Si le FC Sion bat Bâle samedi soir à Tourbillon, il comptera sept points d’avance sur son rival. Affaire classée, troisième couronne nationale pour les Valaisans? On s’emballe à dessein. Cette Super League est beaucoup trop jeune pour qu’on lui échafaude une issue. Mais, à la lumière du début de saison et en amont du premier choc au «sommet» entre Sédunois aux dents longues et triple champion sortant, une question titille: Sion a-t-il les armes pour déboulonner les Rhénans et fêter, après ceux de 1992 et 1997, un nouveau titre le printemps prochain?

«La question mérite d’être posée», encourage Claude Ryf, sélectionneur des M19 suisses. «Après trois matches [9 points], on peut dire que l’équipe s’est installée, on voit qu’elle est débarrassée de tous les soucis qu’elle a connus ces douze derniers mois.» Depuis que le président Christian Constantin semble avoir perdu ses combats sur tapis vert, l’équipe paraît plus déterminée que jamais à gagner sur le terrain, à l’image de son jeune entraîneur du cru, Sébastien Fournier. Claude Ryf, qui a dispensé des cours au Valaisan dans le cadre de sa récente licence UEFA, le connaît bien. «C’est un entraîneur et un homme très compétent, garant des vertus valaisannes, quelqu’un d’une certaine trempe. Sébastien est une personne qui avance, qui fonce, qui veut toujours faire évoluer les choses dans le sens positif.»

Titre, travail: la même lettre

Condition numéro 1 a priori remplie. Le coach débute, mais il a du coffre et de la tripe. Sion champion? Depuis qu’il a pris ses fonctions cet été, à chaque fois qu’on lui sert le mot «titre», Sébastien Fournier répond par un autre vocable: «travail». «Parce que ça commence par la même lettre», rigole-t-il par téléphone, attentif à tous les détails. «Le titre, ça me glisse dessus, on est à des années-lumière de ça. Moi je n’en parle jamais aux joueurs et je sais que les joueurs n’en parlent pas entre eux. Je ne tiens pas ce discours pour nous enlever de la pression. Le titre, ce n’est simplement pas d’actualité. Les autres, les supporters et les journalistes, ont le droit d’en parler. C’est leur business.»

On va se gêner… Alors, Sion champion? «L’équipe est solide dans tous les compartiments, bien équilibrée, je la mets dans le paquet de tête avec Bâle, Lucerne et l’équipe surprise qui pourrait être Young Boys», jauge Yves Debonnaire, sans trop se mouiller car on est au mois d’août. Lui-même joueur à Tourbillon entre 1986 et 1988, le technicien de l’ASF s’enflamme, en revanche, à propos de l’esprit dégagé par le groupe, incarné par Gennaro Gattuso: «Ce qui m’impressionne le plus, c’est qu’il est le même qu’à Milan en termes de personnalité et de grinta. Le public est très friand de ce genre de caractère et le Calabrais, c’est un Valaisan. Sébastien [Fournier] aussi avait cette envie sur un terrain, et tant mieux si ça réussit! Tant mieux pour le foot suisse, parce qu’on a besoin d’émotions.»

Question liant entre le vestiaire, le banc et le terrain, Sion semble servi. «Même si le CV n’est pas tout à fait le même, on est des types assez proches, des sanguins», confirme l’entraîneur. «Ce n’est pas le seul relais que j’ai dans le vestiaire mais c’est vrai qu’entre Gattuso et moi une relation de respect et d’amitié s’est vite installée. C’est plus facile de faire passer des idées comme ça.»

Un vrai chef de meute

Ne manquent plus que des pieds, des poumons et des cerveaux pour appliquer les consignes. Ça tombe bien, Christian Constantin a mis le paquet pour consolider le personnel à l’entre-saison. Un très bon gardien, Andris Vanins, et une solide assise défensive, Sion avait déjà. Il possède désormais un vrai chef de meute et plusieurs éléments capables de créer l’étincelle. «Le numéro 10 [le Tunisien Oussama Darragi], c’est un joueur créatif, qui donne des bons ballons et du plaisir», pointe Debonnaire. «Sion ne doit pas être dans un esprit de revanche par rapport au passé, mais dans la volonté de conquête, de jeu, d’imposer la manière avec une équipe forte.»

Le succès par la stabilité

Assez forte pour faire tomber le FC Bâle de son piédestal, lui qui a subi de très lourdes pertes cet été, notamment avec les départs de Xhaka et Shaqiri? Sébastien Fournier relativise en évoquant un effectif «très correct», avant d’admettre que ce dernier s’avère suffisamment riche pour faire un bout de chemin et susciter une saine émulation. «Pour rentrer dans le onze, il faut le mériter», assure le coach, que l’on croit volontiers. «Pour être champion de Suisse, il faut un plus, que Sion possède avec Gattuso», estime Claude Ryf. «Maintenant, un championnat, ce n’est pas la Coupe. Il ne faut pas être dans l’intermittence, c’est une épreuve de longue haleine. Pour aller au bout, l’équipe devra maintenir l’état d’esprit actuel pendant neuf mois…»

Trop rude tâche dans cet univers impitoyable et par coutume tempétueux? «Le FC Sion connaîtra des moins bons moments dans la saison et j’espère alors qu’il saura tenir le cap», reprend Claude Ryf. «On remarque que c’est la stabilité qui apporte le succès dans un club. Si tout le monde reste à sa place, je sens assez bien le truc. Il y a longtemps que Sion court après quelque chose et, là, on sent que Christian Constantin a cherché des solutions. Maintenant, si le projet doit s’inscrire dans la durée, les Valaisans deviendront de sérieux candidats au titre de champion. Et s’ils terminent deuxièmes, il faudra voir ça comme un tremplin pour le printemps d’après.»

Musique d’avenir, peut-être douce. S’il s’impose ce samedi, Sion aura sept points d’avance sur Bâle… «On joue le quatrième match du championnat, c’est tout», lâche Fournier. «L’affiche est belle, il y aura du monde à Tourbillon et j’espère qu’on va faire plaisir aux gens.»