A Barcelone, c'est de notoriété publique, on ne va pas au match; on se rend au spectacle. Ça tombe bien: mercredi soir au Parc Saint-Jacques, au bout d'un quart d'heure ébouriffant, plus personne ne se souciait du résultat. Le Barça menait déjà 2 à 0 face au FC Bâle et il n'y avait plus rien d'autre à faire pour les 37500 spectateurs qu'à savourer la démonstration. L'addition finale? Salée pour les Rhénans (0-5), virtuellement éliminés de cette Ligue des champions après trois défaites en autant de sorties. Pas le niveau, comme on dit dans ces cas-là...

«La meilleure défense, c'est l'attaque!», avait pourtant exhorté l'entraîneur Christian Gross la veille, histoire de justifier un schéma tactique à deux pointes - Marco Streller et Eren Derdiyok -, soit une de plus que pour affronter les Ukrainiens de Donetsk et les Portugais du Sporting. Mais la chance ne sourit aux audacieux que lorsque ces derniers possèdent un minimum d'arguments afin de la provoquer.

Halte, point de sarcasmes. Mieux vaut, en toutes circonstances, s'extasier devant le génie que s'attarder sur une quelconque forme de malheur. Revenons donc au chef-d'oeuvre barcelonais. 4e: extérieur pied droit de Daniel Alves, intérieur pied gauche de Lionel Messi (0-1). 15e: caviar à la louche de Xavi, délicieuse pichenette de Sergi Busquets (0-2). 22e: solo déroutant de Bojan Krkic, que les Espagnols désignent par son seul prénom pour des raisons évidentes de prononciation (0-3).

Spectacle, le mot est faible. Le reste de la première mi-temps s'apparente à un éblouissant monologue. Marco Streller, idéalement lancé par Benjamin Huggel, aura bien l'occasion de placer une réplique à la 10e. Mais l'international helvétique, qui n'avait pas appris son texte, s'emmêle les crayons seul face au gardien Victor Valdes. Et puis c'est tout. Le ballon, plus rond et insaisissable que jamais, court tant et plus. Il colle aux pieds des Blaugrana, tout de jaune costumés en l'occurrence. Gestes techniques d'un autre monde, dédoublements lumineux, arabesques improbables. La partition est parfaite même si, par miracle et grâce au travail du portier Franco Costanzo, le score n'évolue pas. L'entracte arrive à point pour le figurant rhénan.

Encore une portion de crème catalane? Ça déferle très vite en seconde période. Bojan transforme avec sang-froid un nouveau service millimétré de Sergi Busquets (46e). Ce dernier conclut dans la foulée une triangulation amorcée par Alexander Hleb et Lionel Messi (48e). Meilleur Bâlois «sur» le terrain, le public du Parc Saint-Jacques continue à chanter, mi-stoïque mi-ébaubi. Et puis soudain, peut-être las de virevolter, le Barça se met à papillonner. La beauté demeure, l'efficacité s'évanouit. Histoire de faire tourner son effectif, le coach Josep Guardiola fouille sur son banc de touche et introduit... un certain Thierry Henry pour l'ultime demi-heure.

Elle ne donnera pas grand-chose. Soucieux de s'économiser un brin en vue des prochaines représentations, les Catalans baissent de rythme. Leurs hôtes meurtris, poussés jusqu'au bout par leurs supporters, tentent l'impossible - marquer un but. Mais ni Eduardo, ni Ivan Ergic n'exploitent la chance qui s'offre à eux dans les ultimes minutes. Qu'importe le résultat: le rideau tombe et l'assistance est comblée.

Seule bonne nouvelle de la soirée pour le FC Bâle: la victoire du Sporting Portugal à Donetsk leur laisse une petite chance de décrocher encore la troisième place de ce groupe C, qualificative pour la Coupe de l'UEFA. En attendant, ce dimanche, les Rhénans tenteront de reprendre leurs esprits en Super League, du côté de Bellinzone.