Ce ne sera pas facile pour Novak Djokovic et Roger Federer à Roland-Garros, dans une semaine. Le Serbe, l'homme en forme de la saison 2008, est arrivé à Hambourg avec l'ambition de ravir la deuxième place mondiale à Rafael Nadal: il est reparti contraint d'admettre la supériorité de son rival espagnol sur terre battue, non sans avoir, il est vrai, livré une belle bataille en demi-finale.

La situation était encore plus favorable pour Federer. Si la terre battue est bien la surface de prédilection de Nadal, la métropole hanséatique était une sorte de dernier village qui résiste à l'envahisseur pour le Bâlois, lequel s'y était déjà imposé quatre fois. Ce tournoi étant le seul de la catégorie Masters Series disputé sur cette surface que l'Espagnol n'avait jamais remporté.

Le beau palmarès de Roger Federer à Hambourg n'est pas dû au hasard. La terre battue utilisée dans le nord de l'Allemagne a un rebond moins haut que celle des autres épreuves majeures de ce type. Elle convient mieux à son jeu tout en rendant moins efficace celui de Rafael Nadal, basé à l'extrême sur la puissance des effets.

Dans un premier temps, cette impression s'est confirmée hier, lors de la finale entre le Suisse et l'Espagnol, qui se retrouvaient là au même stade de la compétition que l'an dernier. En 2007, Federer s'était imposé et avait ainsi mis un terme à une incroyable série de 81 matches remportés consécutivement par Nadal sur terre battue. Incontestablement, il aurait pu - et même aurait dû - renouveler cette performance. Face à un Nadal peut-être encore marqué par les efforts fournis la veille contre Djokovic - il a du reste demandé à être soigné sur le court - le numéro un mondial s'est procuré une balle de première manche à 5-1 sur son service, puis une autre à 5-2 sur l'engagement du Majorquin. Tout cela en vain. Avec la volonté qu'on lui connaît, Nadal est revenu pour enlever ce set sur la marque de 7-5. Le fantôme de Monte-Carlo, où Federer s'était incliné en deux sets en finale face au même homme après avoir réalisé deux breaks dans la manche initiale et mené 4-0 dans la seconde, faisait son apparition.

On a vraiment pu penser que le scénario monégasque allait se répéter quand le Bâlois a de nouveau gâché un bel avantage dans le deuxième set, où il a laissé Nadal remonter à 5-5 après avoir mené 5-2, mais Federer s'est bien repris à un moment où il était susceptible de craquer. Après avoir écarté trois balles de break dans le onzième jeu, il a remporté la deuxième manche au tie-break (7/3): tout redevenait possible. Federer, qui avait concédé sept jeux de suite entre le milieu du premier set et le début du second, a rarement bien joué en même temps que son rival et, de façon générale, le match n'a pas atteint les sommets que l'on aurait pu attendre dans une rencontre entre les deux premiers de la hiérarchie planétaire. Dans la manche finale, Rafael Nadal a recouvré son rôle de patron de la terre battue et, si Federer eut une belle réaction en sauvant trois balles consécutives de 1-5 et en se procurant une occasion de revenir à 3-4, c'est sans être réellement menacé qu'il a obtenu la première victoire de sa carrière à Hambourg.

Comme à son habitude, Roger Federer a tenté de se montrer positif quand il s'est agi de dresser un bilan de sa performance: «Je suis globalement satisfait de mon tournoi et de mon jeu de fond de court. Ce qui m'a manqué, c'est une meilleure qualité de service et un peu plus de précision dans mon jeu d'attaque.» Le numéro un mondial se souvient certainement qu'il avait fait un constat identique à l'issue de la défaite concédée à Monte-Carlo.

C'est, à n'en point douter, un sujet d'inquiétude par rapport à ses chances de décrocher à Paris l'unique tournoi du Grand Chelem qui manque encore à son palmarès. En trois semaines, il n'a pas progressé, en tout cas pas face à Nadal. En terre monégasque, le Bâlois avait même révélé des choses plus intéressantes sur le plan tactique contre le Majorquin. A Hambourg, Federer a moins varié son jeu et l'on sait que les échanges empreints de régularité siéent parfaitement à Nadal.

Roger Federer n'a-t-il de ce fait aucune chance de s'imposer à Paris? Ce serait exagéré. Il faut espérer que le retour des Etats-Unis de son nouveau coach José Higueras lui donnera le déclic mental nécessaire pour prendre la mesure de «l'imbattable» Nadal.