«Solo Sion. Martigny jamais.» L'affiche recouvre le kop sédunois, gigantesque. Une nouvelle fois, la vox populi, galvanisée par la présence des caméras de la TSR, samedi dernier au stade de Tourbillon, s'est rappelée au souvenir de Christian Constantin, président du club valaisan. Le FC Sion, battu dans son antre par le néo-promu Lausanne-Sport (1-2), a rassemblé 14 200 spectateurs, dont certains «résistants» particulièrement actifs. Un amas de fidèles qui, ce dimanche, suivra son équipe aux confins de la Suisse. Jusqu'à Vaduz.

Les indéfectibles Red Side et Ultras – deux clubs de supporters très bien structurés – s'opposent corps et âme au projet de délocalisation orchestré par l'architecte octodurien (à l'horizon 2009, le «FC Sion-Valais» évoluera en terres martigneraines, dans un stade flambant neuf de 22 000 places, si l'on en croit Christian Constantin). «C'est un projet sans identité», affirme Calo, responsable des Ultras. «Une telle équipe aura-t-elle un public fidèle ou un public de cinéma, désertant le stade si les résultats ne suivent pas?» Même discours du côté des Red Side: «C'est un pari très risqué. Je ne vois pas le FC Sion jouer à Martigny», lance David, fondateur du groupe. «Comme les Ultras, nous avons annoncé que nous ne suivrions pas. Plutôt soutenir une équipe junior, au stade de Tourbillon!»

Dans les tribunes, les avis sont partagés. Pour beaucoup de fidèles, qui fréquentent le stade depuis des décennies, le label «FC Sion» reste attaché à la capitale. A la cantine, on goûte modérément aux projets mégalomanes de Christian Constantin. «Notre histoire est à Tourbillon. Certains supporters estiment qu'il faut évoluer, mais au fond de leur cœur, cette idée les chagrine», observe Christian Jacquier, serveur dévoué de la buvette depuis plus de vingt ans. Et pourtant, l'exode sévit – la cité d'Octodure héberge déjà le siège du club et les terrains d'entraînement. «Ici ne restent que les juniors. Ils nous laissent crever», lâche un quinquagénaire en charge du matériel. La décrépitude qui menace le stade (comme au local de presse, sorte de cagibi laissé à l'abandon) témoigne effectivement des desseins présidentiels.

Parmi les supporters valaisans, une proportion sensible rallierait la cause de ces irréductibles, jeunes et moins jeunes, parfaitement hermétiques à l'idée d'exil. Avant juin 2004, Ultras et Red Side ont fait tourner une pétition anti-délocalisation qui aurait récolté 4500 signatures. Las, cette pièce à conviction n'a jamais été remise au dirigeant martignerain. «Juste après cette opération, les projets de Constantin étaient un peu au point mort. Nous gardons toujours notre pétition sous le coude», assure Calo, chez les Ultras. «Cette pétition, je l'ai moi-même sollicitée!» rétorque le président du club sédunois. «Il n'existe aucune preuve que 4500 signatures aient été récoltées. En revanche, un sondage de Rhône FM (ndlr: plutôt «un coup de sonde», d'une durée d'une semaine, entre le 5 et le 12 mars 2004), qui invitait les auditeurs à se prononcer «pour» ou «contre» le stade martignerain, a recueilli 70% d'opinions favorables (ndlr: 58,5% très exactement). Des sympathisants qui se signalent surtout dans les régions du Bas-Valais. Au Fan's club FC Sion Chablais, qui regroupe une septantaine de membre, on accueille favorablement le projet de Christian Constantin. «Trente kilomètres de moins sont toujours bons à prendre», sourit Pierrot Métrailler, vice-président du club, originaire de Sion. Un raisonnement limpide qui masque la corde sensible: «Voilà trente ans que je supporte ce club. A titre personnel, je ne souhaite pas voir son nom disparaître. Mais le FC Sion est le club de tout un canton, rappelle Pierrot Métrailler. Finalement, l'emplacement du stade est secondaire, surtout si l'on profite d'infrastructures modernes. Dans notre club, une large majorité partage cette analyse. Les gens finiront par s'y rallier.»

Pas les purs et durs, qui crient à la trahison, tout en se défendant d'une vision bornée. Calo: «Nous savons ce que nous devons à Constantin, sans qui le club n'existerait plus. Mais beaucoup lui en veulent. Nous n'oublions pas l'après 1997, son départ et les années de galère» (ndlr: quand Sion végétait à la 15e place du classement de ligue B, 4000 personnes étaient encore là pour encourager l'équipe). Du reste, les rares discussions entre les fans et le président tournent généralement au dialogue de sourds. «Des rencontres assez froides où l'on ne parle jamais de Martigny», glisse Calo. Lequel refuse toute étiquette: «Nous fréquentons un gradin apolitique, où se regroupent des gens de toutes les sensibilités.» Un constat valable pour l'ensemble du public, qu'une passion commune se charge de réunir autour des «rouge et blanc». «Je n'ai rien contre Martigny, mais notre foi est à Sion», résume Calo

«Je suis aussi passionné», dit Christian Constantin. «Simplement, nous ne sommes pas du même avis. Pour bâtir une grande équipe, il faut des infrastructures adéquates, sources de revenus» (ndlr: un centre commercial et un casino jouxteraient le stade, où le prix des places serait majoré, confort oblige).

Tout un programme, censé porter le FC Sion-Valais sur la scène européenne. «J'attends d'abord de monter en Super League avant de rêver de la Ligue des champions», ironise David, côté Red Side. «Quand bien même!» ajoute Calo. «Les gens sont-ils prêts à soutenir un club sans histoire? Si l'équipe flambe, probablement. Mais qu'adviendra-t-il si les résultats ne suivent pas?» Perspective angoissante, où le public convoité retournerait au cinéma… «Pour attirer les gens au stade, les victoires sont essentielles», confirme Christian Constantin, rejoignant sur ce point ses nombreux opposants.

Essentiel également, le déplacement de dimanche sur sol liechtensteinois, où Sion n'a pas droit à l'erreur.

En tête du classement, Vaduz brigue une place en Super League. Tout comme les Valaisans, déjà sous pression après leur retentissante défaite face au Lausanne-Sport.