Jean-Michel Viquerat devrait être un homme heureux. Il est le président du FC Bavois, fier club de football d’un village vaudois de 950 habitants pensionnaire de Promotion League (troisième division) qui s’apprête à disputer les quarts de finale de Coupe de Suisse, ce mercredi contre Winterthour (18h). Mais à la veille de ce match qui aurait dû être une fête, après un report en raison de la pandémie et surtout cinq mois sans match, c’est la colère et l’incompréhension qui marquent sa voix au bout du fil.

En cause, la directive qui lui demande de n’aligner que les joueurs qui faisaient partie de son équipe lors de la saison 2019-2020, et pas ceux qui ont été recrutés en vue du prochain exercice, contrairement à ce qui avait été annoncé en mai lorsque la nouvelle date de la rencontre, initialement prévue en mars, a été arrêtée.

Alors, Jean-Michel Viquerat a décidé de braver le règlement: il alignera son «équipe actuelle, y compris les nouveaux», même si une telle démarche entraînera, selon l’Association suisse de football, la perte du match par forfait. «Pour moi, l’important est d’aller créer l’exploit sur le terrain, lance Jean-Michel Viquerat. Et s’il faut se battre sur le plan administratif après coup, je suis prêt à le faire.»

Une directive de la FIFA

Dans un premier temps, l’ASF avait prévu d’autoriser les équipes de Promotion League encore en lice en quarts de finale de la Coupe de Suisse, c’est-à-dire Bavois et Rapperswil-Jona, à se présenter dans leur version 2020-2021. Le but, concilier deux réalités très différentes qui promettaient d’entrer en collision: d’un côté, celle des clubs professionnels de Super League et de Challenge League venant de terminer leur championnat, qui pourraient sans autre enchaîner avec les mêmes hommes; de l’autre, celle des clubs amateurs de Promotion League dont la saison a été interrompue lors de la crise, et dont les contingents ont déjà été sculptés en vue de la prochaine.

Mais depuis, la FIFA est venue mettre son grain de sel dans l’histoire en décrétant qu’aucun joueur engagé en vue de l’exercice 2020-2021 ne pourrait être aligné lors d’une compétition appartenant à la saison 2019-2020. «Cette directive nous est parvenue le 11 juin, souligne le secrétaire général de l’ASF, Robert Breiter. Et dès que nous l’avons reçue, nous avons revu notre copie et informé tout le monde à plusieurs reprises, y compris le FC Bavois, sans obtenir de réaction de ses dirigeants.»

Les circonstances extraordinaires entraînent des adaptations régulières du programme. L’instance qui gouverne le football suisse vient d’ailleurs de repousser la finale de la Coupe de Suisse du 12 au 30 août, notamment pour décongestionner le calendrier d’un FC Bâle encore engagé en Europa League.

Plus de transferts que prévu

Robert Breiter affirme «comprendre» la déception du FC Bavois, tout en insistant sur le fait que l’ASF avait déjà fait un geste pour que les équipes de Promotion League puissent disputer leurs quarts de finale dans les meilleures conditions possible. «Le projet de reprise prévoyait au départ de les jouer dès le mois de juin. Nous y avons renoncé en reconnaissant qu’il était impossible pour ces formations non professionnelles de se préparer pour un seul match après des mois sans compétition.» Mais là, face à une directive de la FIFA s’imposant à toutes les associations nationales du monde, l’ASF ne pouvait «rien faire».

En mai, Jean-Michel Viquerat affirmait que jouer avec son ancien effectif ou le nouveau ne changerait pas grand-chose, car il s’attendait à peu de transferts. Mais finalement, le club a décidé de se séparer de quelques joueurs, d’autres ont demandé à aller voir ailleurs, et des renforts sont arrivés pour compenser les départs… «C’est le football amateur. A la fin de chaque saison, chacun est libre de faire ce qu’il veut», note le président du club nord-vaudois.

Au final, le FC Bavois ne compte que 14 joueurs éligibles pour terminer la Coupe de Suisse. S’il se résout à respecter le règlement.