Question des journalistes: Un an après l’opération pour Haïti, vous remettez ça avec une exhibition pour les victimes des inondations en Australie. Le tennis est un sport qui se mobilise souvent pour des causes…

Roger Federer: Par le passé, je trouvais qu’on ne le faisait pas assez. C’était difficile de réunir tout le monde, joueurs et directeurs de tournois. Ce que j’avais fait à Indian Wells pour le tsunami était un essai. Nous n’avions récolté que 15 000 dollars. C’était presque une déception, mais en même temps, on s’était rendu compte qu’il y avait un potentiel pour ce genre de choses. A Zurich, par exemple, on a pu lever 2,5 millions pour ma fondation. Ici, l’an dernier, on est parvenu en vingt-quatre heures à réunir 250 000 dollars pour Haïti. Et cette année, je pense qu’on devrait arriver à atteindre au minimum 1 million de dollars. Ça prouve qu’en se mettant ensemble, on arrive à faire des choses si c’est bien organisé. Et je ne fais pas ça pour me faire de la pub. Quand je vois ce genre de nouvelles à la télévision, je me dis qu’on a la possibilité de faire quelque chose. Nous sommes connus, les gens ont du plaisir à nous voir jouer et ça ne nous prend pas beaucoup de temps. Certes, c’est la veille d’un Grand Chelem et certains ont peut-être la tête ailleurs. Mais le 95% des joueurs sont prêts à sacrifier un petit moment pour récolter de l’argent pour des gens qui en ont vraiment besoin.

– Comment les choses se sont-elles mises en place pour cette exhibition de dimanche?

– Dès que j’ai entendu qu’il y avait des problèmes dans le Queensland où j’ai passé des vacances en 1995 et que j’ai vu que Rockhampton, la ville de Rod Laver, était touchée, je l’ai appelé et lui ai proposé mon aide. Je lui ai dit que je pouvais organiser quelque chose à l’open d’Australie. Et c’est comme ça que cela s’est fait. Il faut remercier «tennis Australia» qui organise tout ça en mettant à disposition des juges de lignes, des ramasseurs de balles et qui ouvre les portes du stade un jour plus tôt.

– Votre objectif ici à Melbourne est d’obtenir un cinquième titre. Et peut-être aussi d’empêcher Nadal de réaliser le petit chelem en remportant les quatre majeurs à la suite. Est-ce une motivation supplémentaire?

– Non. Honnêtement, je ne suis pas là pour bousiller sa fête, mais pour bien jouer, pour disputer le meilleur tournoi possible et défendre mon titre. Après, si Rafa parvient à réaliser le petit chelem, ce serait phénoménal, quelque chose qui n’est pas arrivé depuis longtemps dans notre sport. On peut déjà le féliciter pour ce qu’il a accompli l’année dernière en remportant trois Grands Chelems sur trois surfaces différentes. Mais on a encore quinze jours pour parler de cette éventualité. Pour l’instant, en ce qui me concerne, je me concentre sur mon premier tour contre un joueur que je n’ai jamais rencontré (ndlr, face à Lukas Lacko). Je sais, c’est banal de dire ça, mais c’est la réalité. J’aimerais bien déjà évoquer les quarts ou les demi-finales, mais le chemin est long. Je n’ai pas joué de match en cinq sets depuis l’US open. Et maintenant, c’est à moi de prouver que je peux encore gagner ce tournoi.

– Vous venez de remporter le tournoi de Doha. Comment jugez-vous votre préparation pour l’instant?

– Elle a été plutôt bonne. J’ai surtout essayé de me détendre un peu après une fin d’année bien remplie et d’un début d’année également chargé. L’entraînement se passe bien, je me sens bien. Tout est en place.

– Est-ce que vous utilisez ce premier Grand Chelem comme repère pour vous fixez ensuite les objectifs et un calendrier pour toute la saison?

– Pas vraiment. Comme je l’ai dit, je suis ici pour tenter de défendre mon titre. Ces deux dernières semaines, j’ai surtout essayé de ne pas me blesser, de rester frais et de faire en sorte d’arriver prêt et motivé. Après l’open d’Australie, je ferai un vrai break. Plus important que celui que j’ai eu après le Masters de Londres. Et je pense que c’est à ce moment-là que je commencerai vraiment à penser au reste de la saison 2011.

– Vous considérez-vous comme le favori?

– Non, je pense que Rafa mérite l’étiquette de favori. Il détient trois Grand Chelems et a été dominateur sur ces trois Grands Chelems.