La Catalogne s’apprête à interdire la tauromachie, mais son fleuron footballistique, le FC Barcelone, continue de porter l’estocade à tous ses adversaires, d’où qu’ils viennent et de quelque niveau soient-ils. Samedi à Abu Dhabi, les Blaugrana ont ainsi remporté la Coupe du monde des clubs, une «première» pour eux, aux dépens des Argentins d’Estudiantés La Plata (2-1 après prolongation).

Sans doute les équipiers du capitaine au long cours Carlés Puyol se sont-ils fait peur, menés 0-1 depuis la 37e minute (but de Bolelli) jusqu’à la 89e et l’égalisation in extremis de Pedro – lob astucieux sur le gardien Albil –, avant que le Ballon d’or en titre, Lionel Messi, offre la victoire aux siens en inscrivant, durant la prolongation, le goal décisif… de la poitrine. Cependant, le taux exceptionnel de possession du cuir, 64% en faveur des Barcelonais, montre à quel point ils ont surclassé un adversaire confiné en défense et réduit à contre-attaquer de manière certes redoutable. Avec un Barça aussi dominateur, il y a forcément un moment où ça passe, hélas pour Juan Sebastian Verón et sa bande.

Surtout, ce succès ancre le Barça dans la grande Histoire du foot. En 2009, ceux du Camp Nou auront raflé tous les titres majeurs à leur disposition, au nombre de six: Championnat, Coupe et Super­coupe d’Espagne, Ligue des champions (contre Manchester United), Supercoupe d’Europe (face au Shakhtar Donetsk), enfin Coupe du monde des clubs. Phénoménal puisque jamais vu!

Le Barça avait déjà échoué à deux reprises en finale de cette dernière compétition: en 2006 (Internacional Porto Alegre vainqueur) et en 1992 (FC São Paulo, il s’agissait alors de la Coupe intercontinentale). Cette fois-ci même privés du créateur Iniesta, touché à une cuisse, les Catalans n’auront rien laissé leur échapper.

Les raisons de ce triomphe sans précédent tiennent aux talents cumulés – et complémentaires – de l’équipe, bien sûr, mais aussi à la foi en soi, à la confiance en une méthode de travail et une approche du football particulières.

Pep Guardiola, le coach miracle, ancien joueur formé au club, n’hésite pas à appliquer, à domicile comme à l’extérieur, un dispositif en 4-3-3 (saupoudré d’infimes variantes), qui plus est avec un seul milieu de terrain récupérateur sur trois, en l’occurrence Busquets, à l’heure où la mode est au frileux 4-2-3-1. Grâce au pressing constant des attaquants, Barcelone récupère le ballon plus vite, plus haut, et raccourcit la distance qui le sépare du but adverse. Culotté mais payant, quand on possède un effectif où l’excellence technique et physique débouche sur une vitesse de jeu doublée d’une précision chirurgicale.

Dans cette potion magique, on distingue un ingrédient secret appelé la Masia de Can Planes. Autrement dit, le centre de formation du club. Sur les onze titulaires alignés samedi, la bagatelle de six en sont issus (plus, d’ordinaire, Iniesta). Sans compter le sauveur remplaçant Pedro, 22 printemps dont 5 vécus à la Masia, devenu du coup le premier joueur de la planète à avoir marqué six fois en autant de compétitions différentes la même année.

Depuis le 20 octobre 1979, date de l’inauguration du centre, 208 jeunes Catalans l’ont fréquenté, 75 Andalous et, toujours davantage, des Européens, Sud-Américains, Asiatiques, Africains.

Albert Benaiges, son responsable principal, dit dans France Football: «Pour nous, il est très important de former des êtres humains, pas seulement des footballeurs. Car nous savons que seuls quelques-uns parviendront en équipe première. La grande majorité sera contrainte de s’orienter vers d’autres métiers. Nous devons aussi l’y préparer.» Saine et rare philosophie, en vérité.