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Avec huit titres, Roger Federer dépasse le record de victoires à Wimbledon qu’il codétenait avec l’Anglais William Renshaw et l’Américain Pete Sampras.
© Tim Ireland / AP PHOTO

Tennis

Federer, chronique d’un sacre annoncé

Marin Cilic blessé, il n’y a pas vraiment eu de match en finale. Mais il y a eu un vainqueur, Roger Federer (6-3 6-1 6-4), désormais détenteur de huit titres à Wimbledon et dix-neuf au total en Grand Chelem. La légende est plus vivante que jamais

On avait évidemment imaginé cela autrement. Mais chaque match a son histoire et une finale n’est pas toujours l’apothéose espérée. C’est – aussi – le charme du sport que de ne jamais en faire qu’à sa tête, et même son dernier acte de résistance face aux impératifs du business. En se payant le luxe de torpiller la fête promise, la finale 2017 de Wimbledon ne porte pas ombrage au triomphe de Roger Federer; elle a juste gâché une belle journée, un dimanche après-midi dans la campagne anglaise.

Lire également notre éditorial: Et à la fin, c’est Roger Federer qui gagne

Longue quête personnelle

Vainqueur 6-3 6-1 6-4 d'un Marin Cilic rapidement dépassé avant d’être blessé au pied, le Bâlois a écrit un nouveau chapitre de sa légende en remportant Wimbledon pour la huitième fois, la première depuis 2012. C’est le second titre du Grand Chelem de sa saison, après l’Open d’Australie fin janvier, et le dix-neuvième depuis le début de sa carrière. C’est enfin – mais là les statistiques sont moins fiables parce que chacun avait son propre avis sur le sujet – la troisième ou quatrième fois que le Bâlois revient au sommet après avoir été donné perdu, dépassé, usé ou trop vieux pour le tennis. Lui-même a traversé beaucoup de phases de doutes mais n’a jamais perdu l’envie et le plaisir de jouer. Il n’a jamais non plus perdu de vue que l’essentiel, en sport, était de durer (lire ci-dessous).

Cette longue quête personnelle, cet immense accomplissement, cette formidable obstination ont donc trouvé leur récompense au terme de 101 minutes de non-match. Lorsqu’il arma un dernier ace à 5-4 40-30, une seule question attisait l’attention: comment Roger Federer allait-il accueillir sa victoire? Dans les larmes ou en retenue? Allait-il s’écrouler au sol, comme lors de sa première victoire, en 2003 déjà? Ce fut en fait comme une sorte de bouffée d’incrédulité. Même Roger parvient à être étonné par Federer.

Lire aussi: Respirer, la méthode de Roger Federer pour remporter Wimbledon

L’ombre de Wawrinka

On encombre souvent Stan Wawrinka d’une impossible comparaison avec son aîné. Pour une fois, c’est l’inverse. L’ombre de Wawrinka a plané sur l’avant-match. Aux yeux de beaucoup, Marin Cilic rappelle le Vaudois. Ils ont déboulé dans les pattes du Big Four en même temps (Australian Open 2014 pour le Suisse, US Open 2014 pour le Croate), ils possèdent la même capacité à se relever de tous les coups durs et ils sont capables tous deux, lorsqu’ils évoluent en confiance, de bousculer n’importe quoi.

«Stan» Cilic entre plutôt bien dans sa finale et dans son rôle d’outsider. Federer est un peu sur la retenue. A 2-2, le Suisse commet une double faute et le Croate obtient sa première balle de break. Ce sera la seule du match. Federer la sauve et fait le break derrière. Il en réussit même quatre sur les six jeux de service Cilic suivants, enchaîne trois jeux blancs consécutifs sur ses engagements et mène 6-3 3-0 au bout de 46 minutes. Marin Cilic est bien comme Wawrinka, mais le Wawrinka de Roland-Garros en juin dernier, martyrisé par Rafael Nadal dans un scénario quasi identique.

Lire également: Wimbledon, le tennis intime

Enfoncer le clou

Détail: au changement de côté, le Croate appelle le soigneur et le superviseur. La scène, d’abord anodine, intrigue. Le soigneur ne le manipule pas. Cilic tente de se cacher le visage sous sa serviette mais il est patent qu’il pleure. «Les nerfs ont lâché, dira le Croate. Je jouais la finale du plus grand tournoi du monde et je n’étais pas en mesure de défendre mes chances.» Par deux fois, Roger Federer penche la tête pour voir ce qui se passe. Le superviseur vient l’informer de la situation. «Time», dit l’arbitre. Federer croise, sans un regard. Cilic reste assis. L’arbitre, compréhensif, lui accorde encore une trentaine de secondes.

Le match repart mais tout le monde comprend très vite. Marin Cilic monte sur chaque service, tente le coup décisif et gagne son jeu (3-1), perd le suivant et revient s’asseoir. Il n’appelle pas le soigneur. Bluffe-t-il? S’est-il résigné? Comment savoir… Cette fois, c’est Roger Federer qui se retrouve dans la situation de Stan Wawrinka. Contre Rafael Nadal, en finale de l’Open d’Australie 2014. Le Vaudois menait deux sets zéro lorsque l’Espagnol se blessa. Wawrinka en perdit un set et une partie de ses moyens.

Dans ces minutes incertaines, il n’est pas question d’être chevaleresque ou hésitant. Il faut enfoncer le clou. Roger Federer breake à 4-1, délivre un nouveau jeu blanc derrière et conclut 6-1 après 1h01 de jeu.

Lire aussi: Et Wimbledon inventa la «heat map»

Cilic soutenu par le public

Marin Cilic demande cette fois un temps mort médical et se fait soigner ce qui ressemble à une grosse ampoule sous l’orteil du pied gauche. C’est, mine de rien, l’endroit exact où il prend son impulsion au service. «J’ai ce problème depuis quelques jours, expliquera-t-il après le match. Les docteurs ont essayé de drainer le liquide sous la peau mais cela a rendu la zone très sensible et douloureuse.» Il serre les dents («Je n’ai jamais abandonné»), à défaut du poing, et acquiert le soutient du public, qui aimerait bien que la partie dure un peu.

Le stade supporte (littéralement) Marin Cilic, mais le match est trop décousu pour repartir vraiment. Le Croate tient son engagement, mène 1-0, 2-1, 3-2 puis se fait à nouveau ravir son service à 3-3. Roger Federer ne peut plus laisser échapper la victoire. Il n’a pas perdu un set du tournoi. Il tient la coupe dans ses bras comme si elle était son cinquième enfant mais dit au micro du Centre Court: «Ce qui est exceptionnel, plus que la victoire et tenir le trophée, c’est d’être revenu ici et de me sentir aussi bien.»


Roger Federer: «J’étais juste un gamin de Bâle qui rêvait»

En conférence de presse, Roger Federer est revenu sur son destin unique de légende du tennis. Extraits.

Sa destinée

«J’espérais avoir un jour une chance de jouer la finale de Wimbledon mais je n’aurais jamais pensé en gagner huit. Beaucoup de parents mettent leur enfant au tennis à 3 ans et en font un projet. Je n’ai jamais été cette sorte d’enfant. J’étais juste un gamin de Bâle qui s’amusait et qui rêvait un jour de faire une carrière sur le tennis Tour. J’y ai cru, je l’ai vraiment voulu et c’est devenu réel. Mais les choses sont venues progressivement. S’il y a un secret à ma réussite, c’est ma constance. Ma consistance. J’ai toujours aimé les gros matches, les grands courts, les grandes finales. Je me suis toujours entraîné sérieusement, intelligemment. Je suis parfaitement bien entouré, aussi bien du côté familial que du côté sportif.»

Revenir cette année

«Je ne pensais pas revenir en finale après l’année dernière et les défaites en finale contre Novak en 2014 et en 2015. Mais j’ai continué à y croire et à en rêver. J’y arrive aujourd’hui, c’est fantastique. J’espérais revenir, mais il n’y a jamais aucune garantie. Vous pouvez vous entraîner parfaitement, ça ne prépare pas aux conditions d’un match. J’y croyais et mon équipe y croyait aussi, ce qui est plus important parce que c’est plus le team qui vous pousse en avant que vous qui tirez le team. J’ai posé la question à chacun d’eux en leur demandant d’être sincère: «Est-ce que tu penses que je peux encore gagner?» Tous m’ont dit: «Si tu es en bonne santé et en forme, tu peux.» Honnêtement, je suis incroyablement surpris de comment cette saison se déroule. Je ne sais pas jusqu’à quand ça va durer mais pour le moment c’est parfait.»

La blessure de Cilic

«Je n’ai pas vraiment compris, et d’ailleurs je ne sais toujours pas de quoi il souffrait. Dans ces conditions, il était difficile pour moi d’en penser quelque chose sur le court. Cela a rendu les choses plus simples. J’ai continué de jouer normalement. Quand vous savez que l’adversaire a un point faible, vous avez tendance à appuyer là où ça fait mal. Cela vous fait jouer différemment et parfois, ça perturbe votre propre jeu. Mais je ne savais pas ce qu’il avait, donc je suis resté concentré sur mon jeu.»

Les records

«Les records ne sont pas une fin en soi mais c’est vrai qu’ils aident à trouver une motivation supplémentaire. Surtout à Wimbledon, qui a toujours été pour moi un tournoi à part. Tous mes héros ont grandi ici. Etonnamment, je n’y ai pas beaucoup pensé durant la journée. C’est venu après le match, lorsque je me suis retrouvé tout seul sur ma chaise, à contempler le stade et attendant la remise de la coupe.»

(L. F.)

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