États-Unis

Le Federer amérindien du lacrosse

Sport «voyou chic» des collèges blancs américains, le lacrosse signifie beaucoup plus pour les nations amérindiennes, qui le pratiquent depuis des siècles. La star de ce jeu de raquette avec des buts, Lyle Thompson, défend la vision culturelle du jeu, ses cheveux longs et ses origines iroquoises

Pour la plupart des gens, il ne s’agit que de défaites ou de victoires. Pour Lyle Thompson, ce jeu est d’abord synonyme de spiritualité: «J’ai appris à y jouer dans une atmosphère traditionnelle, avec une crosse en bois de caryer donnée par mon père. C’est comme ça que ça commence pour nous, en reconnaissant la vie qu’il y a dans cet objet.» Le «ça», c’est le lacrosse, un jeu de raquette avec des buts, pratique millénaire des Amérindiens du nord-est et ancêtre du hockey sur glace. Le «nous», c’est la nation iroquoise, à laquelle le meilleur joueur actuel appartient. L’objet, c’est la raquette dont ce sport tire son nom, donné au XVIIe siècle par des missionnaires jésuites français en Ontario, en référence à «la crosse», le bâton pastoral des évêques.

«Aujourd’hui, les rites sont peu observés, les traditions autour du jeu se sont estompées, c’est devenu un sport presque à part entière», observe, amer, Lyle Thompson. Très pratiqué dans les collèges (les meilleurs joueurs obtiennent des bourses universitaires, comme les basketteurs et les joueurs de baseball), le lacrosse s’est professionnalisé sur le modèle des grands sports américains. On y joue l’hiver en salle à cinq contre cinq dans la National Lacrosse League, et l’été en plein air à dix contre dix au sein de la Major League Lacrosse. Le niveau est semi-pro, les joueurs cumulent souvent avec un job à côté.