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TENNIS

Federer le guépard contre Hewitt la teigne, Wimbledon va écrire une nouvelle fable

Le vainqueur de 2002 contre le tenant du titre 2003, le quart de finale de cet après-midi entre le Bâlois et l'Australien promet beaucoup. Cette opposition de styles est déjà un classique, sur fond de rivalité et de souvenirs douloureux. Premier test pour «Rodgeur»

Aujourd'hui, les Anglais auront les ornières nationalistes fixées sur le sort de Tim Henman, qui affronte Mario Ancic dans son neuvième quart de finale en onze participations à Wimbledon. Malgré les chapeaux ridicules et les «C'mon Tim» répétés jusqu'à la nausée, on ne peut qu'avoir de la sympathie pour un pays qui a inventé (entre autres) ce sport merveilleux, mais qui attend depuis soixante-huit ans que l'un des siens triomphe à nouveau sur son cher gazon. Pourtant, n'en déplaise aux hôtes, LE quart de finale que tout le monde du tennis attend n'oppose pas un Oxfordien middle class à un effronté natif de Split. Lleyton Hewitt défie Roger Federer. La teigne d'Adélaïde, toute rage dehors, contre le guépard de Bottmingen, et sa patte magique. Le vainqueur 2002 contre le tenant 2003. Une finale avant la lettre, diraient les commentateurs sportifs.

Sans l'admettre explicitement, Roger Federer sait que les répétitions sont terminées. Fini les tests, voici l'épreuve. En fin d'après-midi, sur le Centre Court de Church Road, le numéro un mondial doit défaire son aîné de six mois, celui qui l'a précédé au palmarès des All England Championships, qui a été le plus jeune numéro un mondial de l'histoire du jeu, et qui l'a battu sept fois en onze rencontres. Eliminé piteusement au premier tour l'an dernier – cela n'était jamais arrivé à un tenant du titre à Wimbledon –, en guerre avec son tennis et avec les autorités du sport pendant de longs mois (une bataille légale pour 1,5 million de dollars est toujours pendante), Lleyton Hewitt est revenu au sommet. Il a soif de revanche, faim de victoire, lui qui avait tant gagné si vite (Coupe Davis, tournoi du Grand Chelem, numéro un mondial avant d'avoir 20 ans) qu'on se demandait si un accès de lassitude l'avait soudain saisi.

Ce n'est pas le genre de la maison. Si l'Australien possède une relance exceptionnelle et une variété impressionnante dans son jeu en coup droit, c'est avant tout cette foi inébranlable en lui-même, cette urgence intérieure qui, lorsque le point est marqué, explose en poing tendu, regard exalté, mâchoires éructant «Come on», ce cri de guerre qui sonne comme une tribu entière d'Aborigènes partant à la chasse au dingo, qui permet à Lleyton Hewitt de se sublimer. De surpasser ses limites. De courir comme un fou aux quatre coins du court pour contrer les attaques les plus incisives. De revenir, comme il l'a fait l'automne dernier en Coupe Davis, de deux sets à rien et 3-5 sur service adverse, pour terrasser Roger Federer et offrir à son pays une place en finale – et, finalement, un triomphe sur l'Espagne.

Certes, il y a eu entre-temps l'Open d'Australie, sur le même court, où les bruyants feux d'artifice de la Fête nationale australienne faisaient écho à ceux qui partaient de la raquette de Federer, sortant Hewitt au quatrième tour. Il y a aussi eu Hambourg, et, outre une deuxième défaite, l'humiliation d'une «roue» (6-0) à subir pour Lleyton.

Quel souvenir prévaudra? «A l'Open d'Australie, j'ai dit chapeau, mec, trop bon», concède l'Australien. Qui se reprend aussitôt, mordant: «Mais il n'a pas oublié la Coupe Davis.» Hewitt, qui aime rappeler comment il a «passé par-dessus Federer» au cinquième set de ce match fou, n'aime pas qu'on lui demande s'il pense que le Suisse est le meilleur joueur de la planète. Il esquive, mentionne Safin, Roddick, et lui bien sûr, avant de reconnaître que Federer «n'est pas numéro un pour rien».

Plus personne ne doute, en effet, des ressources physiques et surtout morales de Roger Federer. Les compliments sur son jeu pleuvent avec encore plus de régularité que les averses sur le sud-ouest londonien, et du plus haut des cieux tennistiques: McEnroe dit de lui qu'il est le plus grand talent qu'il n'ait jamais vu, Ivanisevic, qui estime qu'avoir été numéro deux derrière Sampras équivaut à l'honneur suprême, avance que «Rodgeur» est encore meilleur, et Martina Navratilova raconte son bonheur d'avoir tapé la balle contre Federer, lors d'une exhibition à Hongkong, avec l'enthousiasme d'une collégienne. Le Bâlois accepte les éloges, c'est gentil, merci, il ne joue même plus aux faux modestes, à quoi bon? Depuis 88 jeux sur herbe, Federer n'a plus perdu son service. Depuis 23 rencontres, il est invaincu sur cette surface où il se sent «nature». Il a montré depuis dix jours qu'il veut rester le maître jardinier du temple anglais. L'encre de la fable est prête, ne reste plus qu'à l'écrire.

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