A partir d’un certain degré d’aisance, Roger Federer atteint un niveau où aucune contraiété ne semble l’effleurer, bien au-delà de la gravité terrestre. Ce Federer-là, bon an mal an, était devenu rare. Vendredi, il est revenu, hosanna, dans une sorte de halo mystique, touché par la grâce, comme d’autres ont marché sur l’eau.

Il était allègre, il était en liesse, il était Roger Federer, vieux favori sur le retour, porté par des jubilations de pourfendeur. «A certains moments, il sembla s’amuser comme un enfant qui exhibe ses plus beaux coups, ses plus beaux jouets. Déjà, il avait adoré s’exhiber lui-même dans sa nouvelle tenue de gala», image joliment L’Equipe.

Seul le troisième set aura ramené le débat à des notions plus terre-à-terre, au niveau de deux joueurs extrêmement racés, articulés autour de mécanismes limpides, et dont les revers sont probablement les plus naturels du circuit. Le score (6-3 6-2 6-7 6-1) dit l’emprise de Roger Federer, mais il tait la valeur académique de ce qui fut un vrai match, sinon un vrai enchantement, au plan de la justesse et du touché.

Lundi, Roger Federer rejouera la finale de Roland-Garros, bon gré mal gré, sur le tapis vert. «Je ne céderai pas à la tentation de sous-estimer Söderling, même si je l’ai déjà battu dix fois, jure-t-il. Je connais les capacités de ce joueur. En l’occurence, je serai curieux de voir comment il entrera dans la partie, avec quelle agressivité. Les premiers échanges seront intéressants. Toujours est-il que je suis au mieux de ma forme...»