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Ludovic Magnin exulte.
© Fabrice Coffrini/AFP Photo

Coupe de Suisse

Le FC Zurich de Ludovic Magnin, à l'émotion

Nommé voilà trois mois à la tête de la première équipe du club, l'ancien international vaudois remporte son premier trophée en tant qu'entraîneur avec une victoire en finale contre Young Boys (2-1). Il a su transmettre à ses hommes la grinta qui le caractérisait sur un terrain

A 39 ans, Ludovic Magnin garde une jolie petite pointe de vitesse. Il en a fait la démonstration dimanche après-midi, au bout de la finale de la Coupe de Suisse de football, en se précipitant bras levés et gueule ouverte en direction des fans du FC Zurich. Trois mois après avoir été promu des M21 à l'équipe professionnel du club pour sa première expérience à ce niveau, l'ancien international vaudois accroche un premier trophée à son palmarès d'entraîneur, et il l'a fêté comme un joueur qui vient de marquer un but décisif. Lâcher-prise, abandon de soi, communion avec le public. «Je voulais juste montrer que j'étais encore le plus rapide», plaisantait-t-il après la partie.

Ses hommes venaient de déjouer tous les pronostics. Face à eux, une formation de Young Boys fraîchement sacrée championne de Suisse pour la première fois depuis 32 ans, irrésistible ce printemps et qui avait en plus l'avantage de jouer la finale de la Coupe à la maison. Devant son public, dans son Stade de Suisse, sur sa pelouse synthétique qui favorise son jeu léché et met à mal les automatismes de ses adversaires. Les Bernois avaient tout pour réussir un doublé inédit depuis 60 ans. Ils s'étaient (presque) tous décolorés les cheveux pour faire corps avec les couleurs de leur club. Devant leur miroir le soir, le jaune sera celui du rire, le noir celui de l'humeur.

Débats enflammés

Plusieurs fois, le speaker du Stade de Suisse a pris son micro pour répéter que l'usage d'engins pyrotechniques et autres fumigènes était prohibé. Les ultras du FC Zurich et de Young Boys ne l'ignoraient pas, mais ils s'en fichaient un peu: plusieurs fois pendant la finale de la Coupe de Suisse, ils se sont débrouillés pour faire baigner la pelouse dans un épais brouillard qui, lorsqu'il se dissipait, laissait dans l'air une odeur de poudre. Cela ne jurait pas avec l'ambiance du match.

Les joueurs zurichois avaient dès la départ pris le parti d'enflammer les débats. Intensité physique, fautes tactiques, provocations limite. Avant la dixième minute de jeu, Michael Frey faisait sortir de ses gonds le pourtant expérimenté Steve von Bergen. Après avoir marqué quelques instants plus tard, l'attaquant bernois, formé à YB et passé des bords de l'Aar à ceux de la Limmat l'été dernier, frôlait son ancien coach Adi Hütter avec un air de défi. Sur le bord du terrain, Ludovic Magnin ne cessait lui de s'agiter, de crier, d'interpeller le corps arbitral. Mettre de l'huile d'animosité sur le feu d'un match décisif reste un jeu dangereux, qui coûtera l'expulsion de Sangoné Sarr (entré à la mi-temps, deux fois averti en vingt minutes). Mais il a fini par sourire aux pyromanes.

Réduits à dix, les Zurichois trouvaient le moyen de doubler leur avantage grâce à une action individuelle magnifique d'Antonio Marchesano. Passement de jambes, accélération et frappe sèche pour battre un Marco Wölfli désarmé: à la 72e minute de jeu, l'affaire semblait classée. Et si le but de la tête de Miralem Sulejmani sept minutes plus tard a permis de ramener suspense et ambiance dans le Stade de Suisse pour la fin de la rencontre, les outsiders ont tenu bon.

Le FC Sion alémanique

L'entraîneur de Young Boys Adi Hütter, qui s'apprête à reprendre l'équipe allemande de l'Eintracht Francfort en Bundesliga, a su en trois saisons construire une belle équipe, au jeu séduisant, capable de mettre un terme à l'insolente domination du FC Bâle sur la Super League. Mais pour son dernier match à Berne, il n'a pas réussi à la faire se sublimer pour s'offrir un départ en triomphe absolu. Le plan imaginé par Zurich consistait à faire mal au tout frais champion. Il a parfaitement été respecté.

Une finale de Coupe de Suisse n'est pas un match comme les autres. L'histoire suggère que Young Boys peine à en comprendre les ressorts: il en a perdu huit sur quatorze disputées. Le FC Zurich, au contraire, s'affirme en version alémanique du FC Sion, avec un dixième sacre en onze finales. «Les gars sur le terrain ont montré de l'enthousiasme, du coeur. C'est comme ça qu'on gagne une finale de Coupe, davantage qu'avec du tiki-taka. On a fait la différence à l'émotion, lance Ludovic Magnin à la fin de la rencontre. Franchement, aujourd'hui, j'ai le sentiment que peu d'équipes auraient pu nous battre.»

Un avenir ouvert

Lorsqu'il jouait encore, le Vaudois était réputé pour sa capacité à motiver ses coéquipiers. Devenu entraîneur, est-ce là sa touche? Apporte-t-il à son FC Zurich cette grinta qui le caractérisait lorsqu'il animait le flanc du VFB Stuttgart et de l'équipe de Suisse? «Non, balaie-t-il. Ce que je veux amener, c'est du foot. Cela fait trois mois qu'on parle de tactique, qu'on développe différent système de jeu. Mais là, nous avions une finale de Coupe de Suisse à disputer. Contre le champion. Sur sa pelouse. On pouvait miser sur quelque chose de particulier. Mais ça ne peut marcher que sur des matches bien particuliers. Si tu abordes une rencontre de championnat face aux derniers du classement en disant à tes joueurs que c'est le match de l'année, tu vas perdre ton vestiaire...»

Or, lui tient à conserver sa confiance. Le match à peine terminé, Ludovic Magnin soulignait que la victoire était plus importante pour le club que pour lui-même. Cette Coupe de Suisse, plus encore qu'une ligne sur un palmarès, est un passeport pour la phase de groupes de la prochaine Europa League. Elle garantit au FC Zurich des revenus supplémentaires qui l'aideront à se poser en concurrent du FC Bâle et de Young Boys ces prochaines saisons. Cela faisait longtemps que l'avenir du football suisse n'avait plus paru si ouvert.

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