Rugby

La Fédération australienne est implacable avec Israel Folau

Chrétien évangéliste et homophobe récidiviste, la star du XV d’Australie ne disputera pas la Coupe du monde au Japon. Un coup dur mais nécessaire

Trop, c’est trop: Rugby Australia, la fédération australienne de rugby à quinze, a décidé jeudi de mettre un terme au contrat de son joueur vedette Israel Folau, au risque d’affaiblir l’équipe des Wallabies à quelques mois de la Coupe du monde. Mais le joueur des lignes arrières des New South Wales Waratahs est allé trop loin en publiant mercredi un violent concentré d’intolérance sur les réseaux sociaux.

«Ivrognes, homosexuels, adultères, menteurs, fornicateurs, voleurs, athées, idolâtres, l’enfer vous attend. Repentez-vous! Seul Jésus peut vous sauver», a lancé mercredi ce fervent chrétien évangéliste sur son compte Instagram. Folau (30 ans, 73 sélections) a sans doute signé à cet instant la fin de sa carrière internationale. La directrice exécutive de Rugby Australia, Raelene Castle, qui avait été accusée de manquer de fermeté lors du dérapage précédent de l’arrière des Wallabies, n’a cette fois pas traîné, annonçant son intention de mettre fin au contrat du joueur «en l’absence de facteurs atténuants convaincants».

Liberté contre respect

«Errare humanum est, perseverare diabolicum.» Israel Folau est un multirécidiviste. En avril 2018, il s’était opposé à la légalisation du mariage homosexuel dans son pays, adoptée fin 2017 par le parlement, mettant sa fédération dans le plus grand embarras en affirmant que l’enfer attendait les homosexuels à moins qu’ils ne se repentent de leurs péchés. Convoqué mais non sanctionné, il avait persévéré un mois plus tard en postant une vidéo dans laquelle un évangéliste américain mettait en garde contre le mariage entre personnes du même sexe, évoquant des «perversions sexuelles indescriptibles».

«D’un côté, il y a le droit de chacun d’exprimer son opinion, qu’elle soit religieuse ou autre, et de l’autre, il y a la question de savoir si c’est fait d’une manière respectueuse ou non», avait alors déclaré Raelene Castle. Tiraillée entre la nécessité de conserver son meilleur joueur et l’atteinte à l’image du rugby australien, la Fédération avait finalement opté pour la première option en faisant signer à Folau un nouveau contrat jusqu’à fin 2022, pour plusieurs millions de dollars australiens.

«L’un des meilleurs joueurs du monde»

C’est ce contrat que Rugby Australia et les Waratahs, l’équipe de Nouvelle-Galles du Sud dans laquelle évolue Folau en Super Rugby, vont donc déchirer. Dans un communiqué commun, la Fédération et la province ont expliqué: «Si Israel est en droit d’avoir des convictions religieuses, la manière dont il les a exprimées n’est pas compatible avec les valeurs de ce sport.» La nouvelle diatribe de Folau a particulièrement déplu à la compagnie aérienne australienne Qantas, sponsor des Wallabies, dont le patron Alan Joyce est ouvertement homosexuel et qui a condamné des propos «vraiment décevants».

Le sélectionneur des Wallabies Michael Cheika va donc devoir se passer du meilleur marqueur de l’histoire du Super Rugby (60 essais), qu’il considère comme «l’un des meilleurs joueurs du monde». A cinq mois du Mondial japonais, c’est un énorme coup dur pour l’équipe finaliste de la précédente édition en 2015, mais en perte de vitesse depuis. Les Australiens n’ont remporté que 4 matchs sur 13 en 2018, échappant de peu à la dernière place du Rugby Championship. Leurs chances de remporter un troisième trophée mondial, après 1991 et 1999, viennent de diminuer encore un peu plus.

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