CYCLISME

La Fédération suisse cycliste aimerait reprendre le Tour de Romandie sous son aile

L'édition 2001 de la Boucle romande débute cet après-midi par un prologue à Pfaffnau (LU). Une cuvée qui s'annonce sportivement brillante à la veille du Tour d'Italie. L'épreuve ne pourra cependant pas éviter les bruits de couloirs. Qui l'organisera l'année prochaine? Une décision devrait être prise le 15mai. Plongée dans un feuilleton politico-sportif.

Il est détendu, Daniel Perroud. A la veille du départ du 55e Tour de Romandie, ce soir à Pfaffnau (LU), le patron de la Boucle romande ne laisse transparaître aucun soucis. Son épreuve, la cinquième qu'il organise, se présente aussi bien que le plus parfait des jeux de Lego. C'est tout ce qui compte pour le Genevois. La prise de tête, il se la réserve pour le 15mai, date à laquelle l'Union cycliste internationale (UCI) et la Fondation pour le cyclisme romand, propriétaire de l'épreuve, vont désigner l'organisateur de la Boucle romande pour les prochaines années. Outre DPO et Daniel Perroud, deux autres candidats ont fait parvenir un dossier digne de ce nom à l'organe faîtier du cyclisme mondial: IMG (Suisse) de Marc Biver, organisateur du Tour de Suisse, et le groupe italien RCS, qui s'occupe lui du Giro.

A l'heure actuelle, il est bien difficile d'établir des pronostics quant au lauréat de la semaine prochaine. Daniel Perroud possède pour lui quatre éditions couronnées de succès et un soutien marqué de la population romande; Marc Biver, un groupe financièrement solide qui petit à petit tisse une toile impressionnante dans le cyclisme; et RCS, la carte de visite de l'organisateur de la deuxième course en importance du calendrier. Voilà pour le rationnel. Car comme dans tout bon feuilleton, la logique est pimentée par l'émotionnel. Dans ce dossier de politique sportive opaque, les couples ennemis compteront tout autant que les dossiers bien ficelés. La crainte d'Hein Verbruggen, président de l'UCI, de voir Marc Biver cumuler les fonctions d'organisateur et manager de coureurs sera-t-elle plus forte que le contentieux entre Daniel Perroud et Claude Jacquat, ancien mentor du TdR et membre influent de l'UCI?

Swiss Cycling dans la danse

Depuis peu, l'équation s'est compliquée d'une nouvelle variable: Swiss Cycling, la fédération suisse de cyclisme, s'est déclarée favorable à un retour du TdR dans son giron. Fritz Boesch, son président, le confirme: «Le Tour de Suisse nous appartient. Je pense qu'il serait normal pour le cyclisme helvétique que le TdR soit soumis au même régime.»

C'est ce raisonnement qui a poussé l'entrepreneur bernois à prendre rendez-vous avec Claude Jacquat et la Fondation pour le cyclisme romand le 14mai. «Au départ, je voulais simplement avoir des informations sur la procédure en cours pour que nous puissions avancer dans le dossier. Cela fait 12 mois que nous demandons des précisions et nous n'avons toujours rien reçu», explique Fritz Boesch tout en reconnaissant qu'en se manifestant la veille de la décision, Swiss Cycling arrive un peu tard. «Mais lorsque nous avons convenu de cette rencontre, la date du 15 n'avait pas encore été retenue.»

Malgré ce manque de clarté, Fritz Boesch n'est toutefois pas resté inactif. Ainsi, en octobre dernier, il a rencontré Claude Jacquat en marge des Championnats du monde de Plouay (France). «Je lui ai exposé notre projet. Il est entré en matière sur le fait que Swiss Cycling puisse toucher des droits de licence sur le TdR. Il était par contre plus réticent concernant la propriété.»

Normal. Car en entrant dans le jeu, Swiss Cycling concurrence directement la Fondation Arc-en-Ciel, cette structure créée par l'UCI pour «assurer la pérennité des épreuves appartenant au patrimoine du cyclisme». «Oui, c'est vrai. Mais Arc-en-Ciel a surtout la vocation de venir en aide aux manifestations en difficultés. Ce n'est pas le cas du TdR», argumente Fritz Boesch.

Pour l'instant, le patron du cyclisme suisse ne tient pas à se prononcer sur les chances de succès de sa démarche. Reste que s'il parvenait à ses fins, il appartiendrait à Swiss Cycling de désigner l'organisateur du TdR. Un avantage pour Marc Biver, dont l'apport financier a sauvé la fédération de la faillite l'année dernière, ou pour Daniel Perroud? «Je suis favorable à ce que l'épreuve garde son caractère romand», se borne à répondre Fritz Boesch. Avant de préciser qu'il ne verrait «pas d'inconvénients à mettre tous ses œufs dans le même panier. Bien sûr, il faut éviter que le cyclisme ne tombe dans les mains d'une seule société. Néanmoins, l'exemple de la Société du Tour (n.d.l.r: Tour de France, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège,…) montre qu'une certaine concentration est aussi intéressante.» Seule certitude: la Fédération s'opposera toujours à une fusion des deux courses.

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