Les journalistes l’ont travaillé au corps, mais rien n’y a fait. Jo Wilfried Tsonga n’a pas lâché ce que tous avaient envie d’entendre. Non, il ne croit pas en un début de complexe de Roger Federer à son égard. «Ce n’est pas facile de le faire complexer!» ironise-t-il. Le Français, vainqueur en cinq sets d’un match intense contre l’Américain Mardy Fish, retrouvera Roger Federer – expéditif (6-1 6-2 6-0) face à Juan Monaco –, en quarts de finale de l’US Open. Comme à Wimbledon, où Tsonga avait créé la surprise en battant le numéro trois mondial. Il a réédité la performance récemment en huitièmes de finale du tournoi de Montréal.

Alors, jamais deux sans trois? Ou plutôt, deux c’est assez, trois c’est trop? Federer-Tsonga, cette affiche à l’allure de troisième acte ravit. Et suscite chez les médias l’envie irrépressible d’évoquer des notions comme celle de revanche ou d’ascendant psychologique. Les protagonistes, eux, ne voient pas les choses en ces termes. «Pour moi, le fait qu’il m’ait battu deux fois ne change rien», prévient Federer, alléché par la perspective de ce duel. «Les deux derniers matches se sont joués à l’arrache. C’est toujours excitant d’affronter Tsonga. On sait l’un et l’autre que si on joue bien tous les deux, tout est possible. C’est un très bon joueur. Il faut que je me prépare bien, mais je pense que j’ai ma chance.»

Pour le Français, dont la force mentale a fait un sérieux bond en avant ces derniers mois – il y a peu il n’aurait pas remporté son bras de fer avec Fish –, ses deux victoires face au Bâlois ont l’avantage de le conforter dans l’idée qu’il est capable de le battre: «Quand on joue Federer et qu’on ne s’est jamais imposé, on a l’impression de retourner à l’abattoir. J’arriverai donc sur le court avec plus de certitude, mais cela reste Roger.» Un mythe pas près de s’effondrer. «Je n’ai pas réussi à gagner un seul Grand Chelem et lui en a seize. Que voulez-vous que je lui dise? Et ces seize victoires pèsent. En expérience, pour le public et même au niveau du jeu. On sait qu’il y a certaines balles qu’il ne va pas rater et que si l’on fait un pas en arrière, c’est terminé. Pour moi, il a toujours la même aura.» Alors, pour le complexe du maître face au bourreau Tsonga, il faudra peut-être attendre.