L'affaire du jet d'un engin explosif, dimanche, lors du match Sion – Servette (LT du 19 mars), aura des suites judiciaires. Car si, blessé à l'oreille lors de l'explosion, le gardien genevois Eric Pédat ne veut pas porter plainte contre l'auteur du geste stupide (LT du 20 mars), le FC Sion, lui, le fera. «Nous n'entendons pas que nos deux fan-clubs portent le chapeau, explique Michel Schmid, directeur administratif du club valaisan. La personne qui a lancé le pétard n'appartient ni aux Ultras ni aux Red Side. Elle fait partie de cette catégorie de gens qui s'immiscent parmi des gens corrects et ne viennent au stade que pour casser.»

Le dossier est actuellement entre les mains de Bernard de Preux, juge au Tribunal d'instruction pénale du Valais central. «Même sans plainte, ce genre de délit se poursuit d'office si la victime souffre de lésions graves (ndlr: ce qui n'est pas le cas d'Eric Pédat jusqu'ici) ou si l'instrument qui a provoqué les blessures est considéré comme dangereux, explique le magistrat. Ce que nous n'avons pas encore déterminé. Pour le moment, nous avons entendu l'auteur du délit qui a été écroué, puis remis en liberté. Il s'agit d'un «gamin» qui a fait une grosse bêtise. Notre enquête se poursuit.» Il ajoute: «Cette affaire constitue une première, pour nous. A ma connaissance, nous n'avons jamais ouvert d'instruction de ce genre. Ma grande crainte, c'est que des supporters de football se mettent à fabriquer eux-mêmes des engins explosifs avec tous les risques que cela comporte.»

Une grande question se pose aujourd'hui: comment l'engin utilisé dimanche (une petite bombe avec manomètre semble-t-il) a-t-il pu entrer dans le stade de Tourbillon lors de ce match Sion – Servette dont on sait qu'il était classé «à risques»? Accusés dans l'édition de mardi du Matin par Edmond Isoz, directeur de la Ligue nationale, de «n'avoir visiblement fouillé que les supporters genevois», les dirigeants du FC Sion s'en défendent. «C'est faux, tout le monde y est passé. L'inspecteur du match l'a d'ailleurs confirmé dans son rapport», assure Michel Schmid. «De manière aléatoire parce que nous n'avions que deux personnes pour cela», a pourtant affirmé lundi soir un responsable de la firme Securitas devant les caméras de la Télévision suisse romande. «De toute façon, estime Michel Schmid, né à l'époque du football gentil gentil, le stade de Tourbillon a été construit de telle manière qu'il est possible à n'importe qui d'introduire n'importe quoi. Il suffit à quelqu'un d'entrer sans rien et de se faire passer tel ou tel objet par-dessus le grillage.» Dans ce cas, pourquoi des travaux empêchant ce genre d'exaction ne sont-ils pas entrepris? «Parce que c'est la ville de Sion qui est propriétaire de l'infrastructure et qu'elle nous demanderait forcément de prendre les frais en charge. Or, nous sommes fauchés.»

Autre question que beaucoup d'observateurs se sont posé dimanche: les forces de l'ordre étaient-elles en nombre suffisant et dans ce cas, pourquoi ne sont-elles pas intervenues dans les gradins après l'incident. «Il y avait 115 policiers, affirme Michel Schmid. Quelques-uns étaient infiltrés parmi les spectateurs (ndlr: ce qui a d'ailleurs permis l'arrestation du lanceur de pétard). De plus, nous avons eu des séances avec les polices cantonale et communale avant ce derby dont on sait qu'il génère toujours des incidents. Que pouvions-nous faire de plus?»

Président de la Fédération internationale des fan-clubs sportif (FIFCS) dont l'ambition est la promotion du fair-play dans les stades, Jean-François Gaillard en a marre des débordements. Il esquisse quelques solutions pour y remédier. «La première, dit-il, consiste à empêcher les supporters de s'alcooliser avant les rencontres.» Et de nous montrer le site Internet de la Section Grenat, le fan-club officiel du Servette FC, sur lequel la personne relatant le déplacement en Valais se réjouit d'avoir pu compter sur «une quantité immense de bouteilles de vin» au départ de Genève, dimanche. «Ensuite, poursuit Jean-François Gaillard, il faut tout mettre en œuvre pour que les fan-clubs ne soient pas noyautés par des voyous que le football n'intéresse pas et dont la seule vocation est de se défouler.» Il enchaîne: «Si l'on n'entreprend rien, il va finir par y avoir des morts.»

Pour éviter que pareille extrémité survienne, la FIFCS va rencontrer ce prochain week-end les dirigeants de l'Association suisse de football. «Il n'y a pas une minute à perdre», martèle le Genevois.