. Le président du FC Sion ne saurait avoir que des potes à l’issue d’une saison où il a tant défrayé la chronique. Mais que ses ennemis le veuillent ou non, le FC Sion, fier comme Artaban, promènera toujours son délicieux particularisme en Super League lors du prochain exercice.

Les Valaisans, qui avaient eu l’excellente idée de faire le strict nécessaire samedi lors du match aller à Tourbillon (3-0), notamment grâce à un doublé de Dragan Mrdja, n’ont pas tout gâché quarante-huit heures plus tard dans le petit chaudron du FC Aarau. Certes battus au final (1-0, but de Shkelzen Gashi à la 54e), mais c’était bien là le cadet de leurs soucis, les «parias» du foot helvétique ont sauvé leur tête. Si l’on songe à l’état présumé d’icelle voici une semaine encore, on aura tendance à qualifier ça de formidable performance.

Oui, dans les effluves de saucisses grillées et au cœur des «Hop Aarau» éructés par le formidable public du Brügglifeld, content malgré tout, tressons une couronne au FC Sion. Pas pour la prestation livrée hier, moyenne, très moyenne; juste pour cette faculté, alors que tout semblait se liguer contre ce groupe, à tirer son ultime épingle de l’innommable botte de paille dans laquelle son président – et quelques éléments contraires – l’avaient plongé.

Le FC Sion aurait aimé vivre beaucoup de choses cette saison, à commencer par un match d’Europa League au stade Vicente-Calderon contre l’Atletico Madrid, puis, du moins dans certains rêves, une folle course-poursuite avec le FC Bâle pour le titre de champion de Suisse – on rigole… Les Valaisans terminent leur pensum dans un stade de campagne, avec un soulagement incongru pour seule satisfaction. Dur, dur.

Mais le patron a un don certain pour positiver. Au moment de tirer le bilan de cet exercice pas comme les autres, Christian Constantin, chafouin jusqu’au bout, a une pensée émue pour le FC Aarau. «Aujourd’hui, c’est surtout injuste pour eux», lâche-t-il, grand seigneur. «Ils ont fait tous les efforts nécessaires pour la promotion, et ils échouent contre un adversaire qu’ils n’auraient jamais dû rencontrer.»

En un sens, et le sentiment était partagé par les clients du café Sportplatz à l’heure de l’escalope panée et du lard sec, c’est la vérité. L’immense imbroglio qui a secoué le football suisse cette saison fait, au final, une victime privilégiée: le FC Aarau. Car les joueurs de René Weiler, au vu de ce qu’ils ont démontré lundi, portés par leur capitaine Sandro Bürki, champion d’Europe en 2002 avec les M17 pour l’anecdote, auraient pu prétendre à une ascension en Super League… si l’adversaire proposé s’était appelé Grasshopper ou Lausanne.

Contre un FC Sion sérieux, qui rappelons-le aurait terminé le championnat dans le trio de tête sans les 36 points de pénalité qui lui furent infligés, la mission était plus complexe pour ne pas dire inaccessible. Les Argoviens, à qui l’injustice n’a pas échappé, ont d’ailleurs évolué sous protêt lors de ce barrage. On ne sait jamais, des fois que la justice bernoise n’influe sur le sort de cette Super League en septembre 2017…

Christian Constantin, en tout cas, n’a pas baissé la garde. «C’est comme à la guerre, il y a un moment où il faut retirer les bataillons pour continuer à discuter dans les salons», résume l’architecte octodurien. «On va finir ce qu’on a commencé, on est prêts à se battre encore pour gagner ce que l’on a à gagner…»

C’est-à-dire de l’argent, à terme, très éventuellement, si une juridiction quelconque prouvait un jour que l’ensemble du football suisse et mondial a lamentablement prétérité le FC Valais. Affaire à suivre, mais pas de trop près au risque de verser dans une folie kafkaïenne du plus vilain effet. Rideau, enfin, espérons. Qu’il puisse obtenir un dédommagement financier ou non à terme – la seconde option paraît quand même plus probable… –, le FC Sion continuera à vivre au plus haut niveau. Avec quel entraîneur?

Vladimir Petkovic, mandaté de dernière minute afin d’assurer le sauvetage, tient la corde aux dires du patron: «S’il ne part pas à la Lazio, il sera sur le banc la saison prochaine.» Le Bosnien figurerait en tête de la liste dressée par les dirigeants romains – le Brésilien Dunga est aussi en bonne position. Mais quel que soit le coach du FC Sion à la reprise, il aura du boulot. Parce qu’il y aura de la revanche dans l’air…