Football

Le FC Lucerne a vaincu sa peur de l’Europe

Pour la première fois depuis 1992, l’équipe de Suisse centrale a franchi un tour lors d’une compétition continentale. Elle affronte l’Espanyol de Barcelone ce jeudi pour prolonger l’aventure, même si celle-ci pourrait se révéler éprouvante

Le FC Lucerne ne connaît pas un début de saison idyllique. En Super League, il compte une victoire pour un nul et une défaite, dimanche contre Servette (1-0), lors de laquelle les hommes de Thomas Häberli sont apparus bien empruntés, notamment en phase offensive. Mais une fois n’est pas coutume, l’équipe de Suisse centrale peut s’accrocher à l’espoir d’une aventure internationale.

Elle reçoit ce jeudi l’Espanyol de Barcelone pour le match aller du troisième tour qualificatif de l’Europa League (21 heures). En cas de succès dans cette double confrontation, dont elle n’est pas favorite, elle devrait encore dominer une formation à déterminer entre le CSKA Sofia (Bulgarie) et le Zorya Louhansk (Ukraine) avant d’atteindre la phase de groupes – c’est dire si ce n’est pas fait. Mais après tout, pourquoi pas? Cette année, le FC Lucerne a déjà pris le meilleur sur Klaksvik (îles Féroé) pour franchir un tour sur la scène continentale, ce qu’une drôle de malédiction semblait lui interdire depuis vingt-sept ans.

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En septembre 1992, l’équipe alors dirigée par le Hongrois Bertalan Bicskei éliminait le Levski Sofia au premier tour de la regrettée Coupe des vainqueurs de coupes. De ce succès à la saison dernière: huit doubles confrontations lors de compétitions européennes pour huit éliminations directes. Seize matchs pour dix défaites, trois nuls et trois victoires, dont aucune à l’extérieur. Dans le lot, il y a eu des revers contre des adversaires solides (Sassuolo, Feyenoord, Olympiakos) mais aussi d’autres face à des formations moins redoutables.

«Blocage psychologique»

L’ancien défenseur Remo Meyer a déjà vécu deux campagnes européennes avortées depuis son arrivée au club en tant que directeur sportif au printemps 2017. Il soupire au bout du fil: «Toutes ces éliminations dès le premier tour, on les ressassait, et cela restait dans la tête des joueurs. Clairement, je pense que nous avions une sorte de blocage psychologique. Nous avons heureusement réussi à le dépasser contre Klaksvik, car là, nous n’avions pas le droit à l’erreur.» Cela n’a pourtant pas été facile: Lucerne a remporté les deux matchs sur le score minimaliste de 1-0, face à une équipe composée de joueurs amateurs… Remo Meyer acquiesce mais recadre: «L’essentiel, c’était de passer.»

Chaque année, certaines équipes semblent pourtant se désintéresser de leur parcours en Europa League, moins prestigieuse et surtout moins rémunératrice que la Ligue des champions (510 millions d’euros à répartir entre 48 clubs contre 2,04 milliards pour 32 formations), par crainte de prétériter leur parcours en championnat. Les «soupçons» existent dans différents pays, notamment en France. En 2013, Michel Platini (alors président de l’UEFA) le déplorait au micro de Canal+: «Moi, je vois 54 pays jouer l’Europa League et j’en vois qui se battent. Si cela n’intéresse pas les clubs français, c’est bête qu’ils se battent pour les places qualificatives…»

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En Suisse, le championnat de Super League est très incertain depuis quelques années. Au printemps, Lugano – qui participera à la phase de groupes de l’Europa League – a terminé troisième mais, quelques semaines plus tôt, l’équipe était encore concernée par la lutte contre la relégation. Et pour certains clubs, qui doivent assumer les charges liées à un stade récent, se retrouver en deuxième division serait un drame. Difficile dans ce contexte de fixer des priorités ailleurs que sur les enjeux nationaux? «Pas du tout, répond le directeur sportif lucernois, Remo Meyer. Pour nous, les trois tableaux sont importants. Le championnat l’est bien sûr, mais la Coupe de Suisse est à l’heure actuelle notre meilleure chance de gagner un titre, et l’Europa League, c’est quelque chose de grand, où nous pouvons écrire l’histoire du club!»

A quitte ou double

Pour lui, il est de toute façon difficile de prédire les conséquences d’une épopée continentale. «D’un côté, il est clair que, à la longue, la multiplication des matchs peut peser sur le plan physique. Mais il est aussi possible de profiter de cette expérience pour prendre de la confiance, s’engager puis demeurer dans une spirale positive.»

L’histoire récente du football suisse montre bien cet enjeu «à quitte ou double». L’an dernier, le FC Zurich a prolongé son aventure européenne jusqu’en seizième de finale de l’Europa League, mais il a fini la saison à batailler en bas de classement de Super League alors qu’il jouait le podium quelques mois plus tôt. Mais lors de la saison 2010-2011, le Lausanne-Sport est parvenu à transcender sa condition d’équipe de deuxième division pour participer à la phase de groupes de l’Europa League, après avoir franchi trois tours qualificatifs, et cela ne l’a pas empêché de remporter brillamment le championnat de Challenge League…

Quoi qu’il en soit, le FC Lucerne n’a pas prévu de tout chambouler en fonction de son destin européen. «Nous avons 25 joueurs dans le contingent et j’estime que cela suffit, même si nous devions jouer la phase de groupes de l’Europa League. Mais pour l’instant, on ne se projette pas au-delà du match aller contre l’Espanyol.»

De son côté, le FC Thoune affronte ce jeudi à 19 heures le Spartak Moscou au même stade de la compétition.

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