Avant d’affronter le géant croate Ivo Karlovic (la nuit dernière) en 16e de finale du tournoi 1000 d’Indian Wells, Roger Federer a accepté de se confier à Sportinformation. Le temps est sans doute venu pour lui de privilégier à nouveau une communication qu’il avait quelque peu boudée ces dernières semaines.

– Félicitations pour l’annonce de la grossesse de votre compagne Mirka Vavrinec. Cette heureuse nouvelle a dû susciter de très nombreuses réactions?

Roger Federer: C’est vrai, nous avons été submergés. Nous avions déjà mis dans la confidence nos amis les plus proches. Maintenant, nous sommes heureux que la nouvelle soit devenue officielle. On peut désormais évoquer librement ce sujet qui nous rend si heureux.

– La naissance est programmée pour cet été. Mais un été dure trois mois?

– Je sais que nous sommes restés dans le vague. Mais Mirka et moi ne souhaitons pas en dire plus. Si je commence à modifier mon calendrier aujourd’hui pour cet été, on aura vite fait le rapprochement. Laissons encore passer un peu de temps.

– Comment cette naissance peut-elle influencer votre carrière?

– Je l’ignore. Mais j’ai toujours rêvé d’avoir un enfant qui puisse me regarder encore jouer sur le circuit. C’est plutôt Mirka qui a toujours dit qu’il serait merveilleux que notre enfant soit présent un jour au bord d’un court. Depuis deux ou trois ans, nous avions vraiment le désir d’être parents.

– Et l’influence sur votre tennis?

– Je ne crois pas que la paternité modifie l’approche de mon sport. Quand je ne suis pas sur un tournoi, je décroche complètement. Mais quand j’y suis, le tennis passe avant tout. C’est une question d’organisation. Nous devons bien sûr y songer calmement, mais je ne vois pas où est le problème. Je suis en général quelqu’un de très bien organisé. Et nous avons la chance de bénéficier de toutes les facilités financières pour offrir le meilleur à notre enfant.

– Alors, vous allez jouer encore longtemps?

– C’est certain. Je regarde à long terme. C’est pourquoi j’ai fait l’impasse sur la Coupe Davis. Et avec un enfant, ma motivation sera encore plus grande.

– A propos de la Coupe Davis, votre forfait à Birmingham n’a pas été accepté par tout le monde?

– Je comprends la déception de nos supporters qui avaient décidé de se rendre à Birmingham. J’ai pris connaissance de quelques réactions de leur part. Mais j’ai joué cartes sur table. J’avais dit à l’automne que les dates de ce premier tour convenaient bien à mon programme et que j’allais le jouer. Mais je me suis ensuite blessé au dos en fin de saison. Après l’Open d’Australie, j’étais confronté à un choix: continuer à jouer et prendre le risque que mes problèmes de dos resurgissent, ou m’accorder une pause. Par ailleurs, je n’ai jamais dit que je voulais gagner la Coupe Davis en 2009.

– Comment avez-vous digéré votre défaite à Melbourne?

– Très vite. Déjà le lundi matin, la motivation était revenue dans la mesure où je sais que l’occasion d’affronter à nouveau Rafael Nadal se présentera très vite. Et, espérons-le, je le battrai! Rafa représente le plus grand défi qui s’est offert dans ma carrière. Nos finales, notamment celles en cinq sets, disent tout. Dois-je être frustré d’avoir perdu les deux dernières? Je crois avoir bien joué le coup à Melbourne pendant quatre sets. Il est presque encourageant de l’avoir poussé à la limite des cinq sets après avoir été si médiocre au service. A Wimbledon comme à Melbourne, les matches se sont joués sur deux ou trois échanges qui m’ont été défavorables.

– Nadal est maintenant devant vous et en course pour le Grand Chelem. Peut-il le réussir?

– Rien n’est impossible. Le prochain tournoi est Roland-Garros, où personne n’a encore battu Rafa. La saison sur terre battue lui procure une telle confiance qu’il se présente désormais à Wimbledon dans la peau d’un favori. Et, à Melbourne, il a prouvé également qu’il pouvait s’imposer sur dur. Avec le ralentissement des conditions de jeu, je crois que la perspective de réaliser le Grand Chelem n’est plus une utopie. Je n’étais d’ailleurs pas passé loin d’y parvenir en 2006 et 2007. Rafa peut le faire. Mais nous sommes plusieurs qui entendons lui barrer la route.

– Vous avez toujours échoué à Paris, comme Becker, Edberg, Sampras, McEnroe…

– Oui, mais je ne nourris aucun complexe par rapport à la terre battue. J’ai grandi sur cette surface. Mon problème n’est pas la terre battue. Mon problème sur terre battue est Nadal. C’est une sacrée différence. Si Rafa n’était pas là, personne ne poserait la question de savoir si je fais un complexe sur terre battue.

– Dans votre chasse au record, l’obstacle No 1 se nomme donc Rafael Nadal?

– Oui. Mais j’aime bien Rafa. Nous entretenons vraiment de bonnes relations. Il joue actuellement le tennis de sa vie. Tout est parti, je crois, de sa victoire 6-1 6-3 6-0 contre moi, en finale de Roland-Garros l’an dernier. Depuis, il semble avoir rayé le mot défaite de son vocabulaire. Mais je veux voir le bon côté des choses. Rafa a joué à Wimbledon et à Melbourne le tennis de sa vie. Et les deux fois, j’ai fait jeu égal.

– Dernière question: allez-vous vous marier avec Mirka avant la naissance de votre enfant?

– Qui sait… Nous ne nous sommes pas mariés pour l’instant car tout était trop stressant. Et nous n’avions également pas vraiment besoin de convoler. Maintenant, je suis curieux de savoir ce qui va se passer…