Tennis

Federer exact au rendez-vous

Difficile vainqueur de Tomas Berdych (7-6 7-6 6-4), le Suisse disputera dimanche la finale de Wimbledon contre le Croate Marin Cilic. L’aboutissement d’une longue quête

C’est une joie silencieuse dans le tumulte de la foule. Pas de cri, peut-être parce qu’il n’y a pas de mots, parce que les images défilent sans doute trop vite dans sa tête. Roger Federer disputera dimanche sa onzième finale à Wimbledon. C’est bien sûr un record, tout comme le serait un huitième titre (comme lui, William Renshaw et Pete Sampras en sont restés à 7). Sur l’année 2017, il est en finale de 5 des 7 tournois auxquels il a participé. Il a jusqu’ici remporté les quatre premières (Open d’Australie, Indian Wells, Miami, Halle). Reste évidemment la plus belle, la seule qui compte à ses yeux: Wimbledon.

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Il ne faut pas se laisser abuser par cette qualification attendue, par ce parcours sans tache (aucun set concédé). Il ne le manifeste pas, il n’aime pas en parler parce qu’il considère qu’un chef n’a pas à montrer les cuisines, mais Roger Federer a souffert pour en arriver là. Pas pendant cette quinzaine, mais durant les six mois où il s’absenta du circuit pour se soigner, se reposer et reprendre ses fondamentaux.

«C’est long Wimbledon»

Deux images liées à Wimbledon nous reviennent immédiatement en mémoire. L’une date de 2015. Battu en finale par Novak Djokovic, Federer y était marqué comme jamais et c’était presque les journalistes qui s’efforcèrent de lui remontrer le moral en conférence de presse. «C’est long Wimbledon, disait-il. Il faut attendre un an, bien se préparer, gagner six matches pour à nouveau avoir une chance en finale. Forcément, ça fait mal.» L’année suivante, il ne gagna que cinq matches. En demi-finale contre Milos Raonic, il se retrouva le nez dans le gazon. Il resta longtemps couché, immobile, à tel point que l’on se demanda s’il allait s’en relever un jour.

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Le revoici donc fidèle au rendez-vous qu’il s’était fixé. Il s’est qualifié après avoir passé l’obstacle Tomas Berdych, plus coriace qu’annoncé. Tout le monde se souvenait de la «claque» infligée au Tchèque à l’Open d’Australie («Le jour où j’ai annoncé au monde que j’étais de retour», selon le mot de Federer). Berdych, lui, avait visiblement préféré garder en tête ses balles de match contre Roger à Miami. Entre les deux, nous l’avions croisé début février à Dubaï. Il raconta alors que la victoire finale de Federer lui avait «fait du bien». «Ce n’était pas seulement moi qui avais été dépassé à Melbourne», soulignait-il, rassuré.

Gulliver à Lilliput

C’est un peu toujours le problème dans ce jeu à somme nulle qu’est le tennis: quelle est la part réelle de l’un et de l’autre dans la victoire et la défaite? Vendredi, Roger Federer n’a pas paru aussi étincelant qu’au tour précédent face à Milos Raonic. Il a commis plus de fautes directes (20) et converti moins de balles de break (2/9). Etait-il «en dedans», bloqué par son nouveau statut de «vainqueur obligatoire», de Gulliver à Lilliput? Tomas Berdych a-t-il été bien meilleur qu’à l’accoutumée?

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La vérité, comme souvent, est à mi-chemin. Dans la première manche, Roger Federer réussit le premier break à 3-2 mais se fait rejoindre à 4-3. Tomas Berdych sert bien, surtout côté avantage (de la gauche vers la droite), mais c’est aussi Federer qui rate des occasions. Le Suisse souffle dans son poing entrouvert, comme si cela n’était pas très grave. Au tie-break, il mène constamment, anticipe souvent les frappes de balle (un phénomène déjà observé aux tours précédents), ce qui pousse Berdych à la faute. Federer conclut (7-4) dans un vibrant «Chum jetzt!», qui est, chez lui, l’équivalent de la trompette pour la cavalerie des Etats-Unis.

Très proches

Il vient de sortir indemne de son set le plus difficile depuis le début du tournoi. En fait, son second set le plus difficile, car celui qui suit est encore plus âpre, encore plus tendu. Pas de break (une opportunité pour Federer à 2-1, une pour Berdych à 3-3). Le Tchèque vient chercher son salut à la volée (il montera en tout 36 fois, contre 31 à Federer), avec une certaine réussite. Nouveau tie-break. A nouveau, Federer accélère, et punit cette fois les audaces de Berdych par deux coups droits croisés plongeant derrière le filet (7-4).

Il n’y a pas une énorme différence entre les deux joueurs mais Roger Federer mène deux manches à zéro. «Mentalement, il est très affûté. Il ne fait pas d’erreur dans les moments clés. C’est ce qui est le plus impressionnant chez lui», soulignait mercredi Milos Raonic.

Mise à mort

Nouvelle démonstration à 3-2 Berdych et 15-40. Federer est au service, précision importante. Ace. Ace. Service gagnant. Ace. Jeu Federer. Berdych baisse la tête et perd son service, et ses derniers espoirs, au jeu suivant. La fin tient plus de la mise à mort que du match. Victoire 7-6 (7/4) 7-6 (7/4) 6-4 en 2h18.

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Tandis que le public du Centre Court acclame son héros, Marin Cilic, en survêtement sur la terrasse des joueurs, répond à une interview de la télévision croate. En prenant lentement mais sûrement la mesure de l’Américain Sam Querrey (6-7 6-4 7-6 7-5), lui aussi sera au rendez-vous qu’il s’était fixé. Il ne partira pas battu d’avance. Mais Roger Federer revient de tellement loin…

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