pour la 2e phase. Il se contentera d'environ 1,5 million de francs, montant limité qui illustre la taille ridicule du marché suisse dans l'Europe du football. Les 31 autres équipes qui ont participé à la Ligue des champions se sont partagé, à part inégales, 364,5 millions de francs.