«Et je joue Steve Johnson au premier tour, pour ceux que ça intéresse...» De mémoire de Roger Federer, on avait rarement vu cela avant un tournoi du Grand Chelem: huit questions en anglais (ses conférences de presse sont scindées en deux parties, en principe d'égales durées, la première pour la presse internationale, la seconde pour les médias suisses), et pas une sur le tennis. Le Bâlois le souligna samedi dans un sourire qui ne masquait pas totalement l'ironie acide du trait.

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Depuis le début d'année, Federer est bien davantage questionné sur son statut d'icône, l'usage (modéré) qu'il fait de son potentiel porte-voix dans la lutte contre le réchauffement climatique et le bilan carbone de ses sponsors que sur la qualité de son jeu de revers, et cela commence à le tendre. Surtout lorsqu'il est sommé de s'expliquer par un journaliste, caméra qui tourne, se prenant pour Elise Lucet, ou stigmatisé par un joueur, le Canadien Brayden Schnur qui, sur Twitter, a qualifié d'«égoïsme» son silence médiatique, ainsi que celui de Nadal, le 14 janvier lors du pic de pollution.

«Nous avons fait notre travail»

Rafael Nadal est également agacé, mais c'est plus fréquent chez lui. «La personne qui nous a critiqué a rectifié et je crois que c'était approprié, a souligné le Majorquin, venu quelques heures après Federer en conférence de presse. En tant que têtes d'affiche, nous avons peut-être un peu plus d'influence que les autres sur le directeur du tournoi et je suis donc allé le voir mardi pour demander des explications. Mon travail, je l'ai fait.» Federer, qui s'entraînait sous toit ce jour-là, fit la même réponse. «Je suis allé demander à la direction si c’était dangereux ou si cela avait juste l’air dangereux. Je leur ai dit de mieux communiquer parce que nous étions dans le flou. Que devais-je faire de plus? Aller sur les courts et arrêter les matches?»

Seul Novak Djokovic, la semaine précédente, est allé ostensiblement plus loin en réfléchissant à voix haute à un possible report du tournoi. Le Serbe répondait à une question et agissait en sa qualité de président du conseil des joueurs de l'ATP, mais cette initiative n'a pas plu à Rafael Nadal, forcément relancé sur le thème. «Je n'aime pas parler des sujets que je ne connais pas, maugréa l'Espagnol. Suspendre le tournoi? Mais le suspendre jusqu'à quand? Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de fumée ou jusqu'à ce qu'elle ne soit plus dangereuse? Et jusqu'à quelle limite est-elle dangereuse? Ce sont des questions où moi, en tant que Rafa Nadal, je n'ai aucune possibilité de répondre parce que je ne suis pas compétent.» 

Roger Federer aussi répond en s'interrogeant: «Que pouvons-nous faire?» Mais l'on sent que la question n'est pas rhétorique et qu'il réfléchit à de possibles solutions. «Ma fondation se concentre sur l'éducation. Mais à travers l’éducation, nous touchons à l’environnement et il est tout à fait envisageable d’intensifier cet aspect dans l’avenir.» L'écho favorable accordé aux activistes du climat en lutte contre le Credit Suisse (l'un de ses sponsors) est peut-être un premier pas dans cette voie.

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