Plus de 16 000 spectateurs pour un huitième de finale de la Coupe de Suisse alors que la neige menace sur les hauteurs avoisinantes. Cette ferveur populaire est la plus grande richesse du FC Sion. Elle représente un gage de pérennité. L'échec de samedi face aux Young Boys (1-2) ne remet pas en cause les hautes ambitions de Christian Constantin. Cinq mois après la conférence de presse où il annonçait officiellement l'intention de bâtir «son» stade à Martigny, le langage du président architecte reste le même. Optimiste et résolu, il se dit persuadé du succès de son entreprise. Les premiers coups de pioche seront donnés, en principe, l'été prochain. Cette enceinte de 22 000 places, dont le coût est estimé à 250 millions de francs, devrait être achevée deux ans plus tard. Les oppositions seront surmontées, assure Constantin. Les appuis politiques et économiques ne lui font pas défaut en Valais et tout particulièrement en Octodure.

Ainsi, grâce au réseau très dense d'un soutien régional, il boucle sans peine un budget estimé à 4,5 millions de francs. Quatre mille trois cents abonnés payants, la location des panneaux publicitaires autour du terrain, et enfin quinze sponsors assurent un gain de quatre millions avant même le début de la saison. Entre les entrées au stade, la gestion des buvettes et d'autres manifestations, comme les matches de Coupe, le compte est bon.

«Même si nous devions échouer dans la course à la promotion au printemps prochain, nous ne lâcherons rien!» Fort de la fidélité de son public, Constantin remettrait une nouvelle fois l'ouvrage sur le métier. Il inscrit son effort dans la durée, sûr de la fidélité des supporters valaisans. Si d'aventure en mai 2005 son équipe parvenait à coiffer sur le poteau les deux leaders, Yverdon-Sports et le FC Vaduz, le budget passerait à 6,5 millions. Une augmentation de la participation des principaux sponsors, en cas d'accession à la Super League, est d'ores et déjà prévue.

Au contraire d'un Marc Roger à Genève, Christian Constantin conserve la maîtrise de ses coûts. Il a tiré la leçon de ses erreurs passées, et plus particulièrement celles de sa sortie de route à la fin de l'année 1997. Au FC Sion, la masse salariale mensuelle ne dépasse pas 150 000 francs cette saison. A titre de comparaison, un Christian Karembeu mangerait, à lui seul, au minimum les deux tiers de cette somme.

«Servette, c'est cinq fois plus de dépenses pour deux fois moins de recettes», lance le président sédunois. Prononcé sans esprit de revanche, sans triomphalisme déplacé mais avec beaucoup d'inquiétude, ce constat résonne tel un cri d'alarme. Pour ne pas avoir pris en compte quelques réalités incontournables, le repreneur servettien va droit dans le mur. A l'occasion de ce match de Coupe, Christian Constantin a donné un exemple concret d'un particularisme bien helvétique qui aurait dû inciter Marc Roger à plus de prudence. Il a refusé les maigres 30 000 francs que lui proposait la TSR pour une retransmission en direct. En France, une telle rencontre vaut plus d'un million d'euros. Les clubs de première et de deuxième division se sont octroyé une manne de 375 millions d'euros cette saison. La surenchère effrénée à laquelle se livrent les deux chaînes cryptées, Canal + et TPS, portera ce pactole à des hauteurs pharamineuses, soit à près de 500 millions d'euros. «En Suisse, on se partage 6 millions de francs, soit le centième», souligne sobrement Constantin.

Quand on n'a pas de pétrole, il faut avoir des idées. Ainsi, après avoir replacé le jeune espoir Manuel Bühler sur orbite, son Maradona de poche, le président sédunois s'apprête à réaliser une opération identique avec celui qui fut le stratège de la sélection nationale des «M17», championne d'Europe en 2002. Mal conseillé, Sandro Burki avait imaginé brûler les étapes en signant au Bayern Munich au lendemain de la finale victorieuse contre la France au Danemark. Malgré l'intérêt que lui portait Ottmar Hitzfeld, la concurrence se révélait insurmontable. Elle est encore trop forte aux Young Boys, où il débarqua la saison dernière.

La Challenge League lui offre une chance de se relancer. Fortement recommandé par Freddy Chassot, qui fut son coéquipier au FC Zurich, ce garçon de 19 ans possède avec son mètre huitante-sept un atout nullement négligeable dans le contexte sédunois. Les footballeurs de poche, qui animent le jeu offensif, peinent trop souvent à surmonter leur infériorité en taille. D'autres variantes sont à l'étude. Figure de proue de l'équipe du doublé coupe et championnat 1996/97, le Brésilien Luiz Milton était à Tourbillon samedi en compagnie d'un jeune compatriote au talent prometteur. Et dimanche, Constantin atterrissait à Barcelone afin de rencontrer son ex-protégé Roberto Assis ainsi que son frère Ronaldinho. Il n'était question ni d'argent ni de parrainage, mais simplement d'amitié.

L'engagement de Gilbert Gress témoigne de l'astuce manœuvrière du bâtisseur de Martigny. Après les désillusions de ses deux derniers échecs, au FC Metz en 2002 et à Sturm Graz en 2003, les perspectives d'avenir apparaissaient assez sombres pour l'Alsacien. Au FC Sion, tout à sa passion, il retrouve la flamme d'antan et il contribue à l'épanouissement de quelques sujets talentueux. Mieux encore, selon les dires de son président, il serait beaucoup plus à l'écoute des autres qu'au temps de sa splendeur.