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Le joueur de Thoune Dejan Sorgic, à gauche, affronte le gardien du FC Saint-Gall Dejan Stojanovic, à la Stockhorn Arena de Thoune ce dimanche 4 mars 2018.
© Marcel Bieri/Keysone

Football

FC Thoune, le miracle à côté de Berne

Saison après saison, le club déjoue les pronostics qui l’expédient en faillite ou en Challenge League. A force, Thoune en a développé une forme de savoir-faire ès maintiens, qui ne sera pas de trop après sa défaite à domicile devant Saint-Gall (1-2)

«Ah, il y a match aujourd’hui?» La question du sexagénaire au chauffeur n’appelle pas de réponse. Le bus 3 pour Blumenstein est bondé, un dimanche à 15h. Quelques familles, une poignée de Saint-Gallois à écharpe verte et une quinzaine de jeunes du cru à capuche, Feldschlösschen à la main, qui ont encore l’alcool joyeux et déjà le dialecte épais.

Il y a match, aujourd’hui à Thoune. Et important même. Le FC Thun Berner Oberland reçoit Saint-Gall, pour cette 24e journée de Super League. Avant la rencontre, Thoune est neuvième avec 24 points, quatre de plus que le dernier, le FC Sion. Vu de Suisse romande, l’affaire est grave mais pas désespérée: dès que Sion aura retrouvé un semblant de stabilité et de solidarité, ses moyens bien supérieurs lui permettront de s’en sortir.

Double rétablissement

D’autres, avant Sion, se sont fait prendre au piège. Candidat numéro 1 à la relégation depuis son retour dans l’élite à l’été 2010, Thoune s’en sort à chaque fois. Souvent plutôt bien, même: jamais plus bas que sixième. «Cette année, cela risque d’être plus difficile», estime un reporter de la Berner Zeitung. Ça l’était déjà la saison passée, avec un neuvième rang à mi-championnat et 1 million de francs à trouver pour finir l’année. Le club de l’Oberland s’était rétabli deux fois, sportivement et financièrement. Des dons de privés et d’entreprises, complétés par un prêt de 500 000 francs de la ville, avaient permis de passer l’hiver. Même Christian Constantin avait versé au pot. Transcendée, l’équipe avait fini la saison avec 15 points d’avance sur Vaduz.

Il suffit pourtant d’arriver aux abords de la Stockhorn Arena pour comprendre que le maintien du FC Thoune en Super League n’a rien du miracle. Tout est petit et modeste mais intelligemment conçu et bien réalisé. A commencer par le stade. Si l’on pense à celui de Servette, la comparaison est cruelle pour Genève. Ici, les peintures sont achevées, les écrans géants fonctionnent, l’accès facilité. Le public est près de la pelouse, les ultras ont leurs places debout. Il doit y avoir 3000 spectateurs mais comme le stade ne peut en contenir que 10 000, ça passe.

Recrutement efficace

C’est surtout dans son recrutement que le FC Thoune fait preuve d’une remarquable sagacité. Ces dernières saisons, le club s’est fait une spécialité dans la post-formation de joueurs venus de Challenge League, voire de première ligue. En 2012, Thoune engage Renato Steffen, à peine 8 buts avec Soleure et tout juste une saison de première ligue dans les jambes. L’année suivante, Steffen est revendu à Young Boys. Arrivé la même année de Winterthour, Luca Zuffi reste deux saisons à Thoune avant de signer à Bâle. Suivront Roman Buess, ex-champion du monde M17 en perdition à Wohlen, arrivé libre et revenu 1,3 million de francs un an après à Saint-Gall, Christian Fassnacht, pêché Winterthour, aujourd’hui à YB, Simone Rapp, déniché à Wohlen, vendu cet hiver à Lausanne.

A Thoune, on t’apprend tout de suite qu’il faut se mettre au service de l’équipe

Simone Rapp, ancien joueur du FC Thoune

«Le directeur sportif Andres Gerber fait du bon travail, estime Stéphane Henchoz. Pour dégoter un Fassnacht à Winterthour, il faut aller souvent voir soi-même les matches de Challenge League, bien cibler le profil du joueur, connaître sa situation contractuelle, estimer le coût possible du transfert, sa place dans le contingent.»

«Ils bossent bien, et en même temps ils sont obligés, observe Carlos Varela, ancien joueur de Young Boys, aujourd’hui scout pour Servette et toujours basé dans la région. La seule fois que Thoune a eu de l’argent, c’est là qu’ils se sont plantés.» Avec pour conséquence une relégation en 2008, moins de trois ans après avoir disputé la Ligue des Champions contre Arsenal et l’Ajax.

Un jeu simple

La dernière bonne pioche en date semble devoir être Marvin Spielmann, milieu extérieur gauche (22 ans), arrivé libre de Wil l’hiver dernier et élément important de l’équipe (23 matchs, 9 buts) dès sa première saison en Super League.

C’est lui qui ouvre le score dès la 10e minute, dans une séquence où la pelouse synthétique a son importance. La passe diagonale ras de terre de Matteo Tosetti est mal appréciée par la défense centrale saint-galloise et reprise côté opposé par Spielmann (1-0). Le jeu proposé est à l’image du reste: simple, rapide mais construit, avec moins de don que de don de soi. «A Thoune, on t’apprend tout de suite qu’il faut se mettre au service de l’équipe», nous expliquait il y a quelques mois Simone Rapp. Cela semble devoir suffire face à Saint-Gall, plus talentueux mais assez minimaliste.

Les «Brodeurs» ne sont pas très dangereux mais dominent Thoune dans le jeu aérien. A la demi-heure de jeu, Nassim Ben Khalika égalise ainsi de la tête presque sans forcer. Thoune, jamais mis en danger jusque-là, remet l’ouvrage sur le métier: à la 40e minute, le capitaine Dennis Hediger reprend des 20 m un ballon mal dégagé et oblige le gardien Dejan Stojanovic à se détendre de tout son long.

Un miracle qui ne vient pas

Ça sera à peu près tout pour le FC Thoune, qui éprouvera par la suite beaucoup de mal à se créer des chances de but. La victoire saint-galloise, acquise sur une percée de ce vieux Rúnar Sigurjónsson (77e), n’est finalement pas si surprenante. Dans les dernières minutes, Thoune se rue à l’attaque mais de façon trop désordonnée. Cette fois, il faudrait vraiment un miracle pour s’en sortir. Il ne vient pas.

Thoune a perdu mais a limité les dégâts. Sion et Lausanne n’ont pris qu’un point ce week-end. Les Bernois ont encore trois points d’avance mais sous la tribune, dans le couloir des vestiaires, les visages sont fermés, les corps prostrés. Se savoir en danger est la première condition pour se sauver.

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