Football

Pour le FC Zurich, voir Naples et grandir

Dernier club suisse qualifié en Coupe d'Europe, le FC Zurich se construit dans l'ombre de Young Boys et du FC Bâle. Rencontre avec son président, Ancillo Canepa, croisé cette semaine au tirage au sort de l'Europa League 

C’est la pause, entre deux tirages au sort dans les sous-sols de l’UEFA à Nyon. Les représentants des clubs qualifiés pour la Ligue des champions enchaînent les interviews, télé d’un côté, radio et presse écrite de l’autre. On est prié de rester derrière les barrières à ruban et de bien cadrer le panneau des sponsors. Un peu à l’écart, adossé à un poster géant d’Eusébio, un petit homme vif attend son tour avec une certaine impatience. C’est Ancillo Canepa, le président du FC Zurich, venu en personne découvrir son adversaire des seizièmes de finale de l’Europa League. Ce sera Naples (match aller le 14 février au Letzigrund, retour le 21 à San Paolo). «Pour nous, tous les adversaires sont difficiles, explique-t-il. Mais certains sont plus attractifs que d’autres. Autant remplir le stade.»

Le Temps: Peu de monde attendait votre club à ce niveau.

Ancillo Canepa: C’était quand même notre objectif au début de la phase de poule. Nous voulions nous qualifier, tout en sachant que le groupe était relevé. Nous sommes très fiers d’être le dernier club suisse encore en course.

Le FC Zurich est-il une équipe de coupe?

On peut dire ça, c’est vrai… Nous avons remporté trois fois la Coupe de Suisse ces cinq dernières années et nous avions fait un joli parcours il y a deux saisons en Europa League alors que nous étions en Challenge League. Jusqu’au dernier match, nous pouvions même espérer nous qualifier. Nous avons une équipe et aussi un entraîneur capables d’être très performants dans les grands matchs. C’est pour cela que, quel que soit l’adversaire en 16e de finale, nous penserons que nous avons une petite chance.

La statistique est méconnue, mais depuis que Sion a perdu son invincibilité en coupe, le FCZ fait presque aussi bien: 11 finales pour une seule défaite, contre Lausanne.

Absolument.

On imagine que vous ne regrettez pas d’avoir installé Ludovic Magnin en février…

Nous sommes très satisfaits de Ludo. C’est un grand talent, quelqu’un qui respire le football, qui a beaucoup d’expérience, mais aussi un très gros travailleur. Je pense qu’il était important qu’il commence sa carrière avec les jeunes, dans notre académie. Il a eu le temps d’apprendre son nouveau métier. Il veut vraiment faire progresser les joueurs.

Dans le style et les influences, il se situe quelque part entre Bernard Challandes et Lucien Favre, deux entraîneurs romands à succès du FC Zurich.

Il y a quelque chose de ça. C’est un peu un mélange des deux. Je l’espère, en tout cas, parce que nous avons eu beaucoup de succès avec Favre et Challandes. A Zurich, on aime le football attractif, on veut voir du spectacle et les coachs romands s’approchent plus de cette philosophie.

Passe son épouse Heliane, chevelure rouge vif. Femme d’affaires très respectée à Zurich, elle est également membre du conseil d’administration. Le couple a repris le club en 2006.

Normalement, les clubs dépêchent des ambassadeurs ou le chef de presse. Vous, vous envoyez le «board»?

Oui, oui. C’est le highlight de la saison, je n’allais pas manquer ça. Pour le FC Zurich, c’est un plaisir et un honneur d’être ici. Nous étions déjà à Monaco. Il y a assez de moments durs [le couple a été placé sous protection policière après la relégation du club en 2016], il faut savoir profiter quand tout va bien.

A propos de la Super League, comment analysez-vous le retournement complet qui s’est opéré depuis dix-huit mois entre Bâle et Young Boys?

D’abord, YB a une très bonne équipe, construite depuis trois ans, avec des joueurs qui ont à la fois du talent et de l’expérience. D’un autre côté, le reste de la Super League est d’un niveau équivalent. Entre le deuxième et le dixième, il n’y a pas beaucoup de différences. Les matchs sont serrés, cela profite à YB et ça donne un championnat intéressant pour les places d’honneur et la lutte contre la relégation.

Quel est votre regard sur l’effondrement spectaculaire du FC Bâle?

D’abord, vous ne pouvez attendre d’un club qu’il gagne tous les ans. Leur série était déjà exceptionnelle, elle devait bien finir par s’arrêter. Ils ont aussi eu pas mal de changements dans le management, avec un nouveau président, un nouveau directeur sportif, un nouvel entraîneur. Cela prend du temps de mettre une nouvelle dynamique en place.

En juillet 2017, «Le Temps» avait assez bien anticipé le déclin de Bâle, mais nous pensions que le FC Zurich prendrait la place, pas Young Boys.

C’était gentil de votre part, mais vous aviez oublié que l’on revenait tout juste de Challenge League. A l’interne, nous avions changé beaucoup de choses dans l’encadrement du club, installé des personnes à des postes clés. C’est aussi à ce moment-là que nous avons lancé une nouvelle politique basée sur la formation. Actuellement, treize jeunes joueurs du cadre pro sortent de notre académie. Cela prend du temps. C’est aussi pour cela que nous avons promu Ludovic Magnin en début d’année. Il connaît tous ces joueurs et il a la capacité à les faire progresser. Nous espérons dans un an ou deux qu’ils seront en mesure de lutter pour le titre.

Vous n’avez jamais été aussi proche de voir se concrétiser le projet de nouveau stade commun au Hardturm.

Oui, c’est pour nous la meilleure nouvelle de l’année. C’est très important pour le club. Cela prendra encore trois ou quatre ans, mais c’est voté. Au moins nous pouvons nous projeter dans l’avenir. Le Letzigrund est notre stade historique, mais il ne permet pas de générer de l’argent.

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