Vainqueur du tournoi de tennis de Roland-Garros, le Bâlois est définitivement entré dans l’Histoire du Sport dimanche, avec force majuscules. Tour d’horizon de la presse

Bien. Pouvait-on parler d’autre chose, ce lundi, que de Federer, consacré héros national? Dans la presse helvétique, ce garçon miraculeux écrasait tout le reste. Presque oublié, le crash d’Air France. Eclipsées, les élections européennes. Car on ne rivalise pas avec la «consécration du Sublime!» écrivait par exemple la Tribune de Genève, en dessous du baiser au Grand Saladier tant convoité. Tribune dans laquelle Pascal Décaillet nous a offert son propre morceau de bravoure: «Paris lui résistait? Alors, va pour Paris, comme en 40. Repartir de tout en bas. Revenir, déguisé en mendiant. Au fil des échelons, se révéler. Et hier, juste après 17 h, le feu. La lumière. Ici bas, tant que t’es pas mort, tu dois te battre. Comme un taré. Ils veulent ta peau, t’écraser, damner ta mémoire? Tu t’en fous: tu te bats!»

«Le plus grand», tout simplement, pour 24 heures: «A-t-on jamais, dans l’Histoire du sport, désiré aussi ardemment que s’accomplisse le destin d’un champion? […] Aujourd’hui, plus de doute, Roger Federer est bien le plus grand joueur de tennis de tous les temps. Et la meilleure preuve que la réussite peut prendre des airs chevaleresques.»

«Champion des champions»… «Le maestro»… «Flegme suisse et émotion internationale»… décrète L’Equipe: «Une larme a coulé sur la joue du plus grand joueur de l’histoire, si loin des sanglots tristes de Melbourne. Parce qu’on peut dire qu’il est le plus grand, hein?» En plus, c’est «un modèle d’élégance et de perfection technique certainement jamais vue sur un court de tennis. […] Un homme, une icône, qui s’inscrit dans la lignée de Pelé, Eddy Merckx, Ingemar Stenmark ou Michael Jordan. A moins que ce ne soit dans celle de Muhammad Ali, Carl Lewis, Ayrton Senna ou Michael Phelps. […] Federer est de la trempe de ces géants-là.»

«Roger forever», fait rimer France-Soir; «un clin d’œil à l’Histoire» pour Marca; «le talent maîtrisé», selon Le Nouvel Observateur; simplement «le triomphe», pour la Gazzetta dello sport; «ce grand moment dont il rêvait depuis si longtemps», écrit la Frankfurter Allgemeine Zeitung; «Federer dans la légende», d’après Le Parisien; classé «dans la Légion d’honneur des tennismen» par le Times de Londres; «Federer écrit l’Histoire», dit le Tages-Anzeiger; «sa plus belle victoire» dans le Financial Times Deutschland…

On pourrait continuer l’énumération des dithyrambes ou les phrases fortes comme «Roger Federer a conjuré une partie de son passé et il a simplifié une grande partie de son avenir» (Le Monde). On cherche donc la fausse note. On la trouve un peu en Valais, dont le quotidien ose la question: «Est-il désormais le plus grand joueur de tous les temps? se demande Le Nouvelliste. L’interrogation ne trouvera jamais de réponse puisqu’il n’est pas possible de comparer les époques. Rod Laver, dans les années 1960, a réalisé deux fois le Grand Chelem, soit gagner les quatre tournois majeurs dans la même année, un exploit qu’il n’est quasiment plus possible de réaliser. Que Roger Federer a tutoyé, certes. Mais qu’il ne concrétisera probablement jamais.»

«Le règne du Federer ultradominateur est révolu, relativisent aussi (un peu) L’Express et L’Impartial, mais la carrière du Bâlois est loin d’être terminée. Ce premier sacre pue la sueur et le vieux T-shirt mouillé, mais pour Federer, porte-manteau des grands couturiers, c’est le plus beau, le plus symbolique en tout cas. […] Début juillet, il aura déjà une belle occasion de doubler «Pistol Pete» sur le gazon de Wimbledon. Et puis, qui sait, peut-être que ce succès produira enfin dans sa tête un déclic qui s’appelle Coupe Davis…»

«Le monstre suisse», titre Libération, qui «a enfin empoigné, en larmes, la coupe des Mousquetaires, […] souvent vue de près, mais toujours dans les mains d’un autre. C’est Andre Agassi qui lui a remis le trophée. Comme un symbole. […] Comme Agassi, donc, mais mieux qu’Agassi.»

Beau morceau de lyrisme, aussi, dans La Liberté de Fribourg: «Il y a quelque chose de surnaturel pour ne pas écrire divin dans la victoire de Roger Federer […]. Comme si quelqu’un ou quelque chose – Bertrand Piccard parlerait de «main invisible» – avait choisi l’«élu» […]. Voilà un homme qui a toujours entendu qu’il était le meilleur et qui ne pouvait que s’en persuader puisqu’il gagnait tout. Sûr de son talent, il chassait allègrement les records quand un certain Nadal sauta à pieds joints dans la lumière, jusqu’à éclabousser le Bâlois. […] «Ressuscitera-t-il?» s’interrogeait, sceptique, le monde du tennis. Dimanche 7 juin 2009. A l’issue d’un énième service gagnant, la réponse tombe dru, comme la pluie. Federer crie victoire et s’agenouille. Il regarde le ciel.»

«Peut-être Federer, dont les jambes évoquent un danseur, natif de cette Suisse qui lui a transmis les compétences linguistiques qui suscitent l’envie de beaucoup, écrivent aussi l’International Herald Tribune et le New York Times, a été récompensé par les dieux du tennis parce qu’il est un homme ouvert et qu’il partage cette victoire avec le monde entier.» Ainsi, «il peut maintenant tranquillement feuilleter son livre d’histoire», analyse enfin la Neue Zürcher Zeitung, car «il est en paix avec lui-même.»